DOSSIER : La Tunisie -Révolte de 2011Vendredi 6 Mai 2011
Dans l’attente d’une feuille de route- 28.02.2011 | Ihsane El-Kadi | Maghreb émergent
Sous la pression de la rue, le Premier ministre Mohamed Ghannouchi a démissionné le 27 février. Reste à savoir si son successeur, Béji Caïd Essebsi, membre de l’establishment, pourra assurer la transition.
C’est la naissance, le 11 février, du Conseil national pour la protection de la révolution (CNPV) qui a donné un second souffle politique à une protestation populaire portée depuis quelques semaines par des revendications sociales longtemps étouffées. La réunion dans une même instance de l’ensemble du spectre politique tunisien, partis, Union générale tunisienne du travail (UGTT) et associations, en dehors des trois partis d’opposition qui ont rejoint le gouvernement et de leurs organisations proches, a changé la donne de la transition. Le CNPV exige en effet dans ses six principes fondateurs un “pouvoir décisionnel” dans l’élaboration des “législations relatives à la période de transition”. Il ne reconnaît au gouvernement provisoire que “l’exécution des affaires courantes” et revendique un contrôle sur lui, notamment en validant “les nominations des hauts fonctionnaires”, qui doivent lui être soumises. Le CNPV a demandé également à être associé aux travaux des trois commissions – enquête sur les actes de répression, enquête sur les détournements et réformes politiques – instaurées par le premier gouvernement provisoire et il remet en cause leur composition. En fait, une dualité de pouvoir a commencé, qui a débouché sur la mobilisation gigantesque du 25 février à l’appel du CNPV. Le gouvernement provisoire remanié s’était, pendant ce temps, laissé embourber dans une procédure lente de mise en conformité constitutionnelle de son action. L’Assemblée, dominée par le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) de Ben Ali, a ainsi voté, non sans résistance, les “pleins pouvoirs” au président par intérim Foued Mebazaa afin de lui permettre d’engager une révision de la Constitution, dont il s’est avéré, sous la pression de la rue, qu’elle devait passer par l’élection d’une Assemblée constituante. La première étape de la transition démocratique tunisienne paraît inévitablement être l’élection d’une Assemblée constituante. Le président provisoire n’a pas le droit constitutionnel de dissoudre l’actuelle Assemblée, ni celui de nommer un autre Premier ministre que celui qu’il trouve en fonction au début de son intérim. La révolution tunisienne n’en a cure. Le désormais ancien Premier ministre a d’ailleurs jeté un caillou dans le jardin du système, en se prononçant lui-même – en tant que citoyen – en faveur d’une Assemblée constituante au détour de sa séance de démission. Le CNPV est aujourd’hui en position d’imposer le pilotage de cette élection en contrôlant le prochain gouvernement, qui devrait l’organiser techniquement. Le débat sur l’élection de l’Assemblée constituante, puis celui sur le contenu de la prochaine Constitution vont sans doute hâter les divisions au sein de cette instance de la révolution. Le CNPV fait en effet cohabiter le courant islamiste Ennahda, plusieurs organisations de la gauche communiste et une partie de l’appareil de l’UGTT. La stratégie de la légalité constitutionnelle pour sortir du benalisme a échoué et fait perdre un précieux mois aux conquêtes démocratiques des Tunisiens. Au milieu du nouveau paysage politique- 01.02.2011 | Taoufik Ben Brik | Courrier international
Le pays entre dans une période de transition. Elle va mettre à l'épreuve le parti du président déchu, les forces syndicales et le parti islamiste Ennahda. L'analyse du journaliste tunisien Taoufik Ben Brik pour Courrier international.
Que les Américains ont lâché Ben Ali et que l'armée l'a sommé de partir, ou qu'ils ont marchandé son "abdication" contre 1,5 tonnes de lingots d'or, tout cela n'est que supputation et spéculations. Ce qu'on retiendra, c'est qu'un peuple vaillant a chassé un ignoble tyran. L'histoire a fait son œuvre. Reste la grande muette : la géographie. 1-La géographie locale d'abord. Qui est en mesure, hic at nunc, de se prévaloir qu'il est bien implanté territorialement dans le pays ? Sur l'échiquier politique de la Tunisie sans Ben Ali, trois pièces maîtresses se disputent la trame. Le RCD, parti au pouvoir depuis l'indépendance, est toujours bien implanté jusque dans les douars [communes rurales]. Tant décrié par les manifestants, il joue le jeu, ces jours-ci, de celui qui est au tapis, mais il peut à tout moment se relever et imposer l'involution. La main mise du RCD, le parti-Etat sur la société est flagrante. On ne peut pas du jour au lendemain l'extirper des entrailles du pays. Il n'est pas une administration, un hôpital, une usine, une banque qui ne possède son antenne. Le parti compte deux millions de membres dans 7800 cellules. Bien souvent, la machine RCD supplante l'Etat. Etre inscrit au RCD était très important pour obtenir un emploi, une promotion. Dans les bourgs éloignés, l'appartenance au Parti facilite singulièrement la vie, qu'il s'agisse d'avoir une bourse pour ses enfants dans un lycée, une chambre dans un foyer, d'obtenir un permis de construire ou même un passeport. Directement ou indirectement, la cellule contrôle les associations de jeunes, de femmes ou de quartier. Elle dirige même l'équipe de football. On cherche surtout à créer avec le citoyen-sujet des rapports d'allégeance. Il faut qu'il intériorise le sentiment que hors du RCD, point de salut, point d'assistance, que le RCD est le passage obligé pour régler les problèmes les plus simples. D'où cette hargne intransigeante des révolutionnaires : RCD Dégage ! 2- Vient juste après ou avant, le mouvement islamiste qui peut se prévaloir d'avoir plus de trente mille cadres fichés par le ministère de l'Intérieur, et, "vingt mille autres exilés" selon les dires de Rached Ghannouchi, le vieux leader du mouvement [rentré le 29 janvier à Tunis]. Mais leur implantation s'adosse et compte sur les lieux de cultes qui occupent les places publiques du pays (mosquées, mausolées, lieux de pélerinage...). Pour chaque cellule du RCD, il y a trois lieux de cultes. Sans oublier l'école, la rue, la famille qui transmettent et réceptionnent facilement le discours religieux. A l'heure actuelle, les islamistes se montrent peu pressés de lancer l'assaut final. Ils mettent en place leurs cadres présentables, pour rafler la mise à la première occasion propice. 3- reste l'Union Générale des Travailleurs Tunisiens (l'UGTT) qui peut se prévaloir d'avoir été la seule institution à jouer un rôle d'encadrement de la rue survoltée. L'UGTT peut affronter à arme égale les deux autres belligérants. C'est la seule force laïque et progressiste, capable de faire et de défaire les équilibres politiques et de menacer réellement tous les mouvements réactionnaires. Présente jusque dans les plus petits villages du fin fond de la Tunisie, elle dispose d'un formidable potentiel de mobilisation : 1,7 million de salariés représentant 64% de la population active ; sept mille syndicats de base et régionaux. On comprend dès lors qu'avoir l'UGTT comme alliée soit un enjeu stratégique pour tous les orphelins de la politique (les nouveaux petits mouvements qui viennent d'être crées : front du 14 janvier, ligue des ouvriers communistes etc....) Que diront les voisins et les cousins ? N'oublions pas que la Tunisie est une petite merguez coincée entre les deux lèvres d'un énorme casse-croûte : la Lybie de Kadhafi d'un côté et l'Algérie de Bouteflika de l'autre. La France des quincailleries, des manuels scolaires et des grandes surfaces n'a-t-elle pas son mot à dire dans un pays qui lui appartient à moitié ? Et l'Amérique, le gendarme de la planète, n'a-t- elle pas déjà placé ses hommes ? Dans ce monde hostile, une lueur d'espoir : le soulèvement des peuples arabes. La "révolution du jasmin" a fleuri dans tout le pays- 15.01.2011 | Kalima
A l'heure où le président tunisien Ben Ali prenait avec sa famille le chemin de l’exil, la radio de l'opposition tunisienne Kalima livrait à ses auditeurs l'état de l’insurrection dans toutes les villes du pays.
C'est un instant historique. Après une révolte de moins d'un mois, le dictateur tunisien Zine El-Abidine Ben Ali est parti. Il avait répondu au soulèvement pacifique de son peuple par des tirs à balles réelles contre des citoyens sans défense. C'est Mohamed Bouazizi qui a constitué l'étincelle du départ. D'autres après lui se sont immolés, électrocutés ou suicidés d'autres manières en signe de protestation contre la répression et l'injustice. Dans son discours du 13 janvier, qualifié d'historique par la presse officielle et officieuse, Ben Ali a annoncé la démission du gouvernement. Mais c'est sa propre démission que des centaines de milliers de personnes lui avaient demandé. Il a donc fini par fuir le pays à bord d'un avion. Celui-ci s'est d'abord dirigé vers le Nord, est passé au-dessus de Malte et avait probablement Paris pour destination. Or la presse française affirme que le président Sarkozy a refusé de l'accueillir. Ben Ali a donc dû se tourner vers le Golfe et finira son parcours en Arabie saoudite. Dans le même temps, on apprend que des membres de [sa belle famille] Trabelsi ont été arrêtés en Tunisie. Les observateurs craignent maintenant que cette victoire historique de la volonté populaire soit détournée. Car c'est le Premier ministre Mohamed Ghannouchi qui a pris les rênes du pouvoir, sans prendre aucune initiative susceptible de rétablir la confiance de la rue. Cette transition s'est effectuée en vertu de l'article 56 de la constitution. Cela laisse ouverte la porte à un retour de Ben Ali une fois la situation rétablie [le Parlement tunisien vient d’annoncer la vacance définitive du pouvoir]. De même, expliquent les spécialistes, cet article assure à Ben Ali l'immunité pénale. Les opposants sont d'autant plus inquiets que cette déclaration a été accompagnée de l'annonce d'un couvre-feu de cinq heures du soir au petit matin, de l'interdiction de tout rassemblement de plus de trois personnes et de l'autorisation donnée aux forces de l'ordre de tirer sur tous ceux qui refuseraient d'obéir à leurs ordres. [Al Jazira affirme que le couvre-feu est peu respecté.] Différentes sources indiquent que des bandes composées de criminels et de prisonniers de droit commun ayant été relâchés jeudi [13 janvier] se sont livrées au pillage de maisons. De même, les observateurs estiment que la présence d'Abdallah Kallel [à côté de Ghannouchi lors de sa déclaration] est un mauvais signe. Il s'agit du président de la chambre des conseillers et ancien ministre de l'Intérieur et qui était réputé pour ses méthodes musclées de répression, y compris l'assassinat d'opposants. Des foules de dizaines de milliers de personnes s'étaient rassemblées le 14 janvier devant les bâtiments du pouvoir afin de demander le départ de Ben Ali. Les milices du parti au pouvoir (Rassemblement constitutionnel démocratique, RCD) essayaient de perturber les manifestations pacifiques et de soutenir la police en attaquant leurs leaders et les balles continuaient de semer la mort. Pendant ce temps, Ben Ali, sa famille et ses gendres étaient en train de s'enfuir vers l'étranger. L'armée a alors décrété l'état d'urgence sur l'ensemble du territoire, privant les Tunisiens de leur droit de manifester pacifiquement, droit au nom duquel des dizaines de martyrs – plus d'une centaine selon certaines sources – venaient de tomber. Des centaines de milliers de personnes étaient sorties dans toutes les régions du pays afin de demander la chute du dictateur Ben Ali et de sa bande. Dans la capitale, certaines estimations ont parlé de deux cent mille personnes rassemblées devant le ministère de l'Intérieur. A Sfax, des dizaines de milliers se sont rassemblés devant la préfecture. Les manifestants se sont chargés eux-mêmes de protéger les voitures qui passaient devant en toute sécurité, sans la moindre présence de forces de l'ordre. Dans le reste de la ville en revanche s'étaient répandues des bandes de pillards organisées et affiliées au RCD [le Parti au pouvoir]. La ville de Monastir [sud de Tunis et berceau de Bourguiba] a connu une grande marche des employés de la santé et d'avocats auxquels se sont joints d'autres citoyens, scandant des slogans pour dénoncer les mensonges de Ben Ali et pour lui demander de partir. D'un autre côté, les actes de vandalisme et de pillage ont continué partout dans le gouvernorat, avec incendie d'un poste de police et tentatives de détruire des bâtiments publics et des biens privés. Dans de nombreuses villes de semblables scènes de pillage se sont poursuivies malgré l'état d'urgence. On pouvait entendre des tirs sporadiques et dans la ville de Gafsa. Là-bas, les principales artères du centre-ville étaient envahies par un défilé pacifique jusqu'à ce qu'il se heurte aux agents armés jusqu'aux dents qui étaient déployés devant le centre régional de la police. Ce défilé avait marqué de nombreuses haltes, devant la préfecture, le tribunal et le siège de la radio. La ville de Sousse avait également été le témoin d'une marche du personnel de la santé et d'avocats, rejoints là encore par des milliers de citoyens. Ceux-ci avaient envahi les rues principales pour ensuite s'immobiliser devant la préfecture. Face aux menaces de tirer sur la foule, ils ont poursuivi leur marche à travers la ville en scandant des slogans demandant le départ de Ben Ali et le jugement de ceux qui avaient spolié les richesses du pays. Les forces de l'ordre ont fait un usage intensif de gaz lacrymogène immédiatement après l'annonce de l'investiture de Ghannouchi comme président par intérim. Des bandes de pillards se sont répandues dans la plupart des villes pour attaquer des maisons et magasins, semant la terreur parmi la population, tandis que de nombreux cortèges se sont formés pour dénoncer une forfaiture de la part des dirigeants à l'égard de la volonté populaire. Dès l'annonce de l'investiture du Premier ministre Mohamed Ghannouchi comme président par intérim, des milliers de personnes sont descendues dans la rue à Gabès, malgré l'état d'urgence, réclamant le départ de tous les membres de la bande à Ben Ali et le procès de ses gendres. Dans le même temps, des groupes étrangers à la ville ont incendié des bâtiments des forces de l'ordre et un centre commercial. Des témoins ont affirmé à la radio Kalima que le déploiement massif de la police et de l'armée dans la ville n'avait aucun impact. Le président Ben Ali quitte le pays- 14.01.2011 | Le Temps
Le président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali a quitté la Tunisie le 14 janvier à la suite de violents affrontements qui se sont produits dans la capitale du pays. Le Premier ministre Mohamed Ghannouchi assume l'intérim du pouvoir. De nouvelles manifestations sont prévues au cours des prochaines heures.
Le chef du gouvernement Mohamed Ghannouchi a fait endosser la responsabilité des évènements en Tunisie à la belle-famille du président tunisien, les Trabelsi, une famille qui a été critiquée pour ses interférences dans la vie du pays et les actes de corruption. Le président tunisien Ben Ali aurait quitté le pays pour se rendre à Malte, sous protection libyenne. A la tête du pays depuis 1987, le chef de l'Etat tunisien Zine El-Abidine Ben Ali avait prononcéle 13 janvier un discours retransmis par la télévision d'Etat, dans lequel il a décidé de ne pas se porter candidat à l’élection de 2014 et de libérer le secteur des médias, invitant les Tunisiens à la paix et à des manifestations pacifiques, mais les principaux partis d'opposition ont riposté et insisté sur son départ. L'état d'urgence a été décrété dans tout le pays avec un couvre-feu de 18h à 6h, ainsi que l'interdiction des rassemblements sur la voie publique et l'autorisation donnée à l'armée et à la police de tirer sur tout "suspect" refusant d'obtempérer. Pour rappel, auparavant, le président tunisien avait limogé l'ensemble de son gouvernement. Juste après la fin de l'allocution [du président Zine El-Abidine Ben Ali], la télévision publique 'Tunis 7' habituellement exempte de toute critique à l'égard du pouvoir a paru transformée. Ainsi, elle a pour la première fois invité des personnalités comme l'opposant Taoufik Ayachi, le président de la Ligue des droits de l'homme Mokhtar Trifi et l'ancien leader du syndicat des journalistes Naji Baghouri. Un débat animé était engagé au sujet des médias tunisiens au cours duquel un intervenant a brisé un tabou en critiquant le pouvoir, alors que des appels ont été lancés pour la libération le chef du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT, non autorisé), Hamma Hammami, interpellé mercredi à son domicile près de Tunis. Ce changement était aussi perceptible sur internet, que les autorités tentaient auparavant de contrôler pour éviter la diffusion des images ou des mots d'ordre des contestataires. Les sites communautaires de partage de vidéos ont recommencé à fonctionner et les sites des journaux étaient à nouveau accessibles jeudi soir. Le site de blogueurs Nawaat.org, très en pointe sur les événements, confirmait vers 21h la levée de la censure. L'intervention du Premier ministre Mohamed Ghannouchi Ben Ali perd le contrôle- 13.01.2011 | Merzak Tigrine
Les mesures décidées par le président tunisien n'ont pas de prise sur les manifestants. Malgré le déploiement de l'armée, les émeutes se poursuivent dans les rues de Tunis.
Le fait que les émeutes aient atteint Tunis et sa banlieue ouest semble avoir eu de l'effet sur le président Zine El-Abidine Ben Ali, qui a pris une série de mesures hier pour reprendre les choses en main. Il semble avoir opté pour la politique de la carotte et du bâton. Si le limogeage du ministre de l'Intérieur, la libération de tous les détenus et la mise en place d'une commission d'enquête sur la corruption apparaissent comme des concessions de sa part, le déploiement de l'armée dans les rues de la capitale montre par contre sa détermination à aller jusqu'au bout dans la répression des émeutes. Dans l'espoir d'apaiser la tension, le chef de l'État tunisien a décidé, le 12 janvier, un certain nombre de mesures qui laissent présager un changement dans la manière avec laquelle il a traité cette crise sociale jusque-là. Le limogeage du ministre de l'Intérieur, après celui, il y a quelques jours, du ministre de la Communication, et l'annonce de la libération des détenus arrêtés dans le cadre des émeutes sont des signes d'une volonté de Zine El-Abidine Ben Ali de calmer les esprits. En effet, le Premier ministre tunisien, Mohamed Ghannouchi, a annoncé hier, au cours d'une conférence de presse, le limogeage du ministre de l'Intérieur, Rafik Belhaj Kacem. Le premier responsable du gouvernement tunisien a également indiqué que toutes les personnes arrêtées pendant les émeutes sociales seront libérées. Dans la foulée, il a également annoncé la formation d'une commission d'enquête sur la corruption que dénoncent opposition et ONG. "Nous avons décidé la création d'un comité d'investigation pour enquêter sur la question de la corruption", a-t-il déclaré devant des journalistes. Tôt le matin, l'armée tunisienne s'est déployée le 12 janvier à Tunis où la tension est montée au lendemain d'affrontements entre la police et des manifestants qui ont éclaté dans la nuit dans la banlieue ouest populaire. Des renforts militaires, soldats en armes, camions, jeeps et blindés ont fait leur apparition dans Tunis pour la première fois depuis le déclenchement des affrontements que connaît la Tunisie depuis maintenant un mois. Ces renforts étaient postés à des carrefours du centre de Tunis et à l'entrée de la cité Ettadhamen où les dégâts d'une nuit de violence étaient visibles. Selon l'AFP, un blindé tous feux allumés et des soldats en armes étaient positionnés à l'entrée de ce gros faubourg où des carcasses de voitures et d'un bus incendiés n'avaient pas encore été enlevées, près du siège de la délégation attaqué la veille. Outre des renforts importants de police et d'unités d'intervention spéciales, deux véhicules de l'armée et des soldats montaient la garde sur la place reliant les avenues de France et Habib-Bourguiba, face à l'ambassade de France et à la grande cathédrale de Tunis. Cette place avait été, la veille, le théâtre de manifestations étouffées par la police. Des renforts militaires étaient également visibles autour de la radiotélévision. Le bilan des troubles sociaux qui ébranlent la Tunisie depuis près d'un mois s'est alourdi à une cinquantaine de morts dans le centre du pays en trois jours, selon un responsable syndical, qui a évoqué une situation de chaos, mardi à Kasserine, principale ville du Centre. Les affrontements ont éclaté mardi soir pour la première fois dans une banlieue de Tunis, alors que les émeutes qui secouent la Tunisie depuis près d'un mois ont fait 21 morts, selon les autorités, et plus de 50 tués, selon un syndicaliste. "Nos chiffres disent 21 décès", a déclaré le 11 janvier, lors d'un point de presse, le ministre tunisien de la Communication, Samir Labidi. "Ceux qui ont parlé de 40 ou de 50 morts doivent produire une liste nominative", a-t-il lancé, faisant état de dégâts matériels considérables sans fournir d'évaluation chiffrée. Le précédent bilan officiel, communiqué mardi à la mi-journée, faisait état de 18 morts. La présidente de la Fédération internationale des ligues de droits de l'Homme (FIDH), Souhayr Belhassen, avait assuré qu'au moins 35 personnes avaient trouvé la mort dans les émeutes. "Le chiffre de 35 morts s'appuie sur une liste nominative", avait-elle déclaré. Un peu plus tôt dans la journée, Sadok Mahmoudi, membre de la branche régionale de l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), avait évoqué une situation de chaos à Kasserine, principale ville du Centre, et un bilan de plus de 50 morts les trois derniers jours. La porte-parole de la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a condamné hier l'usage disproportionné de la force par la police en Tunisie. "Cette violence est inacceptable, les auteurs doivent être identifiés et traduits en justice", a déclaré Maja Kocijancik. Précisant que l'UE demandait une enquête à ce sujet, elle a ajouté : "Nous sommes inquiets du recours à la force disproportionné de la police envers les manifestants pacifiques." Pour rappel, lundi, Mme Ashton avait demandé la "libération immédiate" des manifestants, blogueurs et journalistes arrêtés ces dernières semaines en Tunisie. Même son de cloche à Washington, où les États-Unis ont fait part mardi de leur préoccupation face à des informations selon lesquelles les forces tunisiennes feraient un "usage excessif de la force" envers les manifestants, après les émeutes sanglantes qui ont eu lieu dans ce pays. "Les États-Unis sont profondément préoccupés par les informations faisant état d'un usage excessif de la force de la part du gouvernement tunisien", a déclaré Mark Toner, un porte-parole du département d'État. De son côté, la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, s'est dite "inquiète quant aux troubles et à l'instabilité" dans ce pays dirigé depuis 23 ans par le président Zine El-Abidine Ben Ali. Elle s'est également déclarée préoccupée par "la réaction du gouvernement, qui a malheureusement provoqué la mort de certains jeunes protestataires", et a appelé à une "solution pacifique" Marguerite Lizin
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