BIBLIVORES AVRIL

|

Lisette LISENS

Cobre (cuivre) / Michel Claise

Biographie

Michel Claise a été avocat durant 20 ans avant de devenir Juge d’ Instruction à Bruxelles.

Sa spécialité : la criminalité en col blanc.

Il s’est illustré dans les dossiers de :

– la Belgolaise

– George Dumortier

– délit d’initié dans l’affaire Fortis.

Pour parler de son métier et des difficultés inhérentes, il passe par le roman.

Il y aborde notamment les différentes techniques de fraudes ainsi que le quotidien d’une brigade financière (Le forain – 2008).

Il décrit l’importance et la facilité des mécanismes de la criminalité financière mais aussi le manque de prise de conscience face aux conséquences souvent dramatiques.

Il démonte aussi les processus des faux et usages de faux fort en usage de nos jours.

Bibliographie

– Salle des Pas Perdus (2006)

– Le forain (2008)

– Les années paix (2010)

– Souvenirs du Rif (2010)

– Larmes du crime (2011)

– Les poches cousues (2014)

– Le club des Cassandres (2015)

– Cobre (cuivre) (2017)

Synopsis

Ce roman se déroule au Chili à partir de 1973 et débute quelques jours avant le coup d’état qui allait abattre la présidence démocratique de Salvador Allende.

Ce dernier s’est suicidé dans le palais de la Moneda.

La junte militaire renverse le gouvernement et le général Pinochet prend les rênes du pays.
Le héros Jorge, jeune chargé des communications du Président Allende, se voit confier une mission. Il devra porter une mallette, censée contenir des documents importants, à Castro.

Pour cela, il va devoir avant tout échapper à la purge ordonnée par Pinochet.

L’horreur se déchaîne sur le Chili avec son cortège d’arrestations arbitraires, de tortures, d’exécutions sommaires…

Des milliers de personnes vont ainsi disparaître dont beaucoup ne seront jamais retrouvées.

Jorge va se terrer quelques semaines dans la cave d’un ami restaurateur avant de fuir vers la Bolivie, muni de faux papiers.

Mais le meilleur policier du pays, Ramon Gil, est chargé de l’arrêter et surtout de retrouver la fameuse mallette.

La traque démarre à Santiago, en passant par Antofagasta, puis au camp de Chacabuco où Jorge a été conduit après un contrôle routier. Là, il rencontre d’autres prisonniers qui ont été torturés (certains en sont morts). A son tour, Jorge est emmené pour un interrogatoire musclé. Ses codétenus, connaissant sa vraie identité, vont l’aider à s’échapper. Il devra fuir, avec l’aide d’un guide, vers le désert d’ Atacama avant d’emprunter les sentiers qui traversent la Cordillère.

Jorge, au cours de son périple dangereux et douloureux, va subir une véritable transmutation comme celle du cuivre, richesse du Chili.

Critique

Michel Claise a une écriture vive, déliée mais combien attachante.
Il faut noter que les faits historiques et les anecdotes qui émaillent l’histoire sont véridiques ainsi que l’existence de certains personnages.

Les chapitres se succèdent rapidement, pas de longueur inutile, passant du héros Jorge à ses diverses rencontres lors de son périple mais surtout au Commissaire Ramon Gil.

Dès le début, j’ai accroché à cette histoire avec tous ses intervenants pour lesquels j’ai frémi, tremblé, hurlé à l’injustice, au crime contre l’ humanité.

Je l’ai terminé en larmes et la rage au cœur de constater à quel point les grandes puissance osent s’ingérer dans la politique de petits pays pour autant que cela serve les intérêts de leurs multinationales et en faisant fi des vies humaines qu’ils détruisent.


La fille dans les bois / Patricia MacDonald

Biographie

Patricia MacDonald est née à Greenwich (Connecticut – USA) le 01/08/1949.

Elle a suivi des études de journalisme à Boston avant de participer à la rédaction de nombreux magazines.

Sa vie dans le roman à suspens découle sans doute de son mariage avec Art Bourgau, libraire spécialisé dans le roman noir.

A l’heure actuelle, quatre de ses livres ont été adaptés pour la télévision.

Bibliographie

J’ai juste repris quelques titres parmi la trentaine de livres qu’elle a écrits.

– Un étranger dans la maison (1985)

– Un coupable trop parfait (2002)

– Origine suspecte (2003)

– J’ai épousé un inconnu (2006)

– Personne ne le croira (2015)

– La fille dans les bois (2018)

Synopsis

Blair a quitté la ville de son enfance depuis 15 ans et, après avoir fait des études d’informatique et autres techniques dérivées, s’est lancée dans la vi active.

Avec deux amis, issus de la faculté de médecine, elle est devenue dirigeante d’une entreprise qui développe une imprimante 3D capable de reproduire des tissus humains.

Un jour, elle reçoit un appel de son oncle Ellis qui lui annonce que sa sœur Céleste est en soins palliatifs. Blair retourne alors dans cette ville qu’elle avait fui à la mort de sa meilleure amie Molly, retrouvée assassinée dans les bois près de chez elle.

Alors qu’elle est sur son lit de mort, Céleste avoue à Blair qu’elle a menti lors de la disparition de Molly, ce qui a abouti à l’arrestation et la condamnation d’un jeune afro-américain. Elle n’a jamais reconnu avoir été avec ce garçon vu le côté raciste et un peu pro-nazi de leur oncle.

Elle fait alors promettre à Blair de révéler la vérité et de le faire libérer.

Blair se rend vite compte que la police ne bougera pas et que les aveux d’une mourante ne font pas le poids.

Elle contacte alors une journaliste qui promet de l’aider mais cela n’a qu’un temps. La journaliste est une vraie arriviste et comme son article sur la mort de Molly et le fait qu’on ait emprisonné le mauvais coupable lui ouvre de nouvelles portes, elle préfère partir pour la Floride où on lui propose un poste.

En désespoir de cause, Blair va alors engager un détective privé, ancien policier, pour essayer de retrouver des témoins et une nouvelle piste pour innocenter Adrian Jones, converti à l’Islam en prison, qui s’appelle maintenant Yusef Muhammed.

Petit à petit, ils vont déterrer des secrets bien gardés jusqu’à une conclusion détonante.

Critique

Comme toujours, ce livre s’est dégusté comme un mille-feuilles bien croquant, chaque page ou couche réservant son lot de surprises.

On n’a pas envie de s’arrêter tant on est pressé de voir où mènent les différentes pistes.

Sa description des personnages nous permet vraiment de les imaginer, de supputer sur leurs réactions possibles.

Son écriture est fluide, agréable à lire. Mais ce que j’aime surtout chez elle, c’est la façon dont elle nous fait entrer et participer à la culture familiale, à la vie particulière de certaines régions de l’ Amérique plus rurale et moins connues.

On comprend que dans certains milieux, on ne parle pas volontiers aux étrangers et que le racisme est toujours bien présent.


Sale temps pour les sorcières : Une enquête d’ Agatha Raisin / M.C. Beaton

Biographie

Née à Glasgow (Royaume Uni) en 1936, de son vrai nom Marion Mc Chesney.

Elle a commencé à travailler comme libraire au département fiction de John Smith & Sons Ltd. Le Scottish Daily Mail lui propose d’écrire des critiques de théâtre avant de se diversifier.

Après son mariage avec le grand reporter Harry Scott Gibbons et la naissance de leur fils Charles, ils vont aux USA pour la carrière de Harry.

C’est là que Marion commence à écrire de son vrai nom, d’abord des romances historiques, puis elle s’intéresse à la littérature policière suite à un voyage dans le Sutherland qui lui inspira le cadre des aventures de son héros Hamish Macbeth.

La famille reviendra s’installer en Grande Bretagne, dans le Sutherland, en passant par Londres pour finalement s’établir dans les Costwolds (chaîne de collines du sud-ouest de l’Angleterre).

C’est là que Marion créera le personnage d’ Agatha Raisin.

Marion Chesney utilise le pseudonyme de M.C. Beaton pour signer ses romans policiers.

Ses autres romans de type romance sont publiés sous les pseudonymes de :

Ann Fairfax – Jennie Tremaine – Helen Crampton – Charlotte Ward – Sarah Chester.

Bibliographie

Série des « Agatha Raisin » (28 volumes)

– La quiche fatale

– Pas de pot pour la jardinière

– Vacances tous risques

– La maison hantée

– Une cuillère de poison

Série des « Hamish Macbeth » (35 volumes)

– La mort d’une femme parfaite

– Mort d’un dentiste

– Un Noël dans les Highlands

– La mort d’une sorcières

J’ai répertorié plus de quarante ouvrages écrits sous ses autres pseudonymes.

Synopsis

Agatha Raisin se retrouve incognito dans un hôtel de la côte anglaise en attendant que ses cheveux repoussent. En effet, une coiffeuse rancunière à utilisé une crème dépilatoire en lieu et place d’un shampoing !

Un soir à l’hôtel, principalement occupé durant la mauvaise saison par des retraités, elle entend parler d’une sorcière qui pourrait l’aider à faire repousser ses cheveux.

Elle se rend donc à l’adresse indiquée, explique son problème et achète une lotion concoctée par la sorcière. Pour faire bonne mesure, elle achète aussi un philtre d’amour.

Seulement voilà ! La sorcière est assassinée et son argent a disparu.

Agatha décide de mener l’enquête, aidée par l’inspecteur Jimmy Jessop envoûté par ses charmes… ou par le philtre qu’elle lui a fait boire ?

Agatha a un côté fouineur et met volontiers les pieds dans le plat.

Depuis la mort de son mari, assassiné, elle tombe facilement amoureuse des hommes qu’elle croise mais qui très souvent la trouvent… encombrante !

Critique

Je me suis vraiment amusée à lire ce livre, humour anglais se doit.

J’ai assez vite établi un parallèle avec Miss Marple d’ Agatha Christie, mais Agatha Raisin est plus drôle, plus contemporaine voire même rock.

Directrice de communication qui a fait fortune, elle est lassée de la vie mondaine et s’est installée à Carsely dans le Wiltshire.

Depuis qu’elle a résolu un premier meurtre, on lui demande souvent d’enquêter sur d’autres meurtres ou mystères.

Souvent j’ai plaint Agatha, pleine de bonnes intentions, mais souvent mal perçue et combien égratignée par sa créatrice.

Il ne faut pas oublier la susceptibilité d’ Agatha qui fulmine à la première réflexion.

Ce qui en fait un livre drôle, délassant. Une bouffée de fraîcheur ça fait vraiment du bien.

On referme le livre presque avec regret, avec l’espoir de vite dénicher une nouvelle aventure de cette véritable tornade !


Eric ALBERT

Manger l’autre / Ananda Devi. – Grasset, 2018. – 216 pages. – 18 €

Elle est née avec un poids de dix kilos. Provoquant chez sa mère un rejet presqu’immédiat. Pour son père, animé d’un amour profond, elle ne peut qu’être “plusieurs”, aussi l’appelle-t-il “Mes chéries”. Après tout, qui sait, elle aura mangé sa soeur dans le ventre maternel afin de s’octroyer cette place de choix ! N’est-elle d’ailleurs pas tenaillée en permanence par une faim inextinguible ? Il ne lui faut que quelques jours pour tarir les seins de sa mère, et provoquer son départ, pétrie d’épouvante.

Seule avec son père qui l’entoure de mille soins, la petite fille grandit, se développe outre mesure (“mon corps ne connaissait que l’horizon”) et ne tarde évidemment pas à subir les railleries mesquines, cruelles- et d’autant plus blessantes qu’elles sont justifiées – de ses camarades d’école.

A l’âge de quinze ans, la jeune fille renonce à fréquenter l’école. Sa corpulence ne le lui autorise plus. Son appétit, lui, est toujours insatiable et il est alimenté (c’est le cas de le dire) par ce père qui refuse de céder au désespoir ou de simplement voir la vérité en face (“il ne s’imagine pas cesser de me nourrir”). N’entreprend-t-il pas de l’emmener en avion jusqu’à Londres ? Mais la nécessité de payer deux places pour sa fille aura raison de son budget.

Alors, “elles” ne quitte plus la chambre. Et lorsque la mère démissionnaire vient lui rendre visite, la jeune fille refuse de se laisser voir, débordante sur son lit.

Un jour où son père s’est absenté, elle entreprend quelques pas dans sa chambre…pour se retrouver littéralement coincée dans la porte, dans l’impossibilité de se mouvoir. Après plusieurs heures de souffrance, elle est libérée par l’entremise d’un charpentier et d’une bonne dose d’huile d’olive premier choix.

Ce sauveur semble lui trouver beaucoup de charme(s) et, peu à peu, une relation intime s’ébauche entre eux, lui l’amateur de chair et de rondeurs affirmées et elle la pauvre fille désespérée qui retrouve enfin un semblant de sens à sa misérable existence. Leur amour naissant résiste même aux conditions scabreuses de l’accouplement (“pour parvenir à m’écarter suffisamment  les cuisses, il doit placer une chaise de chaque côté du lit et y poser chacune de mes jambes. Et il les pousse, jusqu’à m’ouvrir. Même là, le haut de mes cuisses se rejoint. Alors, il fouille et explore. Je le guide autant que je peux”) et lorsque l’amoureux propose de prendre quelques photos de sa bien aimée, pour lui prouver sa beauté, certes inédite mais tellement suave, son ego se pare d’une respectabilité retrouvée. Elle existe et est aimée pour ce qu’elle est.

Jusqu’à ce que les clichés se retrouvent, commentés et jugés, sur la toile…

Ananda Devi ne fait pas dans la dentelle. Son conte, âpre et cruel, endosse des habits de langage policés, parfois poétiques dans leur désespérance, pour rendre compte de situations extrêmes. Soudain, les mots se font durs, arrogants, définitifs (“je suis une excroissance qui tue” ; “le mot grosse est devenu insuffisant. Il a fallu en trouver d’autres : éléphantesque, gigantoïde, d’une hyperadiposité foudroyante,…”; “me voir est une preuve de plus de l’échec de l’humanité contre les pulsions (…) la graisse s’éploie dans toute sa splendeur dès les premiers instants”). On hésite entre le rire (gras) en imaginant d’une part a prostration, le déplacement, l’acte d’amour et d’autre part la honte de se complaire du spectacle offert, comme une catharsis. Cette pauvre fille est l’exemple ultime du pire que pire et, quand on assiste, impuissant, presque résigné, à la torture finale, à l’étalement (c’est encore le cas de le dire) de l’existence de la chose sous les milliards d’yeux du web, l’auteur en ajoute une couche (oui, je sais, c’est le cas de…) et emmène sa triste héroïne encore plus loin dans sa déchéance, le dénuement et l’abjection qui relèvent cependant d’un choix personnel. Tant qu’à être vue…

Manger l’autre” est une lecture rapide (200 pages), fiévreuse, suintante qui, parce qu’elle brasse les stéréotypes bien connus qui collent aux basques des obèses (ne sont-ils pas tous privés de jugeote voire carrément d’esprit ou d’âme ?), nous ramène à la réalité d’un monde où la différence est à proscrire ou à cacher.

Eprouvante, amère, et pourtant tellement représentative de la nature humaine, la lente déliquescence de cet être hors-norme, gargantuesque, rabelaisienne, s’accroche à nos souvenirs et nous laisse pantois, pétrifié d’horreur morbide.

Inutile de préciser que ce livre est à réserver aux personnes à l’estomac bien accroché. Il vaudrait mieux qu’il ne soit pas trop rempli…On ne sait jamais.

De son vrai nom Ananda Devi Nirsimloo, l’auteur est d’origine Mauricienne. Elle quitte ici l’exploration de ses terres natales pour un huis-clos où la démesure affronte l’indicible. Qu’elle soit également l’auteur de recueils de poésie confirme le jeu avec la langue qu’elle propose tout au long de son récit.

Savoureux et délétère. (EA)

Eclosion / Ezekiel Boone. – Actes Sud, 2018. – 368 pages. – 22,50 €

L’année dernière, un certain Nick Cutter a proposé une histoire bien sanglante, dérangeante, qui repoussait les limites de l’horreur pure. Son « Troupe 52 » a été une expérience de lecture traumatisante. Il s’est avéré que le nom de l’auteur était en fait le pseudonyme de Craig Davidson, à qui on doit, entre autres, « De rouille et de sang », autrement dit un roman aux antipodes de ce qu’il nous a offert avec sa troupe de scouts aux prises avec une épidémie organique monstrueuse.

Le même constat se révèle avec « Eclosion ». Ezekiel Boone est le nom de plume de Alexi Zentner, auteur du remarqué « Les Bois de Sawganet ». Et si on retrouve dans sa production habituelle une certaine poésie fantastique, on peut sans conteste affirmer qu’avec « Eclosion », il a ouvert toutes les vannes de son imagination horrifique. Son livre fait peur, très peur, bien qu’il exploite une thématique usée de la SF, à savoir la prise de contrôle de l’homme par une espèce animale. Pensons à Pierre Boulle (« La Planète des Singes »), à Clifford D. Simak (« Demain les Chiens ») ou à James Herbert (« Les rats » et ses suites). La force du présent récit réside dans une perspective mondiale (l’invasion est internationale) et dans la construction impitoyable, réellement addictive, de la narration.

Dans la jungle du Pérou, une expédition est décimée par ce qui semble être un nuage noir qui engloutit tout ce qui se trouve sur son passage. Seul Henderson, un milliardaire, a pu sortir vivant du pays…mais avec des hôtes bien indésirables dans le corps. Au même moment, en Chine, une explosion nucléaire déclarée accidentelle réduit en cendres une partie de l’Ouest du pays. Puis, en Inde, un vent de panique gagne les habitants de Delhi, envahie par une race d’araignées inconnue.

Dans un laboratoire américain, les scientifiques étudient un étrange sac calcifié qui se révèle être un nid arachnide, arraché à la terre de Nazca, et datant de plus de 10.000 ans ! Ce qui ne l’empêche pas de reprendre la lente évolution vers son éclosion.

Ces événements ne laissent pas d’inquiéter la Présidente des Etats-Unis. Lorsqu’un cargo percute les quais du port de Los Angeles et que des bestioles suspectes s’en échappent, lancées dans une furia dévastatrice transformant les hommes en denrée alimentaire recherchée, la quarantaine puis l’état de siège est ordonné.

Quelques jours plus tard, aux quatre coins du monde, les araignées voraces meurent subitement. Est-ce là la fin de l’alerte, ou les prémisses d’une horreur encore plus menaçante ? Cette première invasion n’était-elle pas là pour préparer l’émergence d’une autre espèce à huit pattes ?

Tandis que des cocons sont encore découverts de-ci, de-là et que leur développement s’accélère, tandis que l’étude des cadavres chitineux laisse entendre que les créatures sont biologiquement programmées pour remplir des missions bien spécifiques (certaines étant dépourvues de système reproducteur), la rumeur qui avance que la Chine a utilisé l’arme atomique pour contrevenir à un danger incontrôlable saisit le monde d’un sentiment de peur diffuse.

Boone n’y va pas avec le dos de la cuillère : il nous relate par le détail l’appétit de ces créatures (jusqu’au bruit de leurs mandibules), leur façon de coloniser le corps des humains…et d’en sortir par tous les trous, naturels ou provoqués, leur comportement bien moins erratique qu’il n’y paraît – l’espèce est exceptionnellement sociale et respecte des manœuvres de stratégie militaire – , leur inéluctable survivance…

Les personnages du roman sont convaincants, bien typés, et les protagonistes femmes semblent tenir le haut du pavé (la Présidente US, la scientifique chevronnée). La fluidité du texte, les descriptions des scènes d’action, le caractère intimiste des considérations psychologiques, le sens du suspense (le récit nous balance dans les deux hémisphères et alterne les localisations), la construction même (chapitres courts, dialogues tranchés, émergence subite de cliffhangers),…tous ces éléments témoignent d’un véritable talent et d’un goût réel pour l’épouvante et l’horreur.

Les éditions Actes Sud seraient bien inspirées de ne pas attendre trop longtemps avant de publier les deux autres romans qui font suite à celui-ci. L’attente est déjà – presqu’insupportable. (info de dernière minute : le second volume « Infestation » est déjà prévu pour la rentrée de septembre !)

L’adaptation en série télévisée de cette trilogie qui fait terriblement froid dans le dos est déjà en cours.

Du pain béni pour les amateurs ! (EA)


 

Alain Timmermans

Crue et nue/ Eva DARLAN. – Éd. J.C. Gawsevitch, 2013. – 218 p.

Eva Darlan, actrice connue -68 ans à présent- et déjà autrice d’un roman en 1985 se raconte elle-même dans cet ouvrage autobiographique. Cela sous une forme peu commune : en énumérant les parties de son corps. Tout y passe: mains, pieds, peau, seins, utérus, cellulite, etc. Ce qui s’y rattache n’est guère glorieux : à chaque reprise une occasion de rappeler la difficulté d’être femme. Il faut se souvenir ici qu’elle a été marraine de l’Association « Ni putes ni soumises », avant cela mariée à un iranien, donc voilée et après cela, retombée dans des relations malheureuses. Grugée, trompée, volée, et aussi battue il n’y a pas si longtemps…

Dans une courte introduction, elle explique les raisons du « Manifeste de mon corps ». Celui-ci a été moqué, utilisé (frôlant l’inceste), méprisé dès son plus jeune âge. « Je n’ai jamais aimé mon corps. J’ai été élevée dans sa détestation. Le corps est sale, … tout ce qui se rapporte au corps est malsain et nauséabond. (…) Le sexe était écoeurant, pervers, avilissant, seulement pratiqué par les hommes, des cochons désireux de prendre une femme pour la mépriser ensuite. » Plus loin, évoquant sa poitrine, plutôt bien faite, elle finit par en douter et à penser à toutes celles qui n’ont pas eu les seins comme il fallait et ont été abreuvées de quolibets.

À ce stade-là, on commence à craindre que le « Manifeste… » ne tourne au plaidoyer féministe et qu’Eva aurait pu tout de même aimer quelques petits morceaux de sa personne ! Ce d’autant plus qu’elle est devenue actrice ! Le piège susceptible de faire tomber la lecture en quenouille est évité par les considérations sur une vie de femme élargie à l’universel : quoiqu’elle fasse, la femme reste chosifiée et culpabilisée de trente-six façons. Par le jugement des hommes, la mode, la publicité, l’air du temps, l’éducation, les fausses amies et –pire encore- par elle-même, son image, l’idéal de toutes les parties de son corps. Le plaisir de la lecture reste soutenu par un humour fin, enjoué, de franche dérision où l’on ne s’épargne pas soi-même. Notons que le livre a fait l’objet d’une adaptation théâtrale que l’auteur a jouée en personne et dont le texte est reproduit en fin de volume.

Eva Darlan ne fait pas montre de féminisme par haine des hommes, mais plutôt par constat d’épreuves, de paris, de dépassements et surtout de la force dont une femme doit faire preuve pour se débarrasser de la culpabilité -ou de la culpabilisation. Elle en constitue aussi un bel exemple (dont elle n’a peut-être pas bien conscience) : le message à la base était « Tu es moche, ton corps est mal fichu, dans toutes ses parties ! » Elle ne se laissa pas détruire et démentit le propos en l’inversant : « Non, je suis belle et je vais le prouver ! » Elle devint hôtesse de l’air, comédienne et enfin actrice… Notre destin ne nous tombe pas dessus par hasard !


 

Chantal Poucet

J’arrête de râler : 21 jours pour passer de râler à célébrer / Sophie Lewicki. – Pocket, 2014

Voilà un livre qu’il est recommandé de lire tout haut, à son conjoint, au petit déjeuner ! L’auteur nous propose un parcours pour nous rendre compte du nombre de fois par jour qu’on se laisse aller à râler. Alors que râler, qui reste bien différent que de s’indigner (qui est nécessaire et salutaire pour la marche du monde), est un véritable poison qui nous enferme dans des pensées négatives. Pour certaines personnes, râler permet de se déculpabiliser, de se dédouaner de toute responsabilité dans ce qui arrive !

Au lieu de râler, prenons conscience qu’il existe bien d’autres façons d’appréhender le moment présent, en le savourant, quelle que soit sa portée négative. Cela sert-il vraiment, par exemple, de râler quand on est coincés dans un embouteillage ? Non. Préférons la musique de la radio à celui du klaxon, laissons vagabonder notre esprit, méditons, blaguons, observons ce qui nous entoure. Bref, soufflons positivement plutôt que de rage ou d’exaspération. Tout le monde, en commençant par soi-même s’en sentira beaucoup mieux !

Un des grands avantages de ce traité, c’est qu’il est très abordable pour tout un chacun, sans prise de tête.

A conseiller à tous !


 

Les Blessures du silence / Natacha Calestreme. – Albin Michel, 2018. – 352 pages. – 19,90 €

Une femme, Amandine Moulin, épouse et mère de trois enfants disparaît. Et de multiples hypothèses entourent ce mystère : a-t-elle pris la poudre d’escampette, seule ou avec un amant ? S’est-elle suicidée ? A-t-elle été tuée ? Aucune piste ne mène nulle part et toutes sont aux antipodes de ce que cette femme semblait capable de faire, à part devenir la victime d’un crime sordide.

L’enquête est confiée à l’inspecteur Yoann Clivel et son collègue Berckman. La découverte du téléphone portable de la victime présumée ne tarde pas à être retrouvé au bord d’un lac, alimentant les rumeurs les plus folles.

Peu à peu, le lecteur est invité à entrer dans la vie intime de la disparue et de découvrir la personnalité de son mari. Respecté, cet homme bien sous tous les rapports révèle aux policiers le tempérament dépressif de son épouse, sous traitement par anti-dépresseurs depuis peu.

Des incohérences apparaissent dans ses propos, comme une zone d’ombre. Enchaînant les chapitres de manière fluide et attractive, l’auteur présente des scènes de la vie quotidienne d’Amandine, avant sa disparition et place sur l’échiquier quelques élements qui laissent à penser que le mari – pas si éploré que cela – est en fait un pervers narcissique de la pire espèce avec les siens. En vampire psychique impénitent, il n’aura eu de cesse d’humilier son épouse, de ne lui reconnaître aucune valeur. L’abaissant plus bas que terre, il en aura fait un objet obéissant, soumis, si peu valorisé que sa propre vie lui semblait inutile.

La fin de ce suspens maintenu de bout en bout est imprévisible, ce qui ajoute à la qualité du livre.

Le sujet de la manipulation psychologique m’a touchée particulièrement. En effet, j’ai connu un épisode très douloureux avec une belle-fille victime de cette horreur et qui y aura laissé la vie. Je me suis dit que si j’avais lu ce livre avant son geste fatal, j’aurais sûrement décidé de protéger cette personne malgré elle en la séquestrant !

Eprouvant et, malheureusement, très bien documenté !


 

Norma BOSCHIAN

Le Vieux Pays / Jean-Pierre Rumeau. – Albin Michel, 2018. – 316 pages. –

Dois-je dire que ce roman est mauvais ou bien, simplement, que je ne ressens pas d’affinités littéraires pour lui ? Difficile à dire.

Le cadre est bien choisi : une cité fantôme à la fin des pistes de l’aéroport de Roissy (véridique!) où végètent quelques quidams et surtout Pasdeloup Meunier, « héros » désabusé, traumatisé depuis qu’un Tupolev s’est écrasé sur la ville en 1973, le privant de l’amour de sa vie. Mu par une âpre méchanceté, alimentant une image de capo local, Meunier entend mener son monde à la baguette.

Le hameau déserté ne compte pas que quelques réfractaires à la délocalisation ; il devient aussi un repaire de dealers et de terroristes contre lesquels Meunier va tenter d’exercer son autorité.

Le problème avec ce roman, c’est qu’entre introspections lassantes, flashbacks non chronologiques, et éléments imbriqués d’une intrigue policière auréolée de brouillard, on ne s’y retrouve pas ou si peu et ma lecture, passé le premier chapitre d’anthologie, est vite devenue superficielle. Pour comble, j’ai davantage retenu le langage ordurier et les scènes provocantes que la substantifique moelle du récit.

Je veux bien laisser à l’auteur, débutant malgré son âge, le bénéfice du doute et n’affirmer mon avis que sur la base d’un deuxième roman, mais je doute déjà, en mon for intérieur, avoir affaire à un auteur incontournable.

Share on FacebookTweet about this on Twitter