BIBLIVORES DE SEPTEMBRE

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Lisette LISENS

L’ étrange vie de Nobody Owen / Neil Gaiman

Biographie

Neil Gaiman est né à Portchester (R.U.) en novembre 1960. Il est issu d’une famille juive originaire de Pologne.

Il est auteur de romans et de scénarios de BD et vit actuellement aux USA.

Il a participé à de nombreux films et programmes TV.

Marié deux fois, il est père de quatre enfants.

Bibliographie

De bons présages 1995

American Gods 2002

Coraline 2003

Le monarque de la vallée 2005

Anansi Boys 2006

L’océan au bout du chemin 2014

La belle et le fuseau 2015

Viking : La Mythologie 2017

Synopsis

Genre : littérature jeunesse – Fantasy – Horreur

L’histoire débute de façon horrible par l’ assassinat des parents et de la sœur aînée de Nobody. Il y avait un contrat sur la famille, alors le tueur, un Jack, cherche partout l’enfant. Ce dernier est sorti de la maison, par la porte laissée ouverte par l’assassin, sans savoir ce qui venait d’arriver à sa famille.

Il décide de remonter la rue et arrive ainsi devant la grille du cimetière. Là, quelqu’un va l’attirer par-delà l’enceinte protectrice du lieu.

Nobody est un enfant tout à fait normal sauf qu’il va être élevé et va grandir dans le cimetière. C’est un couple de fantômes, les Owens, morts depuis longtemps qui vont le nommer Nobody (et plus simplement Bod) – car il ne connaît pas son prénom – et Owens, de leur nom de famille. Il faut savoir que ce gentil couple a disparu sans jamais avoir eu d’enfant. Ils vont donc combler un manque.

Bod sera protégé par Silas, un être étrange, ni mort ni vivant, et ami très intime d’une sorcière brûlée vive il y a très longtemps.

Silas sait que le meurtrier n’aura de cesse de terminer son travail et d’éliminer Bod.

Mais comme tous les enfants, Nobody est curieux et un beau jour, les leçons qu’il reçoit au cimetière de la part des fantômes ne lui suffisent plus et il veut aller dans une école comme les autres enfants.

Mais le monde des vivants est dangereux…

Critique

J’ai croisé ce livre au coin d’une étagère et c’est comme si déjà s’installait un dialogue intrigant. Je me suis dit : « Pourquoi pas ? »

Une entrée fracassante puis des lenteurs, dans un monde rétro alors que nous sommes dans un milieu moderne où ordinateurs, CD et téléphones portables font loi.

C’est comme une distorsion. Cette lenteur est-elle le résultat du lieu où vit Nobody Owens ? Là, plus d’urgence, chaque jour a son lot d’habitudes qui est soudain secoué par l’arrivée d’un enfant capable de les voir, eux les fantômes de vies depuis longtemps passées.

Des années vont s’écouler dans cette atmosphère semi-gothique faisant penser à l’univers de Tim Burton et son célèbre Monsieur Jack.

Un morceau d’anthologie, c’est le passage de Nobody dans le monde des Goules, étrange et effrayant, éclairé de lueurs bizarres et de bruits inconnus.

Ceci étant dit, je veux bien que c’est de la littérature jeunesse mais le côté psychologique aurait pu être un peu plus fouillé.

De même, la fin douce amère laisse comme un regret. Idem pour le manque de renseignements sur le monde de Silas et Miss Lupiscu, cette dame qui remplaçait ce dernier lors de ses voyages.
La confrérie des Jacks manque cruellement de détails. Tout ce qu’on sait, c’est qu’elle date de plusieurs siècles.

Ceci dit, j’ai passé un excellent moment en compagnie de Nobody Owens et de ses amis

du cimetière.

Norma BOSCHIAN

La Part d’ange en nous, histoire de la violence / Steven Pinker. – Les Arènes

Scientifique de haut niveau, l’auteur démontre, à mon grand étonnement, que notre époque est moins violente que les époques précédentes (je salue le travail de recherche effectuée ; à l’aide de graphiques, de statistiques, Pinker explique le développement des causes de la violence.

Au départ de toute civilisation, il y a eu meurtre (cd. : Caïn qui tue Abel dans l’Ancien Testament chrétien). Que ce soit pour des raisons idéologiques ou politiques, l’homme veut soumettre ses semblables (tortures, génocides, guerres, infanticide, colonialisme, féminicide,…). La part d’ange devient plus importante grâce à la diffusion de l’imprimerie, à l’éducation, à l’empathie et des avancées ont lieu : la création des droits de l’homme, des nations qui se forment,, la fin de l’ère coloniale, le droit à l’éducation, la statut de la femme, les lois qui assurent la protection des individus,…)

Même s’il est vrai qu’il existe encore de nombreux points noirs sur la planète, l’Occident vit une paix relative depuis 70 ans (excepté en Serbie, ex-Yougoslavie, etc.). Il est donc permis d’être optimiste et de faire en sorte que le mot « liberté » ne soit plus bafoué.

Où j’ai laissé mon âme / Jérôme Ferrari. – Actes Sud

Dans ce roman, l’auteur met en scène trois personnages qui se côtoient en Algérie, en 1957, lors de la conquête pour l’indépendance.

Deux militaires français : le Capitaine André Degorce et le Lieutenant Horace Andréani, qui ont affronté ensemble les combats et la détention en Indochine. Ils deviennent des bourreaux pour extorquer des renseignements aux prisonniers rebelles.

Auprès de Tahar, par exemple, Commandant d’une faction de rebelles avec lequel Degorce passe beaucoup de temps dans sa cellule ; une relation ambiguë s’installe entre le géolier et son prisonnier et Andréani finit par confesser sa déshumanisation tout en justifiant les tortures car elles sont « utiles à son gouvernement ».

Par des phrases courtes, des mots lapidaires qui nous glacent, l’auteur nous fait revivre les longues souffrances des hommes torturés.

A contrecoeur, Degorce doit livrer Tahar à Andréani qui, sans états d’âme, exécute le prisonnier, par pendaison, le lendemain, en expliquant petit à petit la procédure du lynchage à son compagnon d’infortune…

Andréani sera finalement jugé par un tribunal militaire et condamné lourdement suite à la déposition de Degorce.

Trois destins brisés, des vies perdues car déshumanisées face à l’horreur quotidienne ; ce roman nous rappelle le douloureux passé colonial français, récompensé par des médailles (!) ; cette violence meurtrière est encore présente aujourd’hui, car, hélas, les médias nous en informent chaque jour.

Margarete BALSIGER

La série Walt Longmire de Craig Johnson . – Gallmeister

Rencontre avec l’écrivain au Bozar de Bruxelles, le 14 avril 2018.

Ca fait longtemps que je suis une admiratrice enthousiaste de Craig Johnson, auteur de la série qui a pour héros « le shérif du comté le moins peuplé de l’Etat le moins peuplé des Etats-Unis », le comté fictif d’Absaroka au Wyoming. C’est du western contemporain avec une intrigue policière, de l’humour, un peu de romance et beaucoup d’empathie pour les gens, volontairement inclassable comme genre selon l’auteur lui-même. Le shérif, l’indien et le hors-la-loi avec un petit quelque chose de plus ont fait de cette série un énorme succès littéraire, adapté depuis peu en série télévisée.

Le premier roman, « Little Bird » a tellement plu à l’éditeur que ce dernier a demandé à Craig Johnson de faire une série plutôt qu’un roman unique. Dans la dizaine de romans traduits pour le moment, on peut suivre la vie du shérif, de ses amis, de ses adjoints et des habitants de sa juridiction.

Walt Longmire est un grand costaud très calme avec quelques kilos en trop, pas spécialement beau mais certainement viril, qui a déjà une vie bien remplie – certains romans sont l’occasion de faire des retours en arrière , veuf, une fille avocate à Philadelphie et Henry, presque aussi grand et costaud, mais plus mince que Walt, propriétaire d’un bar, le Red Pony. Henry est son grand ami de toujours et acolyte, compagnon d’armes au Vietnam, plus légérement au golf, à l’université, ami indéfectible avec lequel il forme quasi un vieux couple qui n’a pas besoin de mots pour se comprendre et se deviner. Henry esu aussi un Cheyenne du Nord, chef officieux de la réserve. Il a comme surnoms « La Nation Cheyenne » et « l’Ours », son nom indien étant Standing Bear. Ils ont fait le Vietnam ensemble (sujet d’un roman). Walt n’est pas parfait, il a eu sa période « saoul du matin au soir » lorsque sa femme est morte d’un cancer ; il est à l’occasion déprimé, limite dépressif, mais malgré tout ça ou grâce à ça, c’est un excellent shérif maintes fois réélu dont le nom est connu bien au-delà de son comté. Aux USA, le shérif est le seul officier à être élu par ses concitoyens et donc, qui doit faire campagne ; ça demande non seulement des talents de policier mais aussi beaucoup d’autres qualités comme la bonne gestion, la diplomatie, etc. Ceux qui ne le connaissent pas et ignorent son passé professionnel commencé comme enquêteur militaire au Vietnam sont trompés par son apparence débonnaire, mais attention, Walt peut avoir la tête près du bonnet.

Comme tout bon shérif dans la cambrousse, bien souvent, son travail comporte une bonne dose de travail social. Il peut compter sur son équipe d’adjoints pour l’assister et sur Ruby, la téléphoniste du poste pour connaître tous les potins. Comme dans beaucoup de communautés rurales dans l’Ouest américain, le Busy bee bar/resto du coin où il prend presque tous ses repas et sa patronne lui fournissent aussi bien un point de chute pour s’alimenter qu’une source inépuisable de renseignements à l’occasion très utiles pour le shérif.

Si on peut lire les romans indépendamment les uns des autres, les lire dans l’ordre facilité la compréhension des relations entre les personnages récurrents et les allusions aux aventures passées de Walt et de « La Nation Cheyenne ». Les Amérindiens et leurs problèmes sont souvent une partie importante ou même essentielle de plusieurs romans, mais pas toujours. L’excellent premier livre de la série, « Little Bird » parle de quatre violeurs d’une jeune indienne souffrant du syndrome d’alcoolisme foetale qui sont assassinés un par un après avoir juste fait un peu de prison. Par la suite, divers sujets sur le départ des enquêtes du shérif presque toujours accompagné d’Henry à un moment ou l’autre et au gré des enquêtes de son équipe et d’autres habitants de la région : filière d’exploitation d’Asiatiques ar des Asiatiques, enquête sur un trafic pendant la guerre du Vietnam qui se rappelle au bon souvenir de Walt et d’Henry, enfants et femmes de polygames qui veulent s’échapper, tueur psycopathe en cavale pendant la tempête de neige de la décennie, etc.

Lui et moi, on a deux points communs : Craig Johnson dit s’inspirer de deux sources fantastiques pour écrire ses fictions : la Bible et Shakespeare, deux de ses titres de livres sont d’ailleurs des citations du dramaturge anglais. C’est vrai que quand on a lu l’un et l’autre, la comédie tragique de la vie s’est déroulée devant nos yeux : amour, haine, jalousie, mensonge, adultère, trahison, meurtre, vengeance, etc. Tout y est. IL est aussi un admirateur de John Steinbeck, immense écrivain américain qui aimait les gens. Moi aussi.

Craig Johnson vit au Wyoming depuis de nombreuses années après une vie professionnelle diversifiée et bien remplie qui l’inspire pour ses romans. Il est né en Virginie-Occidentale, autre Etat sauvage, et a beaucoup voyagé. Il connaît très bien l’Europe et s’avère très sympathique. D’après lui, on se fait une fausse idée de l’Ouest et de ses habitants. Un exemple : la figure du héros solitaire est un mythe parce que les conditions de vie sont tellement difficiles qu’un solitaire, justement, aurait une durée d’existence très courte.

Bernadette FONZE

LES PASSEURS DE LIVRES DE DARAYA.  UNE BILBIOTHEQUE SECRETE EN SYRIE

DE DELPHINE MINOUI

Un grand résumé pour un livre immense !!!!

Delphine Minoui :

Est née en 1974.  De mère française et de père iranien. Elle est française.

En 1997, elle réussi t l’Ecole de Hautes Etudes en sciences de l’information et de la communication (section journaliste).  En 1999 , elle est diplômée de l’Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales.

Elle s’installe en Iran et excerce sa profession.  En 1999, elle devient correspondante de France Inter et France Info.  A partir de 2002, elle écrit pour le Figaro. Elle réalise et collabore à plusieurs documentaires.

En 2006, elle est lauréate du Prix Albert-Londres (prix du grand reporter de la presse écrite) pour une série d’articles sur l’Irak et l’Iran.

Le monde arabo-musulman n’a plus de secret pour elle.

Elle vit à Istanbul.

Elle a écrit, entre autres :  « Jeunesse d’Iran : Les voix du changement »  – « Les Pintades à Téhéran : Chronique de la vie des Iraniennes » – « Tripoliwood » – « Je vous écrit de Téhéran » …

CHOIX DU TITRE :

Tout à fait judicieux et logique.  « Les passeurs » très pertinent par rapport à leurs rôles dans ce récit.  Une bibliothèque secrète en Syrie : ici aussi, logique puisque la plupart des livres sont des livres mis à l’index par le régime.  La bilbiothèque doit rester secrète et enfouie sous les décombres. Quand la cité est obligée de se rendre, la première chose que les soldats ont fait c’est détruire cette bilbiothèque.

MISE EN CONTEXTE DU LIVRE :

Le début du récit relate les faits depuis la fin des années 1990 en Syrie dans son prologue.  Ce passé est tout à fait indispensable afin de comprendre le cheminement des personnages et la création de la bilbiothèque secrète.  Sans ces informations, nous ne pourrions pas comprendre ce qui se passe dans le présent.

La ville de Daraya se situe à 7 kms de Damas (capitale de la Syrie).  Il y avait 250.000 habitants, pour tomber à 12.000 et pour finir à 8.300 surivants.

Fin années 1990 : après le massacre en 1982 dans la ville de Hama (10.000 à 30.000 victimes) sous le régime du Père Assad Al-Hafez, 30 activistes pacifistes de Daraya forment « Les Jeunes de Daraya ».

2000 : Arrivée au pouvoir de Bacher Al-Assad (le fils).  

2002 : premier cortège/manif. Contre le régime

2003 : Manif contre l’occupation USA en Irak.  Bacher Al-Assad prend peur car c’est presque généralisé dans tout le pays.  24 Activistes de Daraya sont arrêtés et emprisonnés.

2005 : Libération des activistes dont Muhammad Shihadah dit le Prof « Ustez ».  Il est interdit de sortie du territoire.

03/2011 : Début « Printemps arabe ».  Un ado qui avait osé faire un graffiti « Ton tour viendra Docteur » est arrêté, emprisonné et torturé.  Révolution contre le régime de Bachar Al-Assad. La bande des années 90 est de nouveau dans la rue.

06/09/2011 : Ghiyath Mattar est arrêté et torturé = « Le Petit Gandhi ».

2012 : Depuis le début, le régime considère la cité de Daraya comme une concentration de rebelles similaires à Daech.  Alors que « les Jeunes de Daraya » sont des rebelles pacifistes ne voulant qu’acquérir la liberté (« Notre révolution s’est faite pour construire, pas pour détruire »).  Les djiadistes déforment la religion et l’Islam. La ville de Daraya est mise sous les verrous. Lors d’un enterrement ,débarquement de tanks militaires (30 tués). Lors du Ramadan, les tanks reviennent et démolissent Daraya Rue/Rue -Maison/Maison – 500 tués.  Premier exode de la population. Le coeur de la résistance reste dans la ville : l’Armée Syrienne Libre. En novembre blocus sur Daraya. Ils sont bloqués non seulement par les pro Assad mais aussi par Daech.

2013 : Découverte de livres dans une maison pulvérisée.  Premiers sauvetages pour ne pas tomber dans le piège de la violence.  En août, gaz sarin sur Daraya. Réaction des autres pays (USA et Russie).  La Russie est pro Bacher Al-Assad.

15/10/2015 : Delphine Minoui entre en contact avec Ahmad.

2016 : Le blocus est consolidé.  La population passe de 12.000 à 8.300 survivants.  Le 27/2/2016, un cessez-le-feu est instauré sous la pression des USA.  Le 11/5/2016, le premier convoi humanitaire est annoncé. Pas de nourriture mis des kits de santé, des contraceptifs.  Les soldats du régime imposent leurs règles : uniquement des vaccins disent ils. Le convoi fait demi tour. Les obus pleuvent sur les personnes rassemblées pour attendre l’arrivée du convoi.  Fin mai 2016, la trève est terminée : pluie d’obus sur Daraya. 90 % de la cité est détruite. En juin 2016, le premier convoi humanitaire arrive : shampooing, médicaments mais toujours pas de nourriture.  Toujours accompagnés par les livres : siège de Sarajevo – Mahmoud Darwich grand poète palestinien. La débrouille s’organise : jardins potagers sauvages. 48 heures de trêve : arrivée d’un autre convoi avec farine, aliments secs et médicaments.  Les avions du régime reprennent leurs bombardements. Impossible de distribuer les vivres ! Le 12/6/2016 : Plus aucune nouvelle. Les réseaux sociaux sont muets. Les soldats d’Assad sont aux portes de la ville disent les médias. Le 12/7/2016, après un mois de silence, Shadi est blessé.  Les autres se terrent et changent continuellement d’abri pour échapper aux frappes. Le 14/7/2016 (jour de l’attentat de Nice), le conseil local de Daray envoye une lettre à François Hollande. Personne ne les écoute … ils sont seuls. Le 29/7/2016, Omar a été tué. Le 4/8/2016 napalm sur Daraya.  Le 16/8/2016, napalm sur l’hôpital. Le conseil local et l’Armée Libre Syrienne de Daraya essayent d’obtenir un accord avec le pouvoir afin d’avacuer les civils. Le 27/8/2016, ils quittent Daraya. La cité se rend. Le 28/8/2016, ils arrivent à Idlib (région contrôlée par les anti-Assad).

12/9/2016 : la bilbio de Daraya est dévastée.  (Hitler a fait ça aussi en brûlant des livres hostiles au régime).

26/8/2017 : Retrouvailles à Istanbul avec Ahmad – Shadi – Hussam et Ustez.  Ils sont en train de se reconstruire !!

THESES EXPOSEES PAR L’AUTEURE :

La thèse n’est pas exposée par l’auteure mais par Ahmad : principal interlocuteur de D. Minoui dans ce récit.  Le message/thèse d’Ahmad et de ses amis est le suivant :

Plutôt que de recourir aux armes et de participer à la guerre par la violence, il est plus judicieux de mener la défense du droit à la liberté par l’éducation ainsi que par l’évasion livresque.

L’éducation est à la base de toute démocratie.  Les livres ont permis de développer leur sens critique et leur développement personnel.  Cela leur a permis de grandir. L’éducation fait peur aux régimes totalitaires. Par exemple Hitler qui a fait, lui aussi, brûler tous les livres jugés anti-régime.  Une des toutes premières choses que les pro Assad ont fait après la capitulation de la ville c’est de détruire la bibiliothèque. L’éducation et les livres sont intimement liés.

C’est un livre qui, malgré l’absurdité de la guerre et la folie meurtrière d’un régime qui martyrise ses citoyens,montrent que  les écrits sont et restent une évasion intelligente. On mesure alors le pouvoir de la littérature pour se détacher de l’absurdité de la réalité.

La création de la bibliothèque a permis également de souder les citoyens de Daraya par une camaraderie indestructible.  L’endroit où les livres se trouvent devient un lieu d’échanges et représente une société à « petite échelle » organisée, bien sûr, en démocratie avec un respect de l’autre mis en avant.

Ils ont rattrapé le temps perdu et malgré leur enmuraillement, le monde est à portée de mains.  En quatre ans de siège, ils sont devenus des sages de 40 ans.

UN EXTRAIT SIGNIFICATIF :

« Face aux destructions infligées par les bombes, ils n’ont pas seulement sauvé des livres.  Ils ont bâti des mots. Erigé des syntaxes. Jour et nuit, ils n’ont jamais cessé de croire en la vertu de la parole.  A son invincibilité. Ils ont rompu le silence, relancé le récit. Construit un langage de paix. Avec leurs ouvrages, leurs slogans, leurs revues, leurs graffitis, et leurs créations littéraires, ils ont résisté jusqu’au bout à la métrique militaire, inventé une autre cadence que celle des coups de canon.  La laideur de la guerre surpassée par le verbe. Un mémorial de mots, sans domicile fixe, pour la génération d’après. »

Cet extrait défend à merveille les thèmes de la thèse.

OPINIONS PERSONNELLES

J’ai beaucoup apprécié !!  Ce récit m’a permis de me rendre compte des difficultés de la vie en Syrie et plus largement de la vie dans une dictature.  Elle traite en profondeur des événements dans ce pays. Les médias se contentent de nous relater des faits épisodiques. Ici, grâce à Delphine Minoui, nous avons une vue approfondie des problèmes du conflit syrien.  C’est la première fois que j’ai la chance de lire un récit d’une telle profondeur relatant l’absurdité de la guerre. Ca m’a ouvert les yeux, ça m’a fait réfléchir, ça m’a fait grandir ! Le pouvoir des livres … Ca me donne envie de découvrir d’autres livres … de faire comme eux …

Je me suis rendu compte qu’il est possible de résister avec autre chose que les armes.  J’étais un peu frustée et impuissante à la fin du récit. J’aurais tellement souhaité une fin heureuse.  Mais dans l’épilogue, le pouvoir des livres continue avec, entre autres, la bibliothèque itinérante d’Ahmad.  Malgré la destruction de la bibliothèque secrète de Daraya les idées sont acquises, restent et continueront à circuler.  C’est ça leur victoire.

Ce qui m’a interpellé également c’est le bien fondé des convois humanitaires.  Ils apportent des choses qui en sont pas très nécessaires aux habitants assiégés.  Pas de nourriture alors qu’il n’y a plus rien à manger dans la ville.

Et cerise sur le gâteau, Delphine Minoui, écrit tellement bien : une écriture imagée, claire, forte, simple.  Elle arrive à relater des faits complexes et nous les faire partager sans aucune difficulté.

Elle dévoile l’absurdité de la guerre  et la difficulté de vivre sous le régime d’une dictature.  Souvent isolés et seuls. Il n’y a pas d’écoute et d’aide des autres puissances.  Tous ces jeunes sont restés fidèles à leurs idées. Ils ne sont jamais tombés dans la résistance violente.  

Les sources de l’auteure sont fidèles à la réalité sans aucune romance ou fioritures.

Elle montre le pouvoir de l’éducation et des livres contre l’utilisation massive des armes.

J’ai recueilli les propos de Michel Onfray (philosophe français) lors de l’interview de Delphine Minoui à l’émission « La grande Librairie » :

« Chez nous, le livre est devenu une marchandise avec des auteurs bankables susceptibles d’obtenir l’un ou l’autre prix littéraires.  Notre monde est un monde effondré où le livre est un objet de consommation au mépris du livre. Tandis qu’à Daraya les livres sont devenus  un supplément d’âme, un instituteur, un enseignant, un professeur, un ami, un compagnon. Un ouvrage où l’on peut trouver des raisons d’être, des raisons de vivre.  Les Passeurs de livres de Daraya est une belle histoire émouvante. On pourrait en faire un film. « Un homme qui lit en vaut deux ».

Je suis tout à fait d’accord avec les propos de ce grand philosophe …

 

Libertango / Frédérique Deghelt

Attention, c’est du lourd !!!

Elle relate la vie de Luis Nilta Bergo, handicapé, qui, malgré les obstacles, deviendra un chef d’orchestre de renomée internationale.

J’ai adoré la construction inventive et son écriture dense, forte, imagée.

A chaque page, il y a des sous-textes sur le handicap, la vie, le métier de musicien, de chef d’orchestre, l’enseignement des conservatoires, la Musique (avec un grand M)…

EPOUSTOUFLANT !!

Etant Maman de musicien, j’ai été directement concernée par les thèmes soulevés dans ce roman extrêmement bien documenté.  Elle connaît à fond le monde musical sur tous ses angles.

Luis, après des recherches intensives sur le métier de chef d’orchestre, crée un « orchestre du monde » qui se produira principalement pour des personnes en souffrance (attentats du 11  septembre, pays en guerre…). Il nous fait comprendre le pouvoir de la musique afin d’adoucir les difficultés de la vie.

Après le pouvoir des livres (Les Passeurs de livres de Daraya de D. Minoui), le pouvoir du théâtre (Le 4ème Mur de Chalandon), je découvre le pouvoir de la musique dans ce magnifique roman construit comme un tango.  

Vous avez compris, j’ai été touchée au plus profond de mon être par ce livre bouleversant écrit de main de maître.

Eric ALBERT

25 drôles d’anecdotes scientifiques / Frede Royer. – J’ai lu, 2018

La science n’est jamais aussi amusante que lorsqu’elle nous donne à découvrir des informations qui bousculent le sens commun, la logique, voire même l’évidence. Nul ne doute que l’homme doit encore défricher des champs entiers de phénomènes scientifiques – certains passant pour être totalement paranormaux aujourd’hui – mais il existe déjà bon nombre de théories, d’observations, d’expériences tout à fait originales et qui donnent à voir le monde qui nous entoure d’une toute autre façon.

Ainsi, avez-vous déjà pris conscience que l’espace intersidéral n’est situé qu’à une heure de voiture (100 km) ? Bien moins loin que votre prochaine destination de vacances !

Savez-vous qu’il est impossible de plier en parts égales plus de sept fois une même feuille de papier, quelle que soit sa taille d’origine ?

Que tout corps est composé à plus de 90 % de…vide (celui qui sépare toutes les cellules qui le compose) ?

Qu’un homme a vécu de l’intérieur les deux attaques nucléaires contre Hiroshima et Nagasaki (transitant entre les deux villes entre le 6 et le 9 août 1945) et y survivant bien au-delà de la plupart des victimes périphériques ?

Que des femmes donnent naissance, presque chaque année, à des enfants tératomes c’est-à-dire à des bébés dont un embryon jumeau s’est développé sur le corps, laissant apparaître un ou plusieurs organes, des yeux, un membre, des touffes de cheveux ?

Que nous ingurgitons chaque jour de l’eau qui a sûrement déjà transité dans l’appareil urinaire d’un dinosaure ?

Que la poussière est composée en majorité de cellules de peaux mortes (nous en perdons 50.000 toutes les heures) ?

Bref, Frede Royer a le don de nous émerveiller, de nous faire réfléchir, de nous horrifier , de nous dégoûter, de nous faire voyager et de nous faire prendre conscience de la réalité perplexe du monde, nécessairement restreinte à notre espace-temps alors que ceux-ci s’entremêlent et s’étendent à l’infini. Mais quel infini ?

Un opuscule délassant, proposé en plus à 3 euros.

 

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