Biblivores Décembre 2016

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LISENS LISETTE

Je reviendrai avec la pluie /Takuji Ichikawa. – Flammarion, 2012

reviendraiBiographie

Takuji Ichikawa est né le 7 octobre 1962 à Tokyo (Japon).

Il est diplômé de l’Université de Dokkyo, à Tokyo.

Il a vendu 3 millions d’exemplaires dans son pays, et son roman est devenu un film (Be with you) et un manga. Il officie comme scénariste pour l’adaptation de ses livres.

C’est grâce au mouvement littéraire « Pure love » qu’il a été remarqué et embarqué dans cette spirale de succès.

Bibliographie

Je reviendrai avec la pluie

Dis-lui que je l’attends

Je reviendrai après la pluie

Synopsis

Takumi vit et élève son filsYûji, âgé de 6 ans, seul.

Sa femme Mio est morte il y a près d’un an. Mio a eu de gros soucis lors de son accouchement et sa santé s’en est trouvée altérée.

Avant de mourir, Mio dit à son mari qu’elle reviendra avec la pluie, voir comment ils s’en tirent tous deux.

Souffrant de plusieurs pathologies bizarres, de même que d’hypocondrie, Takumi éprouve beaucoup de difficultés à tenir la maison et à nourrir correctement le petit.

Alors que jeune, il était un athlète durant ses études maintenant il ne peut plus courir. Sa crainte des trains, des avions ou de tout transport l’oblige à se rendre au travail en vélo.

Souvent, il emmène son fils, qui a un petit vélo, dans des promenades à travers la forêt jusqu’à une clairière où se trouve un vieille usine à l’abandon. Là, le plaisir de Yûji est de ramasser des vis, des écrous et parfois des engrenages qui sont pour lui un véritable trésor.

Pour expliquer le départ de sa mère à Yûgi, il lui parle d’une planète nommée Archive où vont les défunts. Là, ils vivent heureux, peuvent même rencontrer Platon et s’adonnent à ce qu’ils aiment.

Mio tient la promesse faite. Elle revient pour la saison des pluies qui dure six semaines.

Seulement elle a oublié sa vie antérieure. Sur le laps de temps accordé, ils vont se redécouvrir.

Elle profitera également de ce délai pour former Yûji à aider son père dans l’entretien de la maison, du linge et la préparation de plats équilibrés.

Pendant ces semaines, le temps suspend son vol !

Critique

Ce roman très poétique est une ode à l’amour infini, intemporel.

Une impossibilité à concevoir pour beaucoup surtout dans le contexte actuel.

Et j’avoue avoir été désarçonnée lors de cette lecture.

Dans notre civilisation, la mort est une fin en soi. Mais qu’en est-il exactement ?

On a parfois l’impression d’être accompagné par un disparu.
Mythe ou réalité ? Qui peut le dire, le prouver ?

Pourquoi ne serait-il pas possible d’avoir une « seconde chance » ?

Très facile à lire, l’écriture en est fluide, il y a de jolies descriptions de la nature d’où émane une poésie tout asiatique, on est face à un poème d’amour.
Que vous dire dire sinon passez outre vos réticences et plongez dans ce souffle de fraîcheur bien utile en ces moments où domine la violence.

TIMMERMANS, ALAIN

Les Nouvelles métropoles du désir / Eric Chauvier. – Allia, 2016

nouvelles-metropolesEric Chauvier est docteur en anthropologie et professeur à l’Université de Bordeaux. Il est également Directeur adjoint des éditions « Le Bord de l’eau », souvent considérée comme « hors normes ». On dit de lui qu’il a renouvelé l’anthropologie en examinant des tranches de vie courantes au microscope. Son écriture est elle aussi inhabituelle, cruelle de précision et discursive en même temps. Dans « Anthropologie » (2006), il expose sa méthode (illustrée d’exemples). Dans « Contre Télérama » (2010), il défend « la mocheté » des banlieues, peuplées de gens dont plus personne ne veut, ni les campagnes, ni les villes. Dans « Les mots sans les choses » (2014), il analyse à la loupe notre langue en dérapage constant par rapport au sens, une langue « éhontée » (sic!). Toute son œuvre se veut une (ré)éducation à l’observation d’un réel dont nous nous éloignons toujours plus.

« Les nouvelles métropoles du désir » est un récit court, incisif. D’abord, une agression inhabituelle : trois jeunes filles (de la banlieue) en « incursion » dans le centre insultent et agressent les passants. Elles finissent par rouer de coups un « hipster » très tendance à la barbe soignée. Celui-ci trouve refuge dans un bar-club branché comme lui. Le narrateur (Chauvier lui-même) le suit et sombre dans une atmosphère ultra-décadente. Grands écrans plats que personne ne regarde, musique si forte qu’elle empêche de parler, serveuse disjonctée, attitude anéantie des consommateurs. Là il se livre à une analyse au scalpel de tout ce qui l’entoure. Ce faisant, il essaie de commander une bière qu’il n’obtiendra jamais ! Le bar « Dark Rihanna » devient au fil des pages un lieu d’absurdité totale, de « connerie radicale » où le désir n’est plus qu’une image creuse de lui-même. Une métaphore extrême de toute notre société…

Personne n’est à l’abri de notre dérive sociale, société du spectacle, de l’image, de la simplification débile.Le propos de Chauvier va loin : les campagnes tentent d’imiter les métropoles à la beauté factice (images télévisées, numériques, « branchées ». Les centres des villes jouent à exposer une mode qui fait envie, mais dans une misère intellectuelle et une décadence sans nom. Richesse, culture et beauté, tout ce qui faisait « l’urbanité » des métropoles est devenu un miroir aux alouettes, un reflet vide. Ceux qui réalisent leur désir de s’y rendre (le rural, l’ex-centré, le pauvre) s’y retrouvent paumés et finissent par aller croupir dans les banlieues, à l’abandon. Le désir même – et sans doute tous les désirs ! – se vide de sa substance et perd son vrai sens. Le bar « Dark Rihanna » représente « la société du vide, dans toute sa splendeur » : des images quasi inintelligibles se substituent en permanence au sens, à la pensée, à la communication. Quant à l’agression du début, elle prend le sens à la fin de la lecture d’une violence aveugle contre cette comédie urbaine qui ne cesse de jouer à être ce qu’elle devrait être. Notre société sombrant dans le vide est aussi une société de la déception.

ALBERT, Eric

Nouvelle encyclopédie du savoir relatif et absolu / Bernard Werber. – Le Livre de poche,

encyclopedie-relatifUn peu de tout sur tout, voilà la philosophie de ce recueil de connaissances, anecdotes, théories existentielles et autres prolégomènes. L’histoire, la religion, la biologie, la culture, la géographie, les langues, les us et coutumes, la philosophie, la psychologie, l’éthologie et jusqu’aux énigmes mathématiques, tout s’y mélange en un bel ensemble d’érudition avérée. Car tout dans cette encyclopédie est véridique, attesté et cela rend l’ouvrage éminemment respectable…même si un des lieux propices à sa lecture sont les cabinets… Car chaque exposé ne tient qu’en quelques lignes compactes et porteuses de sens.

La genèse de l’ouvrage se trouve dans la trilogie des « Fourmis » de Bernard Werber. L’auteur invente le personnage de Edmond Wells, une biologiste versé dans l’étude des bactéries, mystérieusement disparu au cours d’une carrière controversée. Le récit des aventures du 327° mâle et de ses coreligionnaires formicidées est entrecoupé par une multitude d’ extraits de cette encyclopédie, agissant comme des respirations dans l’intrigue et comme ciment pour la soif de lecture.

Werber n’a jamais fait mieux que son premier livre. Aujourd’hui, il semble se contenter de fournir du texte, au mépris d’un fonds véritablement cohérent (« Demain les chats » s’apparente à un scandale!) ou sous le couvert d’aventures paroxystiques (« Les micro-humains »). L’auteur s’est perdu en route, entre la fourmilière et le mystère de nos origines (« Le père de nos pères ») ; son mysticisme est usant, sa langue sans profondeur.

Plonger dans l’encyclopédie permet d’entretenir le souvenir de débuts fracassants et s’y nourrir de la richesse du monde est une pratique d’ouverture de l’esprit qui mène à l’étonnement, à la stupéfaction et aux questionnements les plus divers.

Une de mes « madeleines », assurément.

FELS, Jean

part-gauloisMa part de Gaulois / Magyd Cherfi. – Actes Sud, 2016

I )L’auteur : Magyd CHERFI né à Toulouse le 4/11/62 origine algérienne.

Chanteur (groupe Zebba et en solo) écrivain. Différents prix comme chanteur et groupe.

Prix Concourt des lycéens

Prix 2016 du Parisien Magazine.

2)Le fond : « L’exception française c’est d’être français et de devoir le devenir »

Roman autobiographique d’un jeune « Beur » des quartiers Nord de Toulouse. Il raconte la conquête du premier bac « arabe » de la cité !. Il a réussi la prouesse en étant coaché à chaque instant, impitoyablement, par sa mère et en affrontant, castagne en prime !. la majorité des copains du quartier (N.B. :« pédé. enculé…. » ne sont pas principalement des injures à connotation sexuelle mais servent à désigner surtout des individus manquant de virilité !)

II aime lire, il dévore Maupassant. Flaubert. Apollinaire. Eluard…Il écrit des poèmes. Tout cela le conduit à devenir le scribe de nombreux foyers d’émigrés et il a « la cote » côté filles ! « Elles voulaient que j’écrive un incendie. Etre leur pyromane me chauffait les neurones »

Magyp atteint son but, il est bachelier et ce jour-là, la BMW de Mounir se pointe avec ses deux copains Said et Fred. Mounir est le dur, distributeur de baffes et boss du quartier (trafic de drogue etc)…

Remarques :J’ai été surpris de ne pas trouver plus de références à l’Islam, au Coran. …bref, à la religion. A celà 3 hypothèses :

1) la religion n’intéresse guère l’auteur

2) il ne souhaitait pas en parler

3) à l’époque du récit, il y a 35/40 ans. le « problème » n’existait guère !

3)la forme :

Le contenu de ce livre n’étonnera probablement pas grand monde (les multiples exposés dans les médias, les sociologues, les politiciens… nous saoûlent d’images et de jugements sur le sujet) mais le ton de gravité et de légèreté, les dialogues de rage et de jubilation en font un témoignage poignant de la réalité vécue. J’ai adoré !

BALSIGER, Margarete

La main de Dieu / Philip Kerr. – Le Masque, 2016

main-dieuAprès avoir fait connaissance de Scott Manson dans le 1er tome de la série, le revoilà promu manager du grand club de football londonien dont le propriétaire est toujours un « homme d’affaires » ukrainien qui se révèle de plus en plus véreux et immoral. Louvoyant comme d’habitude entre les contraintes sportives et celles imposées par les dirigeants du club, servant de mère et de père à ses joueurs qui ne cessent de se quereller entre eux à tout propos et même très violemment, Scott, dont les talents de diplomate sont aussi importants si pas plus que ses talents sportifs, va devoir encore endosser le rôle du détective. Lors d’une rencontre de ligue des champions à Athènes, une des stars du club s’écroule morte sur la pelouse lors de l’ouverture du match contre le club grec Olympiakos. Déjà que Scott trouve les Grecs extrêmement antipathiques, mauvais joueurs, tricheurs, fainéants, violents, (non vraiment il ne les aime pas, tout comme le journal le « Guardian » d’ailleurs qu’il traite de torchon), si en plus ils lui tuent un joueur, il se fâche. Il constate que la corruption ambiante additionnée à la grève des juges et des médecins légistes ne vont pas aider à trouver rapidement les causes de l’accident ou même – qui sait – du meurtre. Mais Scott comprend vite les règles du jeu qui régissent la Grèce actuelle.

Ce 2eme tome est toujours aussi bon et enchaîne avec des thèmes déjà évoqués dans le 1er. L‘écriture est rapide, enlevée, on ne s’ennuie pas et on est déçu d’arriver à la fin. Le roman est totalement connecté au monde du sport, mais aussi à ceux de la politique et de la délinquance financière (on est en plein dans les montages frauduleux et le blanchiment d’argent). Ph. Kerr continue de mélanger fiction et réalité et j’avoue trouver le milieu du football international passionnant, ça vaut vraiment le détour de s’immerger dans ce milieu où véritablement seul compte l’argent. Dans ce roman, un des ressorts de l’intrigue est une académie africaine de jeunes joueurs qui sont achetés à leur famille en espérant les transformer en internationaux qui leur apporteront, ainsi qu’au propriétaire de l’école, en retour, prospérité et richesse. Comme manager et ex-entraîneur Scott, qui est pourtant diplômé en management sportif, se rend compte que la théorie ne reflète pas du tout la pratique. Est-ce qu’il sera d’accord de vendre son âme ou du moins de tricher en permanence parce que finalement dans tout ça la chose qui compte le moins, qui n’est là que pour servir de paravent, c’est le football, alors que pour Scott c’est un sport de toute beauté (et probablement aussi pour Kerr, supporter d’Arsenal). En lisant ce roman, en plus de passer quelques bonnes soirées, vous apprendrez plein de choses intéressantes sur la vie quotidienne de la Grèce actuelle, sur le maquignonnage des joueurs africains et sur la collusion entre sport et corruption, une autre facette de la mondialisation du grand banditisme financier. Ph. Kerr est toujours au coeur de notre époque. Il ignore la langue de bois, le politiquement correct et balance à tour de bras les rosseries tout en truffant son livre de références historiques et culturelles.

islamismeL’islamisme va-t-il gagner ?/ co-écrit sous forme de dialogue par Alexandre Adler et Vladimir Fédorovski. – Editions du Rocher, 2016

Alexandre Adler me fascine depuis longtemps et j’admire son immense intelligence. Dans ce livre écrit en 2012, donc avant l’attentat de Charlie Hebdo qui a marqué une date dans cette guerre d’un nouveau genre, les 2 amis démontrent une fois de plus leur capacité à analyser et prévoir. Leur vaste culture leur permet de resituer les faits et leurs origines dans le contexte historique et politique. Islamisme, Turquie, Russie, des thèmes dont l’intérêt n’a pas faibli depuis 4 ans, bien au contraire.

DESGAIN, Bernadette

Les fleurs ne saignent pas / Alexis Ravelo. – Mirobole, 2016

fleurs-saignentAlexis Ravelo est canarien d’origine. Né en 1971. il a déjà écrit de nombreuses pièces de théâtre, des recueils de nouvelles et des contes fantastiques, plusieurs romans noirs dont celui ci paru en octobre 2016 qui est le premier à avoir été traduit en français par Amandine Py aux Éditions Mirobole

Lola et son compagnon Diego, Paco et Félon sont quatre petits malfrats qui décident de faire un gros coup pouvant, cette fois, leur rapporter gros : le kidnapping contre rançon de la fille d’un parrain de la mafia.

L’histoire se passe aux Canaries, sur la luxuriante île de Gran Canaria où deux mondes vont s’entrechoquer : les apprentis bandits vivant de petits larcins contre les barons en col blanc baignant dans la corruption et la politique, tel le dénommé Don Isidro Padron. Lui. il arrondit ses fins de mois en blanchissant de l’argent pour le compte de Russes corrompus.

C’est de sa fille qu’il s’agit : la belle Diana est enlevée un beau matin dans son appartement et yeux bandés et mains entravées, déposée sur un matelas dans un immeuble en construction – ou plutôt à l’abandon, comme il en existe partout aux Canaries – Une énorme rançon est demandée à son père. Là, on est déjà à la moitié du livre et on se perd dans une foule de détails, les protagonistes se posant des questions stupides comme de savoir s’il est préférable de mettre du lait ou du sucre dans son café et autres anecdotes du genre qui ne font que faire traîner le suspens…

Je me rends compte que je n’ai pas l’âme d’une lectrice de triller … Et pourtant c’est sûrement un beau roman policier, il est bien écrit et son style est fluently.

Mais je tiens à terminer ma lecture. Je mélange alors les adversaires, tant ils sont nombreux à avoir des surnoms : Dans un clan il y a Diego dit le Marquis. Paco dit le Sauvage. Félon dit le Ouf ou le Magicien ou le Foncédé. Il y a le Gaucher, Pâquerette, Isidro et puis… La belle Lola

Dans le clan de Don Isidro Patron, dit l’Enclume, il y a Pereira Marcos. Un certain Belmondo, Ivan l’ami des russes. Medeiros. le Marteau. Aday et Raoul Silva qui est maton, ou tueur à gages ou détective prive, c’est selon…le gardien d’immeuble de Padron qui est Ramon le gardien…tout simplement.

On téléphone beaucoup. On circule en voiture beaucoup. On se tape les uns sur les autres, beaucoup, on se fait des coups vaches, des coups de pieds, des coups de crosses. On tire et on tue beaucoup aussi. Mais qui a tué qui ? Qui va sortir vivant du carnage ? Qui aura l’argent ?

Diana fait partie des fleurs qui ne saignent pas. Même si elle reste entravée dans le noir tout au long du livre, personne ne lui fera de mal. C’était prévu des le commencement du livre…

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