BIBLIVORES Janvier 2018

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mobyletteBOSCHIAN, Norma

Les livres que je présente sont des regards croisés sur notre société, regards de fiction et de réalité.

Jean-Luc Seigle, avec son livre « Femme à mobylette » (Flammarion) nous emporte dans une tragédie moderne : celle de la précarité. Le livre s’articule comme une pièce de théâtre, et peut-être dans le futur un film des frères Dardenne, tant l’intensité dramatique est présente à chaque page. L’héroïne a perdu son travail, ne reçoit pas d’aide de son ex-mari qui a pris le large, et élève seule ses trois enfants.

Heureusement, une mobylette bleue, rebus laissée par son « ex », va lui permettre de trouver un emploi de thanatopractrice et de nouer également des liens sentimentaux avec un routier.

Hélas, en rentrant du travail, son avocate l’attend pour lui annoncer qu’à cause de son travail « au noir » – elle s’adonne à la prostitution sur le parking de l’autoroute – ses enfants sont désormais sous la garde de leur père. Elle va les voir incognito,au-delà des frontières nationales, et retourne en Belgique pour demander l’aide de son ami.

Une voiture la fauche et elle meurt.

Cette Cosette des temps modernes m’a beaucoup émue ; elle m’a fait toucher du doigt les conditions de vie des exclus sociaux.

oates herneUne auteure qui elle aussi a dépeint le milieu ouvrier et la précarité, c’est Joyce Carol Oates. Dans un fabuleux Cahier de l’Herne, différents auteurs et elle-même analysent l’écrivain balzacien qui me fascine toujours autant. Dans l’article « Corps et corpus », Nancy Huston analyse la complexité de l’auteur de « Blonde » qui s’attache à montrer qui était réellement Norma Jean Baker et démontrent les similitudes qui existent entre elles.

IOIOIOOIUOUIOOGIO

Deux regard plus légers à présent :

ferrari quelque choseJérôme Ferrari (Goncourt 2012 pour « Le Sermon sur la Chute de Rome »)  a écrit pour le journal « La Croix » des articles sur les événements qui ont eu lieu en France de janvier à juin 2016. L’auteur les réunit dans le livre « Il se passe quelque chose » (Flammarion) ; il y rapporte les faits et les analyse avec une pertinence non dénué d’humour, tout en faisant référence à des philosophes ou des écrivains (Nietzsche, Camus) pour éclairer ou réfuter certaines idées. Il balaye un passé proche en amenant un éclairage parfois différent des médias traditionnels.

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little brotherQuant à Raphaël Enthoven, il nous propose dans son livre « Little Brother » (Gallimard) des réflexions sur nos vies, notre monde, en citant en exergue du sujet certains philosophes qui introduisent ce sujet. Il nous invite à une réflexion (à la manière d’un grand frère, plus sage, d’où le titre) et suscite en nous des interrogations, des observations, tout cela d’une manière fluide sans aucun pédantisme. Il analyse les petits et grands travers de notre société et nous propose une radioscopie non dénuée d’humour. A lire sans tarder.

ITITIIIUIIIFI

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BALSIGER, Margarete

slowcosmétiqueAdoptez la Slow cosmétique de Julien Kaibeck, aromathérapeute
Pourquoi est-ce que j’ai choisi ce livre et pourquoi je vous en parle ? D’abord je l’ai pris pour avoir des recettes concrètes à réaliser avec des huiles essentielles et des huiles végétales et ensuite parce que la 1ère partie m’a convaincue. Enfin parce que j’ai vu récemment un court reportage édifiant sur ce qui justifie le prix du parfum de marque (certainement pas le liquide contenu dans le flacon) après avoir lu dans la presse féminine belge un article qui parlait du rapport qualité/prix/lieu d’achat des eaux de toilette. Je n’ai jamais vu l’auteur qui m’a-t-on dit est un chroniqueur connu de la télévision, je connaissais à peine son nom. J’étais vierge de tout préjugé positif ou négatif.
Ce livre applique la méthode de Julien Kaibeck issue en droite ligne du mouvement slow apparu dans les années 1980 et il nous enseigne à consommer de façon intelligente et consciente les produits cosmétiques et d’hygiène en assénant quelques vérités aussi bien sur la qualité et le prix des produits que sur ce qu’ils représentent. Un produit efficace ou une illusion qui résulte d’un lavage de cerveau ? Nul produit aussi cher soit-il ne peut remplacer Photoshop ou un peu de gymnastique et de régime. C’est clair et concret quand il parle de la composition et du prix des produits et donne des indications très précises. Il n’est pas sectaire pour autant et ne nous culpabilise pas pour un achat glamour qui fera plaisir parce que le flacon est beau ou pour une occasion spéciale, mais cet achat se fera en toute lucidité et pour ce qu’il représente, c’est-à-dire une certaine idée du luxe et du cadeau indépendamment du contenu ou de son efficacité. Ca parle aussi d’écologie en ayant une attitude qui préserve la planète et d’économie pour notre portefeuille. Évidemment on ne peut pas non plus tout faire soi-même, si la plupart des recettes sont très faciles à faire, d’autres sont plus compliquées et ça nécessite du temps et quelquefois du matériel pour quelqu’unes. Ce qui compte c’est qu’on sait ce qu’on met sur sa peau et qu’on ne consomme plus idiot. D’ailleurs au dernier chapitre, Julien Kaibeck fait une liste de choses à faire 1 x par jour, 1 x par semaine et 1 x par an et il indique entre autres choses à 1 x par an :

  • relire ce livre ou le prêter pour révolutionner la Planère Beauté

et cette phrase qui me réjouit 

  • Expliquer à une vendeuse en parfumerie pourquoi la crème à 180 € est trop chère pour les malheureux ingrédients qu’elle contient.

Ce livre m’a tellement plus que je l’ai acheté ainsi qu’un autre, Bien-être au naturel; ce dernier sur la manière de se soigner soi-même sans être pour autant axé sur l’aromathérapie médicale comme ceux par ex. de Danielle Festy et Dominique Baudoux, tous les deux pharmaciens aromatologues. Julien Kaibeck n’est pas avare de conseils et de recettes, ce que je trouve plutôt sympathique de la part de quelqu’un qui vend également ses produits et qui pourrait donc garder son savoir sans le partager. Sans le connaître il me donne l’impression d’une personne généreuse qui aime partager ses connaissances.

ALBERT, Eric

Grossir le ciel » par Franck Bouysse. – Le Livre de poche, 2017

grossirIl n’y pas que Dallas qui soit un univers impitoyable ! Les campagnes profondes de la France aussi. Là où des agriculteurs volontiers taiseux, solitaires et grincheux veillent sur quelques terres et têtes de bétail. Leur vie se résume au travail de la terre et de la ferme et qu’importe la civilisation, les entrepreneurs et les « liseurs de Bible ». Rien ne compte plus que leur tranquillité, leur vase clos, leurs relations ambiguës. Aux Doges, au fin fond des Cévennes, Gus et Abel survivent au gré des saisons, des moissons, des coups durs et des réveils matinaux. Le train-train de leur vie est subitement perturbé par des visites inopportunes, des non-dits, des scènes étranges perçues chez l’un, chez l’autre. Au point que Gus finit par soupçonner son « ami » d’avoir commis un acte irréparable. Et lorsque le chien de Gus, Mars, est retrouvé mort suite à l’ingestion de morceaux de verre dissimulés dans des boulettes de viande, les certitudes s’ancrent. Armé d’un fusil, Gus est bien décidé à en découdre avec Abel. Mais un drame encore plus important va alors intervenir, plongeant Gus dans une situation inextricable dont l’origine se trouve dans son propre passé.

Lisez ce livre pour son atmosphère : « c’est du Giono trash » m’avait dit la libraire qui me l’a conseillé. Et ce n’est pas faux. La vie agricole et de l’éleveur y est décrite avec détails et originalité (au début, les deux personnages se livrent à une remise en place d’un utérus de vache, sorti avec son petit,…) et on sent la présence de la nature, puissante et intransigeante, qui a pris Gus et Abel en otages consentants.

Au-delà du style, incisif et poétique à la fois, au-delà de l’intrigue, qui est mise en place avec stratégie, il faut cependant avouer que le drame très humain, qui est révélé dans les trente dernières pages sans qu’aucun signe avant-coureur ou événement éclairant ne nous soit livré auparavant, donne plutôt l’impression que l’auteur a voulu finir son livre en vitesse. La substantifique moelle du récit aurait gagné à être davantage distillé entre les 235 pages de ce petit livre au demeurant sympathique mais dont les promesses ne sont malheureusement pas tenues.

Un auteur à suivre, cependant.

AVRIL, Anne

tresse« La tresse » de Laeticia Colombiani, 2017.  Scénariste, réalisatrice, comédienne , c’est son premier roman .

Trois femmes, trois vies, trois continents.  Un même courage devant l’adversité , une même soif de liberté . Elles refusent le sort qui leur est réservé et décident de se battre. Trois comme trois mèches de cheveux pour réaliser une tresse. Une tresse, des cheveux,  c’est ce qui relie  entre elles ces trois femmes qui ne se rencontreront jamais.

En Inde, Smita est une intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable (  Comme  sa mère, elle aura à vider chaque matin les excréments des familles « pures ». ) et entrer à l’école.
En Sicile, Giulia travaille dans l’atelier de son père .  Le dernier , en Sicile, à confectionner des perruques à partir de vrais cheveux. Elle est amenée à lui succéder .  Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.

Au Canada, Sarah, avocate renommée , va être promue à la tête de son cabinet quand  elle apprend qu’elle est gravement malade.

Trois histoires vibrantes d’humanité qui tissent une tresse d’espoir et de solidarité .  Ca donne le moral : rien n’est impossible à celui qui veut.

Un vocabulaire, une syntaxe très accessibles. Un découpage du roman en trois histoires parallèles très aisé à suivre.

LISENS, Lisette

Le rêve d’ Alpha par Shi-Xi Shen

reve alphaSynopsis

Entre Chine et Tibet, au pied du Mont Sinuka, s’étend la vaste plaine de Gama’r. C’est un haut plateau riche en gibier et faune diverse pendant les saisons douces mais qui l’hiver se révèle glacial, tant il est balayé par les vents et la neige.

La nourriture devient plus rare (hibernants) donc plus difficile à attraper.

Face à ces conditions hostiles, les loups se regroupent en meute dès la fin de l’automne sous la direction d’un Alpha (loup dominant) secondé par des Bêta (équivalents aux bras droits) dont le rôle est de transmettre les ordres ou directives du chef.

Le reste de la meute se compose

– des Gamma (le gros de la meute), les dominés

– un Oméga (la victime) contre lequel on déverse toute l’agressivité ce qui permet d’éviter les conflits perpétuels pour devenir le nouvel Alpha. Il s’agit en général d’un vieux loup qui va petit à petit s’isoler de la meute et devenir un loup solitaire.

Durant l’automne et l’hiver les couples se forment pour assurer la descendance et conserver le patrimoine génétique.

Shi-Xi nous raconte ici l’histoire de la louve Brume Pourpre. Cette dernière était en couple avec Mûrier Noir, mâle qui espérait devenir Alpha.

Malheureusement, il a été tué lors d’un accident de chasse.

Brume Pourpre attendaient des jeunes et son rêve était qu’un de ses enfants soit aussi fort que leur père et puisse se battre pour accéder à la première place.

Elle a poussé son premier mâle né à devenir agile, fort, n’ayant peur de rien…mais emporté par un aigle.

Elle avait favorisé Junior le Noir, il fut remplacé par Spectre Bleu. Il y avait aussi Double Pelisse et une fille Violette.

A l’automne, Brume Pourpre rejoint la meute pour passer l’hiver, accompagnée de ses louveteaux. Elle repousse les avances d’un autre mâle parce qu’elle sait que l’éducation des jeunes prend deux années et qu’elle n’a pas envie d’être à nouveau pleine.

Elle poursuit sans trêve et sans relâche la formation des mâles l’un après l’autre.

Mais la vie lui joue de mauvais tours.

Critique

J’ai beaucoup aimé ce livre poétique dans ses descriptions. On voit, on sent, on touche presque cette nature sauvage et pleine de vie aussi dure soit-elle.

Mais en dehors de ça, on finit par s’identifier à la louve même si certains de ses choix vont à l’encontre de notre mentalité.
Il faut savoir que la violence est présente partout, à terre, au détour d’un buisson ou dans le ciel.

C’est vaincre, manger ou être tué et mangé.

Qui a dit que seuls les polars et livres noirs sont sanglants ?

La vie se charge de nous donner de sacrées leçons sur le fait que nous ne vivons pas chez les Bisounours !

FONZE, Bernadette

Ce mois ci, je souhaite vous présenter trois romans : un noir, noir, noir – un coup de coeur monumental – un à l’humour décapant !!!

priceCommençons par le roman noir, noir, noir : « Price de Steve Tesich »

Noir, noir, noir oui … mais admirable. Petit rappel : il s’agit d’un auteur d’origine serbe. Exilé, à l’âge de 15 ans aux USA. A seulement écrit deux romans. Il meurt à l’âge de 54 ans en 1996. Je vous ai présenté son premier roman Karoo qui m’avait déjà beaucoup plu.

Ici, nous suivons l’ado de 17 ans Daniel Price. Ses rapports avec sa mère, son père trompé agonisant d’un cancer, ses deux amis Freud casé et Misiora le rebelle et surtout son insaisissable amoureuse Rachel qui, autres autres, fait l’amour avec David (devant ses yeux) un photographe dans le creux de la vague qui pourrait être son père …

Ses tourments et questionnements sont analysés très très profondément. Il a fallu 10 ans à Steve Tesich pour écrire ce récit inspiré de sa vraie vie. Sa propre mère provient, elle aussi, du Monténégro.

Il s’ interroge sur l’Amour, la vérité, la raison, la fin de l’enfance, l’horizon proposé dans une banlieue industrielle et polluée, l’espoir de comprendre son père, une quête d’identité …

Roman puissant, phrases courtes, mots justes.

Daniel Price restera encore longtemps avec moi !!!
Puis un coup de coeur monumental : « Robinson de Laurent Demoulin »

robinsonC’est du belge et du bon … très bon belge !!

Admirablement écrit. Magnifique.

Laurent Demoulin nous livre ses rapports, sa vie avec son fils Robinson petit garçon (+/- 12 ans) autiste. Le tout avec tendresse, humour dans un bain continuel d’Amour avec intelligence et poésie.

Grandiose !!!

Il vient de recevoir le Prix Rossel 2017.

 

 

UKKYULKYUUKUYKULKYULYU

 

Pour terminer du rire, de l’humour avec « Tout un été sans facebook de Romain Puértolas »

C’est un écrivain français. Auteur du fameux bestseller « L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans l’armoire Ikea ».

été facebookIci, il s’agit d’une enquête policière loufoque. Le lieutenant de police Agatha Crispies (ça commence fort !!) travaille dans le commissariat de New York/Colodaro, un bled du trou du cul du monde : 150 habitants , 198 ronds-points, sans connection possible. Il ne se passe absolument rien … nothing … nada ! Pour tuer le temps, les policiers se sont organisés. Ils ont créé un atelier tricot, un atelier fléchettes/bières/rots, un atelier sudoku au sein du commissariat. Pour le patron c’est la pêche et pour Agatha, elle a ouvert un club de lecture où … elle est la seule participante. Elle hait » Ulysse de James Joyce ». « Autant en emporte le vent » est les « 50 nuances de Grey » de l’époque. Références littéraires tous horizons : Sagan, Shakespaere, Truman Capote, H.G. Wells, Patricia Highsmith, Romain Gary, Umberto Eco, Stefan Zweig, Harry Potter, Barbara Cartland, Flaubert … Dostoeivski

 

 

 

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LENAERS, Jo

Gérard, cinq années dans les pattes de Depardieu par Mathieu Sapin

Un sujet en or, Depardieu ! On l’aime ou pas mais il est terriblement vivant et ne connaît pas de limites. Il a fallu à Mathieu Sapin une santé de fer pour le suivre dans ses déplacements, activités et excès ! Le dessinateur se met en image comme un petit bonhomme, c’est un peu le chat et la souris..depardieu.

On peut avoir l’impression que rien n’a été occulté…mais probablement que si ! En tout cas il y a une énergie hors normes aussi chez Mathieu Sapin. Le lecteur peut avoir l’impression d’un reportage sur le vif, d’une plume extrêmement rapide mais avec une quantité de détails retracés avec minutie. Il y a du rythme, des séquences, le dessin et la mise en page sont agréables, les décors sont plus détaillés que les personnages, il y a une grande liberté de cadrage (çad des petites notes hors cadres parfois ).

Je me suis beaucoup amusée, Mathieu Sapin a tiré un parti magnifique de ce compagnonnage hors normes.

Il est possible de feuilleter pour se faire une idée :

http://www.dargaud.com/bd-en-ligne/gerard-cinq-annees-dans-les-pattes-de-depardieu,28629-6956a1aee6b2afc289690318e20cadc6

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