BIBLIVORES – JANVIER 2020

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Margarete Balsiger

Des nouvelles du monde de Paulette Jiles. 

Un roman très court. Une très belle histoire. Il semble que ce soit le seul livre paru en français de cet écrivain qui écrit depuis 50 ans. Si ses autres romans ressemblent à celui-ci c’est éminemment regrettable. 

On est en février 1870 au Texas à une encablure de la Red River au-delà de laquelle le Territoire indien commence et où les Comanches et les Kiowas sont toujours actifs et d’où ils lancent toujours des raids à plusieurs centaines de kms au sud. Un vieil homme et une fillette dans un chariot bâché, des soldats de l’Union vainqueurs, des bandits proxénètes d’enfants qui veulent acheter la fillette, des bandits tout court, des Confédérés vaincus, des Indiens en maraude, etc., tous les ingrédients d’un bon western. En lisant ce roman je me disais que ça ferait un film formidable si les acteurs et le réalisateur étaient bons et en cherchant d’autres livres écrits par Paulette Jiles je vois que les droits d’adaptation au cinéma ont déjà été achetés.

Le capitaine Jefferson Kyle Kidd né en 1798 en Géorgie a fait 3 guerres, la 1ère à 16 ans, il s’est marié, a eu 2 filles, a été imprimeur, a tout perdu pendant la guerre de Sécession (le Texas était un état confédéré comme la Géorgie), sa femme, ses gendres, son imprimerie et maintenant en 1870 à 71 ans il sillonne le Texas en gagnant sa vie comme lecteur public itinérant. Il lit les très relatives dernières nouvelles tirées des journaux de New-York, Boston, Washington, Londres … en lectures publiques payantes. A Wichita Falls il est abordé par 3 Noirs affranchis qu’il connait un peu et qui voudraient se délester de la mission que l’agent des affaires indiennes de Fort Sill leur a confiée. Ca ne les arrange pas et surtout ils sont Noirs et risquent d’avoir de gros problèmes malgré le document officiel qui accompagne la mission. Depuis que Britt, leur chef, a été rechercher sa femme et ses 2 enfants enlevés par les Kiowas, il a ramené quelques captifs Blancs avec succès et là il vient de ramener Johanna Leonberger. Elle a 10 ans, vit depuis 4 ans chez les Kiowas qui ont massacré sa famille et a tout oublié. Absolument tout. Une vraie petite Kiowa qui veut retourner chez les siens. Le capitaine hésite peu et il accepte aussi bien pour Britt et ses amis qu’il estime que pour Johanna qui l’intrigue. Et inconsciemment pour combler sa solitude. Depuis quelques temps il a de plus en plus de mal à supporter la vie, le « gaz de houille » l’envahit peu à peu et il espère profondément que sa famille partie combattre en Géorgie revienne à San Antonio, chez eux, mais où ils n’ont plus rien.

Le voyage de Wichita Falls à Castroville à plus de 600 kms au sud du Texas va durer plus d’un mois durant lequel le capitaine va essayer de communiquer avec Johanna, chétive et pouilleuse, repoussante, de la rendre présentable, acceptable, en un mot civilisée. Tâche ardue qui demande beaucoup de patience et d’empathie pour cette petite fille 2 x arrachée à ses familles. Le capitaine est âgé (pour l’époque), peu et mal armé pour un tel périple et Johanna terrifiée ne pense qu’à se sauver pour rejoindre ses parents. Ils vont devoir collaborer s’ils veulent survivre. Le capitaine utilisera son intelligence pour pallier leur faiblesse et échapper à tous les dangers auxquels ils vont être confrontés afin d’arriver sains et saufs au terme de ce dangereux voyage et comme récompense cette odyssée lui apportera beaucoup plus que la monnaie d’une pièces d’or de 50 dollars pour les frais. 

Le personnage de Johanna est extrêmement attachant. Elle est présente dans le livre de la première à la dernière page. Paulette Jiles nous fait vivre la situation terrifiante de ces enfants capturés, adoptés par leurs ravisseurs, assimilés, puis rendus au monde des Blancs qu’ils exècrent et qu’ils ont totalement oublié. Une catastrophe. Non seulement il y a le déchirement affectif mais ils passent de l’âge de la pierre aux temps modernes. Johanna n’a plus aucune connaissance des usages et des manières des Blancs mais elle est déjà très débrouillarde pour tout ce qui est bataille et conflit. Elle poussera un vrai cri de guerre Kiowa à une certaine occasion et elle aurait tué sans ciller. Si nombre de captifs n’ont pas survécu longtemps aux mauvais traitements et à la cruauté des Indiens, beaucoup de rapatriements se sont mal terminés, souvent par des suicides. Dans le même genre j’ai vu récemment la série « The Son » qui couvre une période allant de 1849 à 1916 et qui raconte la capture de 2 frères par les Comanches et ce qui s’ensuit. Pas mal du tout !

Claudy Jalet

PHILIPPE GENION : LE GUIDE ULTIME DE LA BELGITUDE . – Editions Points / 503 pages

L’AUTEUR

Philippe Genion est gros et fier de l’être. Voilà il sera content que le fait soit signalé d’emblée ! Il vient de la région de Charleroi, Marchienne-Au-Pont plus précisément. Né en 1962, je l’ai un peu connu au début des années 80, époque où il rêvait d’intégrer l’équipe du magazine rock bruxellois « En Attendant » dans lequel j’avais le plaisir d’écrire. Puis il est devenu musicien au sein d’un groupe rock, ensuite artificier (je l’avais revu au Fort de Huy pour un spectacle du 15 aout). On le vit ensuite en tant que critique gastronomique, je le vis entrer Au Cwerneu, sur notre Grand Place avec sa maman ! Actuellement il est le patron d’un magasin/bar à vins et tapas, le SAKA20 à Marchienne ! Entretemps il s’est mis à l’écriture mais dans le but de faire connaitre sa belgitude et sa fierté d’être belge. Il est aussi très actif sur le web avec de nombreux sites facebook. Pour la plupart des sites farfelus. On peut dire que Philippe fait partie de ces belges décalés qui savent écrire avec humour sur leur pays ou leur région.

LE LIVRE

Ce guide reprend les trois livres écrits par Philippe Genion depuis une dizaine d’années. En premier lieu « Comment parler le belge » sous-titré « Et le comprendre (ce qui est moins simple) ». Une liste de mots expliqués et placés par ordre alphabétique. C’est savoureux, crade, délicieux. Les détails partent parfois dans des directions inattendues. On se délecte d’expressions, on croise des personnages connus (mais seulement chez nous !) tels que Christiane Lenain, François de Brigode, Jo Lemaire, Selim Sasson… Il y a du culinaire, des objets usuels, du folklore. Un peu de tout mais du bien belge. Et c’est un vrai plaisir de lecture sans prise de tête.

Tout comme « Inventaire des petits plaisirs belges ». « La Belgique est un plaisir et doit le rester » avaient proclamés Les Snuls. Ici il nous parle de la famille royale et des discours royaux, des moules, du meyboom, des Chokotoff, des chapeaux d’Amélie Nothomb, du cuberdon, des doigts dans la sauce des frites, du speculoos dans le café, de Luc Varenne et des cris de Roger Laboureur, de la Côte et de tant d’autres choses. Franchement c’est un régal. Le meilleur des trois livres.

Car si le troisième « L’encyclopédie du baraki » ou « De l’art de vivre en jogging en buvant de la bière » est une idée de génie, le résultat est assez décevant car trop répétitif dans les situations décrites. Bien sûr il y a des éclairs de génie, des sourires, de l’inimaginable pour le commun des mortels, des traits certainement bien exagérés même si hélas certains faits expliqués doivent être tristement vrais. Mais j’ai des difficultés de m’esclaffer de cette misère.

Mais c’est peut-être dû aussi au fait que j’étais fragilisé par mon opération et que je n’ai pas compris l’énormité des descriptions donc ces situations me peinaient parfois. Même si je reste persuadé que c’était le livre qu’il me fallait lire à ces moments. Un livre bien distrayant. Mais je pense que Philippe peut accepter mes remarques que j’ai tenté de justifier de mon mieux.

Lisette Lisens

La petite fille qui en savait trop / Peter MAY

Synopsis

Neil Bannerman, journaliste d’investigation de grande réputation, est envoyé par le Edinburgh Post pour couvrir un conseil très important qui se déroule à Bruxelles.
Nous sommes en 1979. Bannerman nous fait découvrir les protocoles et coutumes de la toute jeune Communauté Européenne.

Mais, en même temps que le journaliste, a débarqué un autre anglais, Kale, ancien des forces armées britanniques mais surtout devenu tueur professionnel.

Kale est là pour le travail demandé, à savoir l’assassinat d’un personnage politique et d’un maître chanteur à maquiller comme si les deux protagonistes s’étaient entre-tués.

Ce qui devait être une simple formalité pour Kale tourne au désastre !

Une petite fille, âgée de 11 ans et autiste, assiste au double meurtre dont celui de son père.

Elle est peut-être incapable de parler mais elle sait dessiner.

Elle est vraiment douée et elle a vu le tueur !

Cette fille, Tania, inexplicablement, se tourne vers Bannerman comme pour solliciter son aide.

Commence alors une course poursuite contre le temps, contre le fait que les autorités belges et britanniques s’acharnent à étouffer l’affaire.

Cette chasse nous permet de découvrir Bruxelles en 1979, le quartier européen, le Berlaimont… à travers les yeux de Neil.

Mais ce dernier parviendra-t-il à démêler toutes les ramifications politiques et surtout la vie de Tania, unique témoin ?

Critique

Avant toute chose, il faut savoir que ce roman paru en 2019 n’est pas le dernier écrit par Peter MAY mais bien son troisième. Il s’agit d’une réédition, dans doute due au succès international qu’a connu l’auteur depuis la parution de sa trilogie écossaise.

J’ai vraiment aimé cette vision de Bruxelles en gris et noir. N’oublions pas nous sommes en hiver 1979.

Comme à son habitude, l’auteur nous régale de descriptions très souvent poétiques même pour des lieux réputés rigides et froids. Notamment lorsque Bannerman fait une incursion en Flandre, près de Torhout, où il marche à travers champs, enfonçant dans la neige, les pieds et les vêtements mouillés alors qu’il est poursuivi par un autre tueur. Ce dernier va sauter sur une mine, résidu de la dernière guerre, et dont les morceaux épars vont colorer le paysage.

Peter MAY, ancien journaliste aussi, nous promène de salles de presse aux conférences, de soirées arrosées aux chicaneries et mauvais coups entre pigistes pour faire paraître au plus vite un édito choc. Juste de quoi assurer sa place dans un monde de loups où tous cherchent à s’égorger.

On nage en plein dans des demi-vérités, pas le temps matériel de vérifier et tant pis pour les pertes collatérales.

On se trouve dans un monde exempt de sentiments sinon la soif de pouvoir qui pousse à écraser les autres pour continuer l’ascension.
La chute n’en est que plus dure !

Bernadette Desgain

Le Malheur du bas / Inès Bayard

Prix Goncourt des lycéens 2018 et autres prix…

Marie et Laurent se connaissent depuis 10 ans, vivent ensemble à Paris et ont chacun une belle situation. Issus d’un milieu bourgeois, habitués à décider de tout même de leur vie, ils veulent un enfant. Mais tout ne se passe pas comme ils le souhaiteraient.
Or, au même moment voilà que Marie se fait violer par son supérieur hiérarchique qui, depuis quelque temps, la harcèle au bureau. Sauvagement, elle fait connaissance de la barbarie et essaye de cacher à tous l’immense honte qui la submerge. Cela jusqu’à la folie.
Marie, enceinte est persuadée qu’elle porte le fruit des sévices qu’elle a subis. Elle n’accepte pas son état et essaye d’avorter dans le secret sans y parvenir.
Alors Thomas naît, qu’elle déteste déjà, ne nourrit pas, ne lui sourit jamais, le laisse dans ses langes sales. Elle déteste son mari de ne pas comprendre ce qui se passe.
Sa décision est prise : elle veut vivre, mais sans ces deux hommes. Ils sont condamnés…car elle leur prépare un souper empoisonné. Et quand Thomas rentre tard du bureau avec une bonne nouvelle qu’il veut partager avec Marie, à savoir que les analyses d’´ADN auxquelles il s’est soumis prouvent sa paternité…. et bien, il est trop tard : Petit Thomas et lui ont déjà bu tout leur bol de bouillon.l

Roman dérangeant, suffocant, étouffant que j’ai lu d’une traite en plongeant dans le désarroi puis le désespoir de Marie, dans ce malheur dont on devine qu’il sera inéluctable. Ce livre m’a blessée, parfois donné la nausée, il me hante encore. Je ne le donnerais pas à lire à mes petites filles, alors qu’il a reçu le prix Goncourt des lycéens…là, je ne comprends plus…

Son écriture est ciselée, ferme et froide. Mais quelle plume ! Quelle facilité d’écriture et quelle psychologie pour aborder avec tant de tact et de justesse un thème pointu et dérangeant qui permet de mieux comprendre toute la violence d’un viol et tout le drame qu’il engendre.

Jean-Paul Wackeniers

« Choeurs de femmes » et « L’Ecole des soignantes » de Martin Winckler

Martin Winckler, pseudonyme de Marc Zaffran, est né le 22 février 1955 à Alger. C’est un médecin militant féministe français connu comme romancier et essayiste.

Choeurs de femmes (roman 2009)

Une jeune chirurgienne, pleine d’ambition, pleine de suffisance, major de sa promotion doit faire un stage de six mois dans un hôpital de province. Elle est convaincue de perdre son temps. Le maître de stage perçoit son hostilité et lui propose un deal de huit jours dans son service. Ce service, en gynécologie, accueille les femmes en détresse. Là, elles peuvent exprimer leur vécu sans être jugées. Cette pratique est primordiale pour l’auteur, quand on sait que les médecins généralistes accordent généralement 15 secondes aux patients pour exprimer leur question. Dans l’idéal, 90 secondes seraient idéales.

Ce livre devrait être lu par les futurs médecins. Il existe depuis peu un cours de communication à la VUB, en première année de faculté de médecine.

L’Ecole des soignantes (roman, 2019)

En 2024, dans la même ville de province, dans le même hôpital public, avec les mêmes personnages, un homme, Hannah Mitzvah, commence un stage de résident.

Les soignantes sont toutes des femmes qui ont presque le même statut (médecin, psychologue, infirmière,…). Les soignantes doivent passer dans les différentes unités.

L’accueil est ouvert à tout le monde sans discrimination. Et notamment les personnes ayant des problèmes psychiatriques. Ils ne sont pas enfermés, ne sont pas médicalisés. Ils sont traités en tant qu’êtres humains.

Le livre raconte le cheminement de cet « homme » dans cet univers de femmes et se termine en 2039.

Eric Albert

Jacqui / Peter Loughran. – Points, 2019.

Lorsqu’on en vient à décider de tuer sa compagne, il faut penser à toutes les façons envisageables de se débarrasser de son corps. Et le « héros » de ce petit livre va passer en revue une kyrielle de manières de faire disparaître les pièces à convictions corporelles.

Avec un détachement, une lucidité et une bonhomie presque exaspérants ! Bien sûr, Jacqui a mérité ce qu’il lui est arrivé (elle a été strangulée sur son lit) : une femme à la morale, aux manières et à la perversité si problématiques ne peut espérer survivre bien longtemps. A un physique peu avenant souligné par beaucoup de poils aux pattes (et ailleurs), Jacqui a ajouté une série d’infidélités conjugales, un mépris de tous les instants, un rejet de toutes les tentatives de séduction de son mari. Et cela s’est encore envenimé dès lors qu’elle a eu un polichinelle dans le tiroir ! Non, vraiment, une garce pareille, on n’en fait plus.

Le roman de Peter Loughran ne ménage pas son lecteur, l’emmenant sur les pentes glissantes du politiquement-socialement-incorrects et de l’expression d’une misogynie consommée. Et on se prend à apprécier cette provocation – tout en l’abjurant, bien entendu – en se disant que si cela continue comme çà jusqu’au bout, on tient une pépite de roman noir et désespéré. Las, à partir du moment où le mari éploré rend compte des techniques de momification des Egyptiens – qu’il a appris dans les livres – le texte se fait un peu plus pesant. Le focus sur l’ABC de la momification, parce qu’il s’étend sur près de 40 pages, rompt le rythme du roman jusque là enlevé, trépidant.

Il n’empêche que ce roman offre une véritable respiration, un voyage dans une dépravation domestique assumée, une plongée dans la psyché fortement déviante d’un quidam abject.

Bernadette Fonzé

L’évangile selon Yong Sheng de Dai Sijie

Ecrit en français par un chinois. Vis en France depuis 1984. Romancier, cinéaste, scénariste. Il est connu pour son livre « Balzac et la petite tailleuse chinoise » dont il a réalisé un film remarquable de beautés. Il est bardé de nombreux prix littéraires.

Nous partageons la vie de Yong Sheng. Nous sommes au début du XXème siècle. Il est le fils d’un fabricant de sifflets pour colombes. Ces sifflets sont attachés délicatement aux plumes des oiseaux pour produire une musique quand ils s’envolent dans le ciel. Il suit l’enseignement de Mary, fille d’un pasteur chinois de la ville voisine.

1949 : République populaire puis révolution culturelle où les intellectuels sont « dégradés » dans des conditions épouvantables, proche de l’esclavage. C’est un roman autobiographique. Son propre grand père est l’un des premiers pasteurs chrétiens de Chine.

Ce roman est écrit sur fond historique : occupation japonaise, guerre civile, révolution communiste, horrible révolution culturelle.

Il y a dans ce récit, un personnage important. C’est un arbre qui est planté à la naissance de Yong Sheng devant sa maison. Il survit à tout, brûle mais refuse de mourir. Il dégage une odeur enivrante : « … un épais parfum sucré, légèrement lacté … ». C’est un aguilaire : un arbre à encens.

Son écriture est visuelle, ample, cinématographique. C’est un fabuleux conteur.

Les passages sanglants côtoient des passages de la Bible lyriques. Comme pour adoucir la cruauté de sa vie. Poésie et douleur.

La musique est bien présente : le chant des sifflets attachés aux colombes et à la fin du récit le concerto pour violon en ré majeur de Beethoven qui accompagnera la mort de Yong Sheng.

Ce livre a été écrit après huit années de silence … BOULEVERSANT !!!

Innocent de Gérard Depardieu

On sait toutes et tous que Gérard Depardieu est un immense acteur (dans tous les sens du terme).

Pour moi, c’est le plus grand acteur français contemporain. Les médias nous le présentent

uniquement à travers ses excès en tous genres. Mais qu’en est-il de l’homme … du vrai ?

En lisant ce livre, on découvre une terriblement belle personne. Il aborde un tas de sujets : la bouffe, l’alcool, la drogue, les religions, la politique, ses rapports avec les femmes et ses enfants … bref la Vie … sa Vie.

Il explique son attirance pour la Russie qu’il a découvert par les grands auteurs russes : Tolstoï, Dostoïevski. Il est attiré par l’Ame Russe et ses paysages immenses.

N’ayant fréquenté que très peu le cadre scolaire, n’ayant eu aucune autorité parentale, il est de ce fait sans inhibition. Il aime les contacts, les échanges avec les personnes qu’il rencontre partout dans le monde.

Le fil conducteur de ce livre est l’innocence :

«… Je ne cherche pas à être un saint. Je ne suis pas contre, mais être un saint, c’est dur. La vie d’un saint est chiante. Je préfère être ce que je suis. Continuer à être ce que je suis. Un innocent… »

Quand j’ai lu ce livre, j’avais l’impression qu’il me parlait juste à côté de moi. Quand je suis arrivée à la fin, j’aurais souhaité continuer à parler avec lui, lui dire que je partage toutes ses idées sur la Vie.

J’étais couverte de frissons … comme c’est confortable de savoir que vous n’êtes pas seule à penser certaines choses … Ca fait un bien fou !!!

Alain Timmermans

Fight Club Palahniuk Chuk, Traduc. Michalsky Freddy. – Éd. Gallimard Folio SF, 2012 (éd originale 1996, titre éponyme, 291 p. ]

Fight Club a été tiré d’un roman, ce qu’on a peut-être perdu de vue…

Ce roman (le premier de Chuck Palahniuk) a eu un effet-choc aux States. L’extrême violence ironique était inimaginable.

On ne peut s’empêcher de penser à Orange mécanique en son temps (1971).

L’ouvrage -publié dans une collection SF- est en fait une dystopie.

L’écriture est hachée, mots éructés d’un futur proche, avec des résonnances prophétiques.

Le héros, désabusé, se déplace sans cesse en avion, puis, écoeuré, déprime et s’arrête. Il rencontre un projectionniste de films, Tyler. Personnage très louche, anarchiste extrême en révolte contre un système désespérément inerte, Tyler devient son mentor.Tyler le tyrannise «pour son bien», séduit la femme qu’il aime et la fait hurler de plaisir dans la chambre d’à côté. Et ainsi de suite… Ensemble, ils créent le « FIGHT CLUB » où des individus viennent se prouver qu’ils existent en combattant à mains nues. Tyler, de plus en plus radical, entraîne les autres dans des attentats, d’abord ciblés, puis aveugles. Pour finir, tout se brouille dans la tête de notre héros, qui se demande si Tyler n’est pas en fait son avatar… Tyler finit par l’exécuter, mais ne se tue-t-il pas en même temps? À voir…

J’ai été secoué par le style heurté, mi-prose, mi-poésie, reflet de la violence du propos, mais avec séduction. Face à une société tellement désespérante s’élève un long cri de colère, comme un cauchemar éveillé. Ce cri se mue en (auto)destruction et en haine pour l’ordre, «le bien», «le beau». On songe en fin de compte à la roulette russe!..

S’opposent ici le monde rassurant mais si ordonné qu’insipide et la rage de vivre, de créer et de détruire.

Ce livre ne nous renverrait-il pas par hasard à deux tendances bien présentes en chacun de nous?..

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