BIBLIVORES – JUILLET 2019

|

BIBLIVORES JUILLET 2019

Eric ALBERT

L’humanité en péril / Fred Vargas. – Flammarion, 2019. – 250 pages. – 15 €

On le sait tous : la terre va mal. Face aux attaques environnementales perpétrées par les hommes, la planète se meurt peu à peu.

Le réchauffement climatique – mais je préfère parler de dérèglement climatique – est au coeur des médias depuis plus de dix ans. Les études oscillent toujours entre un optimisme béat et un catastrophisme désespérant.

Même si j’aime à penser que la vérité doit se trouver au milieu de ces deux tendances, je dois reconnaître que je suis, de plus en plus, soucieux de l’avenir de ma maison.

J’ai, de fait, perdu tout espoir pour une humanité consciente, sage, responsable où chaque individu serait prêt à prendre les mesures drastiques pour limiter son empreinte écologique. Les climato-sceptiques (l’homme à la mèche blonde en premier) sont là pour nous rappeler qu’il est plus intéressant de vivre sa vie au jour le jour, pleinement et en surabondance, que de se soucier de prétendues catastrophes à venir, vecteurs d’une manipulation écologiste mondiale destinée à renverser l’économie capitaliste au profit d’une autre économie dite « verte » qui remplira les poches des gentils défenseurs de la nature. A l’autre bout, on trouve également non pas des négationnistes climatiques mais des résignés qui pensent « foutu pour foutu, je vais vivre au mieux, et après moi, les mouches ».

Fred Vargas entend s’attaquer à ces deux mouvances. Dans son livre « l’humanité en péril », elle dispense une leçon magistrale à même de nous faire percevoir dans toute son ampleur le marasme mondial qui étrangle l’humanité.

« En 2100, dit-elle, si nous ne changeons pas de cap, 75 % de l’humanité sera en position létale ». Rien que çà ! Vargas condamne donc d’emblée plus de six milliards d’êtres humains.

Et de rappeler que la dernière Cop, la 25° du nom, a fixé son objectif sur une augmentation de la température globale de 2°, ce qui signifie accepter une disparition consciente de près de la moitié de l’humanité à l’horizon 2050.

Ces chiffres sont plus qu’alarmants. Ils laissent un goût de fatalité et de noirceur absolues.

A côté de la production effrénée de CO2, l’auteure ameute également l’opinion sur la disparition progressive des ressources non-renouvelables : l’eau sera ainsi en pénurie dès 2025, comme le chrome, le zinc et l’or, l’argent le sera déjà en 2023, le plomb vers 2029, l’uranium vers 2040, le pétrole en 2050, le gaz naturel en 2072, le fer en 2087. Il suffit de penser aux innombrables applications que permettent ces éléments et il apparaît clairement qu’on va droit dans le mur !

Vargas s’attarde ensuite sur le fléau majeur qui menace notre survie en tant qu’espèce : l’agriculture-élevage industriel (ou agro-alimentaire). L’utilisation de substances conservatrices (le nitrite de sodium par exemple qui fait que la jambon aie sa belle couleur rose), la surabondance des pesticides dans les champs, les manipulations génétiques, les conditions de vie et d’abattage du bétail, la déforestation massive…tout y passe pour dresser un constat édifiant : l’économie est la valeur extrême qui contrôlé le monde. Les multinationales et leurs lobbyistes entraînent sans vergogne dans la spirale de la croissance et de la rentabilité à tout prix les gouvernants et la population. Les uns en menaçant de mesures de rétorsion en cas de non acceptation de diktats industriels, les autres en les incitant à une consommation sans cesse plus importante – via la sacro-sainte publicité !

Selon l’auteure, il est urgent de modifier profondément nos modes de vie et d’accepter une certaine décroissance. Et elle voit mal l’initiative venir des dirigeants politiques ou industriels, engagés dans une course à la rentabilité pour servir le modèle économique capitaliste. Qui accepterait de mettre à terre toute l’organisation du monde ? De supprimer des millions d’emplois sur l’autel de l’écologie et de l’urgence planétaire ?

A tout le moins l’individu, le citoyen conscient et responsable, peut adopter des comportements salvateurs. Seul, évidemment, cela ne changera rien et il faudra un bras de levier assez puissant (de l’ordre de plusieurs dizaines de millions d’individus) pour parvenir à inquiéter, bousculer et placer les multinationales et autres groupes de pression devant leurs responsabilités.

Achetons essentiellement bio et local, réduisons de 90 % notre consommation de viande, recyclons l’eau à grande échelle, boycottons tout produit utilisant l’huile de palme, le soja, habillons-nous de fibres naturelles, lavons nos linges à 30 ou 40°, rejetons les emballages plastique, privilégions les transports en commun (sauf l’avion, bien trop polluant), réduisons le nombre de nos appareils audio et video,…

Les grandes modifications attendues viendront des urnes. Il nous faudra voter pour des personnalités véritablement conscientes du problème écologique et qui auront décidé de ne pas se laisser manipuler par les lobbyistes de tout poil. Il faudra alors légiférer pour le bien de la planète et interdire certaines substances, renoncer à l’importation de denrées disponibles à l’échelle locale, privilégier la production de biomasse au départ d’excréments, rendre obligatoire la captation du CO2 émis par les usines, etc.

Oui, oui, allons-y, nous les Gens nous avons ce pouvoir !

Le voulons-nous seulement ? En assez grand nombre pour faire pencher la balance ?

Je crains personnellement que non. Car l’homme est ainsi fait qu’il en voudra toujours plus, toujours mieux, l’envie étant davantage exacerbée par les inégalités entre les humains.

Sommes-nous prêts à nous passer de nos smartphones ? De notre PC ? De notre voiture ? De notre viande ? Sommes-nous seulement capables de boycotter le Coca-cola ?

Le doute m’envahit et me pétrifie.

Si le livre de Fred Vargas – qui, au départ est une scientifique auteure de polars en dilettante – a le mérite d’exister, si toutes les informations mortifères qu’il contient sont avérées, si la terre est à ce point menacée d’une sixième extinction de masse, pourquoi faire obstacle à la bonne parole en vendant l’ouvrage ? Pourquoi ne pas le mettre à disposition massivement et gratuitement ? Pourquoi ne pas le décliner sur d’autres supports ? Pour la simple raison, encore une fois, de la rentabilité, pardi !

C’est un peu le serpent qui se mord la queue, non ?

Pourquoi avoir rendu le propos d’une manière si peu structurée – faisant fi des chapitres, des illustrations, des tableaux et autres résumés – et si assommant par ses chiffres et statistiques (on finit par les lire sans plus se rendre compte de leur signification, ne fût-ce que purement mathématique). Et pourquoi avoir utilisé le subterfuge du censeur d’écriture qui interrompt la litanie prophétesse de Vargas ? Afin d’apporter un peu d’humour et de légèreté à des propos qui ne s’y prêtent pas ?

Vargas catastrophiste, Vargas accusatrice, Vargas didactique, Vargas diplomate, Vargas pamphlétaire, Vargas extrémiste, Vargas écolo, Vargas démago, Vargas hypocrite, Vargas vénale, Vargas géniale…on oscille entre tous ces qualificatifs à la lecture de l’ouvrage qui, s’il ne parvient pas à soulever les foules (80.000 exemplaires alors qu’elle vend plusieurs centaines de milliers de chacun de ses polars), sera venu poser sa pierre à l’édifice de la sauvegarde prétendument possible de l’espèce humaine.

Chez Adolf. T. 1 : 1933 / Rodoplhe, Marcos et Fogolin. – Delcourt, 2019. – 55 pages

1933. Adolf Hitler vient d’être élu Chancelier. Commence une ère sulfureuse pour les citoyens allemands. Bientôt les exactions, interdictions et autres brimades gagnent la population juive.

Il ne fait pas bon ne pas adhérer au Parti en ces temps troublés, sous peine d’être suspectés d’inclinations bolchéviques ou d’accointance juive. Le professeur Stieg observe d’un œil atterré l’évolution de la vie quotidienne. Peu intéressé par la politique – plus en phase avec les femmes ! – il ne s’émeut pas outre mesure du changement de nom du bar proche de son domicile : « les joyeux amis » s’appelle à présent « Chez Adolf ».

Or c’est un symptôme, un indice qui rend compte de la confiance du citoyen lambda pour le nouveau gouvernant du pays. Et peu importe si le Reichstag a pris feu. Et peu importe si les livres ont brûlé en places publiques. Et peu importe si des rumeurs de plus en plus insistantes témoignent d’un lent glissement de l’État vers un régime dictatorial guerrier et impérialiste.

La série « Chez Adolf » s’attache à l’étude de la réaction d’une série de personnages face aux événements qui mèneront l’Europe, puis le monde, vers le gouffre de la deuxième guerre mondiale. Ce premier tome permet de recadrer les circonstances de la montée en puissance du « petit caporal de 14 » et les premiers faits et gestes ayant conduit à l’antisémitisme meurtrier ambiant. Les auteurs nous offrent donc une certaine leçon d’Histoire, détaillée par le petit bout de la lorgnette. Ce qui rend le propos davantage émouvant et interpellant. Le second tome, « 1939 » verra certainement les prémisses du conflit et poursuivra le diagnostic des événements via la vie des « petites gens ».

La lecture du volume se fait sans entrave ni temps morts. Scénario et dessin se complètent magnifiquement et donnent à l’ensemble un cachet classique, sans faux pas mais sans surprises non plus. Plaisante, distrayante, la BD donne également à réfléchir sur le sujet traité. Comment aurions-nous réagi si nous avions vécu à cette époque ? Le recul dont nous jouissons oblitère quelque peu le ressenti quotidien des individus contemporains des événements. Les auteurs ont donc le mérite de remettre en perspective cet aspect des choses, sans jamais verser dans la justification.

« Chez Adolf » promet donc une incursion didactique dans une des périodes les plus bouleversées du XX° siècle et s’adresse à tout public.


Lisette LISENS

Le carnet noir / Ian Rankin

Biographie

Ian Rankin est né le 28/04/1960 à Cardenden, dans le comté de Fife (Écosse). Il a étudié la littérature à l’Université d’Édimbourg.
Il interprétait ses propres chansons dans un groupe de rock.

Il est marié et père de 2 enfants.

Rankin a écrit son premier polar en lieu et place de sa thèse sous l’impulsion d’un de ses professeurs.

Auteur très prolifique, il a obtenu un nombre impressionnant de récompenses :

– l’Edgar du meilleur roman policier en 2004

– le Grand Prix de littérature policière

– le prestigieux Diamond Dagger en 2005 pour l’ensemble de son œuvre.

Il est surtout connu pour sa série policière ayant pour héros l’Inspecteur de police John Rebus.

Bibliographie

Juste quelques titres pour information vu le nombre de ses œuvres :

– L’étrangleur d’ Édimbourg 2004

– La colline des chagrins 2000

– Le jardin des pendus 2003

– Ainsi saigne-t-il 2003

– Rebus et le Loup-Garou de Londres

– L’appel des morts 2006

– On ne réveille pas un chien endormi 2013

– Le diable rebat les cartes 2018

– La maison des mensonges 2019

Résumé

A Edimbourg, rien ne va plus pour John Rebus. Il s’est fait jeter par sa maîtresse et pour comble, son frère Michael, fraîchement sorti de prison, débarque chez lui.

Puis, un de ses collègues, Holmes se retrouve dans le coma à cause d’un cuisinier fanatique d’ Elvis Presley.

En enquêtant sur cette agression, Rebus découvre le « Carnet Noir » sur lequel Holmes notait toutes les informations qu’il glanait dans les bars.
Mais lorsque Michael est à son tour agressé, Rebus prend l’affaire à cœur.

Resurgit alors une vieille affaire, jamais résolue.

Citation

– Tu sais quoi, Deek, glissa Rebus. Ma vie, c’est une comédie noire.

– Ah ! Ben, c’est mieux que si c’était une tragédie, non ?

Rebus commençait à se demander s’il y avait vraiment une différence entre les deux.

Critique

Si j’ai choisi « Le carnet noir », c’est parce que ce roman est le premier à avoir été traduit en français.

Alors que Rankin est très populaire au Royaume Uni, ce livre est la première enquête de l’inspecteur Rebus.

Il faut savoir que ce dernier est un misanthrope professionnel rendu encore plus cynique à cause de son métier.
C’est un personnage attachant malgré et peut-être à cause de ses défauts.
Il est imparfait, prend plaisir à bafouer, voire mépriser l’autorité.

Il a un caractère, je dirais multi-couches.
Il boit, il fume et ne joue pas toujours selon les règles mais il rest avant tout humain.

L’écriture de Rankin est fluide, agréable et colorée.
Dans ce roman, les pérégrinations de Rebus en vue de résoudre l’enquête nous font découvrir Edimbourg, très belle ville, émaillée de coins de verdure et d’une architecture spécifique à chaque quartier.

Mais il nous entraîne aussi dans des zones plus sombres qui peuvent donner le frisson.

A découvrir !


Christian GODELET

« Un jour comme les autres » de Paul Colize.

Le résumé : L’histoire d’une disparition. Eric disparait dans des circonstances étranges et sa compagne, Emily, tente de comprendre ce qui a bien pu se passer. 
Genre : roman noir (!?).
Thèmes abordés : l’attente (vivre une disparition) avec en toile de fond l’Italie, l’opéra, l’amour, les scandales, le journalisme.
Appréciation : bof ! Belle écriture, fine et très personnelle. Le début est bon, puis ça s’enlise et la fin me déçoit. J’ai l’impression de m’être perdu quelque part, d’avoir loupé un élément déterminant du récit.
Cote : 6/10

 


 

« Élévation » de Stephen King 

Le résumé : l’histoire d’un homme qui perd du poids tous les jours.
Genre : fantastique / science-fiction / nouvelle.
Thèmes abordés : les préjugés, la tolérance avec en toile de fond l‘homosexualité, la course à pied, l’Amérique « du cru ».
Appréciation : très bien, légèrement déçu par la fin (un peu trop rapide et plate à mon goût). L’idée de base géniale. King est vraiment un formidable « raconteur » d’histoires.
Cote : 8/10



« Crow » de Roy Braverman (Ian Manook)

Résumé : l’histoire d’une chasse à l’homme ou plus exactement de plusieurs chasses à l’homme. Ou quand les chasseurs deviennent proies. 
Genre : thriller / roman noir.
Thèmes abordés : la recherche de la vérité, la justice avec en toile de fond l’Alaska, les grandes forêts et la montagne, le FBI, la police et la justice américaine, la chasse.
Appréciation : très bon ! Haletant, assez violent, j’ai aimé le rythme soutenu de la traque. Un peu désarçonné au début : plusieurs histoires se mélangent. Des personnages tordus et attachants. À priori, cela serait le tome deux d’une trilogie mais je ne m’en suis rendu compte qu’après coup. Cela ne m’a pas dérangé. J’ai aimé aussi qu’une partie de cette chasse à l’homme soit menée par des femmes dont certaines étaient présentées aussi connes que peuvent l’être les hommes. Très bon moment de lecture.
Cote : 9/10

 


 

« Le standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier » de San Antonio (Frederic Dard)

Résumé : Mathias appelle San Antonio afin d’élucider une affaire de suicides étranges qui se sont déroulés dans une école de police de Lyon. Notre héros s’y rend avec le merveilleux Bérurier qui officiera sous la couverture d’un professeur des bonnes manières.
Genre : policier loufoque.
Thèmes abordés : le statut et l’éducation en société avec en filigrane une certaine France des années 60.
Appréciation : j’adore ! Grand fan de San Antonio depuis quelques mois, je découvre sans cesse et avec plaisir cette humour “vintage” mais toujours aussi désopilant. Avec lui, je m’initie à l’argot. Mine de rien, sans avoir l’air d’y toucher, San Antonio aborde également des thèmes profonds de société et nous fait partager ses considérations vitriolées sur le ou les sujets. Le personnage de Bérurier est truculent. Je perds toute objectivité en parlant de San Antonio, donc je m’arrêterai là.
Cote : 9/10.


Margarete BALSIGER

Yanis VAROUFAKIS – Et les faibles subissent ce qu’il doivent ? (Les liens qui libèrent) 

Y. Varoufakis est né en 1961, c’est un brillant économiste; après ses études en Angleterre il poursuit parmi d’autres activités une carrière d’enseignant dans plusieurs pays dont l’Angleterre, l’Australie et les USA. Il a un sens aigu de la justice sociale et c’est ce sens de la justice – et surtout de l’injustice – sociale et économique qui l’a conduit à écrire des livres de vulgarisation à l’usage du profane qui expliquent les interactions entre l’économie, la finance et la politique. Ca l’a aussi conduit à accepter d’être l’éphémère ministre de l’économie de Syriza lorsqu’en 2015 ce parti est élu dans une Grèce en proie à une quasi faillite de l’état. Ministre chargé de négocier la dette grecque avec le FMI et l’EU il a en fait tenté de réformer l’Union Européenne et la Grèce pour que ce ne soit plus les faibles qui paient, une fois de plus, mais les vrais coupables, en Grèce comme ailleurs. Tentative vouée à l’échec qui l’a conduit à démissionner du gouvernement de Tsipras qui ne le soutenait pas et qui a conduit la Grèce et l’Europe en général à encore plus d’austérité donc de précarité et de pauvreté, à de plus en plus d’instabilité sociale qui elle-même nous conduit aujourd’hui à de plus en plus de violence pure. 

Dans ce livre ambitieux Yanis Varoufakis part du constat suivant : la création d’une monnaie unique – l’euro – a mené à la pire crise de l’EU et amorce peut-être sa fin. Comment en est-on arrivé là ? Il est non seulement un brillant économiste mais aussi un polyglotte, un lettré, un fin connaisseur de l’histoire et un amateur d’art. C’est donc avec beaucoup d’humour que grâce à ses connaissances solides du monde ancien et actuel il nous compte une histoire digne d’un roman qui analyse les actions qui, de la fin de la seconde guerre mondiale en passant par les accords de Yalta et de Bretton Woods (création du FMI),les banques et tout particulièrement Goldman Sachs, les inimitiés et rancoeurs entre vainqueurs (De Gaulle, fin politique supérieurement intelligent mais néanmoins rancunier), la renaissance économique et industrielle rapide de l’Allemagne, la stagnation de la France (qui sont les réels vainqueurs de l’après-guerre ?),  tout ça sous le contrôle des Américains sans lesquels la guerre n’aurait jamais pu être gagnée,   sans oublier une analyse pertinente des motifs secrets de la construction de l’UE fondée sur la finance et l’industrie pour la domination politique de l’Europe et pas du tout sur l’amitié entre les peuples, avec en arrière-plan une guerre larvée omniprésente entre la France et l’Allemagne avec les USA comme observateurs,etc., etc. …,… nous ont amenés à ce fiasco ! Raymond Aaron dénonçait déjà cette imposture. Le mythe fondateur de l’UE a du plomb dans l’aile. Européen et démocrate convaincu Varoufakis regrette que l’EU telle qu’elle fonctionne aujourd’hui soit plus proche de la tyrannie que de la démocratie. On voit défiler toute l’histoire de l’après-guerre avec ses acteurs bien loin des images d’Epinal et des versions édulcorées qu’on nous sert depuis sa fondation. En décryptant pas à pas les dessous de sa construction et de l’intégration de ses membres successifs il démontre comment l’EU est devenu une divinité tutélaire maléfique.

François Ruffin – Ce pays que tu ne connais pas. – (Les Arènes)

L’ouvrage précédent est écrit par un économiste de stature mondiale. Celui-ci le complète par un point de vue local de la crise sociale que nous vivons et il est écrit comme un cri de rage, avec ses tripes. Son auteur est peut-être un peu mieux connu du grand public qui ne s’intéresse ni à la politique, ni à l’économie, ni à l’histoire contemporaine.

Dans ce livre d’une grande violence verbale François Ruffin s’adresse directement à Emmanuel Macron en le tutoyant avec un humour mordant faisant passer Macron pour quelqu’un, somme toute, de très mièvre, inodore et incolore mais grand séducteur tel le serpent du paradis. Tout en expliquant que lui aussi en jeans et t-shirt il a fait des études, il crache sur Macron toute sa haine et son mépris de ce qu’il incarne, c’est viscéral il le dit lui-même. Ils ont fréquenté tous les deux le même collège privé à Amiens, sa soeur aînée était en classe avec Macron. Manifestement ils n’ont rien en commun et n’ont strictement rien à se dire. Après des études qui le destinaient tout naturellement à enseigner, Ruffin a préféré l’incertitude pécuniaire du journalisme de proximité critique et social plutôt qu’une carrière de fonctionnaire bien tranquille. Il en résulte une longue liste de livres traitant de sujets sociaux-politicos-financiers du point de vue des gens impliqués. Il est entré en politique en 2017 comme député de Picardie. C’est un esprit indépendant, ne se pliant pas volontiers aux injonctions venues d’en-haut s’il ne les approuve pas, ce qui fait de lui un homme peut-être isolé mais hyperactif et toujours au coeur du combat social. C’est d’ailleurs ce qu’il reproche à Macron : une vie entière de sa naissance à aujourd’hui vécue dans la bulle du milieu très très aisé qui est le sien sans n’avoir jamais eu aucune confrontation avec le quotidien de la toute grande majorité des Français, ceux qui peinent à obtenir le minimum vital par leur travail pour avoir une vie descente. Qui au contraire sont continuellement au bord du gouffre de la précarité, si pas de la plus grande pauvreté. Dans ce pamphlet la violence sous plusieurs formes est aussi omniprésente. Où allons-nous ?


Norma BOSCHIAN

Lettres à Nour / Rachid Benzine . – Seuil, 2017

L’auteur, islamologue, est chercheur associé au Fonds Paul Ricoeur. Il fait partie des intellectuels qui prône un travail critique et ouvert sur le Coran. Le point de départ de cette pièce de théâtre est la question qui se pose le soir du 13 novembre 2015 : « pourquoi tant de jeunes hommes et femmes, issus de ma culture, décident-ils de partir dans un pays en guerre, et, pour certains, de tuer au nom d’un Dieu qui est aussi le mien ? »

C’est ainsi que prend forme le dialogue entre le père et la fille, Nour, qui n’arrivent pas, par le truchement épistolaire de comprendre les accusations qu’ils se portent l’un l’autre.

Le lecteur est porté par ce texte bouleversant, un père veuf qui adore sa fille et qui n’a rien deviné des intentions de celle-ci, qui, à 20 ans,décide d’aller rejoindre un lieutenant de daesh, épousé en secret.

Chacun de nous peut être ce parent qui culpabilise car, désespérément, il cherche où il a commis une erreur.

Ce livre est un argumentaire contre cette idéologie qui broie, qui nous oblige à nous questionner pour statuer sur le sort des enfants et des adultes parqués dans des camps et qui veulent rentrer dans leur pays d’accueil.


Les profonds chemins / Françoise Houdart. – Ed. Luce Wilquin

L’auteur nous entraîne dans les pas d’un peintre élougeois méconnu, qui a côtoyé les célèbres Picasso, Matisse et autres lorsqu’il est allé à Paris où il n’est pas resté longtemps.

Homme simple, arisant, Regnart a peint les rues de son village, Elouges, n’avait qu’un modèle : sa femme, Marie, qui était sa cousine germaine.

Il a enseigné quelques années à l’Académie de Mons. Grâce à un remarquable travail d’historienne, Françoise Houdart rend justice à un peintre injustement méconnu.

Michelle QUINET LE DOCTE

Les Victorieuses / Laetitia Colombani. – Grasset, 2019

C’est bien connu : pour vaincre le burn-out, rien de tel que le bénévolat ! C’est en tout cas ce que conseille la psychiatre de Solène qui, à 40 ans, ressent une lourde lassitude. La jeune femme trouve rapidement un poste d’écrivain public que recherchait une association bien connue « L’Armée du Salut ». Vieille d’un siècle, l’association fondée par Blanche Peyron s’attache, entre autres, à trouver un toit et une assistance pour des centaines de femmes aux parcours douloureux ou singuliers. Au contact de ces femmes, Solène parvient à relativiser sa propre détresse. Et à s’adonner à l’humanisme…

Après « la tresse »que j’ai beaucoup aimé, lire un nouveau Colombani me tentait vraiment.

Récit plutôt journalistique, bien documenté sur des faits réels et existants toujours, cet ouvrage relate donc la naissance de l’Armée du salut grâce à la puissante volonté d’une femme qui a créé Le Palais de la Femme. Blanche Peyron se consacrait corps et âme à l’aide à apporter aux femmes en détresse.

Malgré sa propre vie de femme et de mère (elle aura 5 enfants), elle va aller jusqu’au bout de son rêve et réaliser l’achat d’un immeuble énorme pour son projet. Pour cela , elle aura mobilisé l’opinion et la société pour parvenir à réunir une somme considérable.

En parallèle de cette histoire vieille d’un siècle, nous suivons le parcours de Solène qui cherche à donner un nouveau sens à sa vie. Les rencontres qu’elle va faire vont lui faire découvrir la réalité cosmopolite de la condition féminine.

« Les Victorieuses » est un livre édifiant, éclairant et très intéressant d’autant plus qu’il touche au sensible d’une toute belle manière.

Share on FacebookTweet about this on Twitter