BIBLIVORES MAI 2017

|

LISENS, LISETTE

Du feu de l’ enfer / Sire Cédric. – Fleuve, 2017

Synopsis

Manon est thanatopractrice, c’est-à-dire qu’elle maquille les cadavres pour les rendre présentables pour la famille.

Elle a un frère, Ariel, qu’elle a toujours protégé même lorsqu’ils étaient enfants.

Elle a souvent endossé ses « bêtises » et été punie à sa place.
Leurs parents ont disparu dans un accident et Manon se sent obligée de toujours aider son frère. Il est devenu un véritable délinquant, se drogue et maquille des voitures.

Un jour, une des combines d’Ariel tourne mal et Manon se retrouve complice bien malgré elle.

Commence alors une traque infernale parsemée d’assassinats plus sanglants les uns que les autres. Ce jeu de piste barbare les conduit sur les traces d’une secte satanique qui semble intouchable. Qui protège tous les participants à ces meurtres rituels ?

Le capitaine Raynal, officier de police, s’intéresse à Manon et Ariel.

Manon est attirée par Raynal, comme un papillon par une flamme.

Comment savoir qui sont les alliés, qui sont les ennemis ?

Le Hellfire Club n’était qu’endormi. Il renaît aujourd’hui de ses cendres.

feuenferInformation

Le Hellfire Club (club du feu de l’enfer) était un club privé anglais du 18ème siècle composé de membres de la Haute Société, la plupart occupant des fonctions politiques.
Ils violaient, torturaient et tuaient impunément prostituées ou autres personnes dérangeantes.

Leur maître-mot « satanisme et débauche ».
Ils abjuraient leur foi pour adorer le diable.

Ce club a été créé par Francis Dashwood, Lord Le Despencer. Il avait déjà fondé d’autres sociétés secrètes sur le même modèle.

Pour échapper aux curieux, suite à la parution d’un livre parlant d’eux dans un chapitre, le club va quitter l’Abbaye de Medmenham pour la demeure de Dashwood. Il y fait construire un réseau de caves et de galeries où l’on peut traverser le « Styx » (fleuve de l’enfer).

En ont fait partie :

Comte de Sandwich, à la tête de la Royal Navy

Comte de Bute, premier ministre

Thomas Potter, fils de l’archevêque de Canterbury

Charles Churchill, poète

William Hogarth, peintre …

Ce club a servi de modèle aux Comics de Marvel pour son fameux « club des damnés » (principaux adversaires des X-Men).

Critique

Ouvrir un livre de Sire Cédric, c’est comme ouvrir la boite de Pandore.
On ne sait jamais quel diable va en sortir. Mais j’avoue que, même si c’est sanglant et si par moment on frôle l’horreur pure, je lirais volontiers de nouveaux polars nés sous sa plume.

Il a une façon très subtile de brouiller les pistes et de vous entraîner par moult détours sur des chemins méconnus et mystérieux sans savoir ce qu’on va y trouver.

L’ami peut devenir votre bourreau et un inconnu votre sauveur.

Le rythme est haletant. Il est difficile de lâcher le livre dès qu’on a laissé les premiers mots vous toucher.

Mais en dehors de la lecture pure et simple, il soulève quand même, l’air de ne pas y toucher, l’impunité des gens gravitant dans les hautes sphères.
Il démontre de façon implicite la justice à deux vitesse.

Très bon thriller, sanglant il est vrai, mais une bonne douche après fera l’affaire.

 

BALSIGER, Margarete

En France / Florence Aubenas. – Points, 2015

EnfranceAprès avoir déjà lu Le quai de Ouistreham je viens de lire ce livre qui compile des interviews de 2012 à 2014, tout en commençant par un retour en arrière au moment des élections de 2007. Quel triste tableau de notre époque. La précarité antichambre de la pauvreté est le thème principal de ce livre. Famille monoparentale, travailleurs au SMIC, malades chroniques, villes et villages dont les habitants se retrouvent de plus en plus marginalisés par manque d’infrastructures, etc., un inventaire de l’évolution sociétale de ces dernières décennies. Les personnes que Florence Aubenas rencontrent sont autour de nous, il suffit d’ouvrir les yeux. Il ne faut pas aller loin pour trouver de la misère et de l’isolement qui accroît la misère. Est-ce ça n’explique pas les bouleversements politiques auxquels on assiste depuis plusieurs années avec une accélération ? La société est fracturée, maintenant on ne peut plus l’ignorer. La désillusion et la perte de l’espérance d’une vie meilleure sont une réalité quotidienne pour beaucoup d’entre nous avec tous les dangers que ça implique.

 

 

 

 

Le génie de la laïcité / Caroline Fourest. – Grasset, 2016

Génielaicité

 

L’été dernier au moment des affaires concernant le « burkini » le meilleur article que j’ai lu à ce sujet était de Caroline Fourest dans le Huffington Post « A propos du burkini et du grotesque« . Quand on l’avait lu il n’y avait plus rien à dire. Calmement, clairement, magistralement, tout était décortiqué et analysé. Dans ce livre-ci elle explique les origines historiques de la laïcité (1905) et ensuite les implications actuelles de son acceptation ou de son refus. Elle explique aussi comment de plus en plus on emprunte des voies tordues pour la contrer, comme par exemple celles suivies par les Anglo-Saxons pour moquer la laïcité ou encore à la manière de certains médias ou personnalités nettement à gauche qui font le lit du fanatisme religieux au nom de la liberté et du droit à la différence. On ne raconte pas ses livres, d’ailleurs ici le titre en dit déjà beaucoup, on les lit et on les achète éventuellement pour soutenir son combat.

 

 

Mapuche / Caryl Férey. – Folio Policier
Les Mapuches sont une tribu indienne du Chili et d’Argentine.

MapucheDe lui j’ai déjà lu « Zulu », « Haka », romans politico-policiers durs, engagés avec une intrigue criminelle excellente. « Mapuche » m’a moins plu, c’est un roman très déprimant, plus politique que policier, il décrit des faits horriblement vrais. C’est une de ces pages de l’histoire qu’on oublie trop vite. Et qu’on ignore superbement lorsqu’elles se reproduisent à intervalles réguliers comme maintenant. Ce roman parle de la dictature en Argentine de 1976 à 1983 et des souffrances physiques et mentales qui laissent des cicatrices indélébiles encore plus de 25 ans après. Un détective privé enquête sur la disparition d’une femme arrachée bébé à ses parents assassinés et ensuite adoptée (en fait les disparitions et les meurtres se bousculent) et il s’aperçoit que le passé n’est pas mort. Les enfants d’hier qui sont les adultes d’aujourd’hui héritent des péchés du passé. Est-ce qu’on peut oublier, pardonner, se réconcilier, surtout quand les bourreaux sont restés impunis et vivent parmi les autres ? Les dictatures de droite, de gauche, civiles, militaires ou religieuses ont toujours existé, mais contrairement au passé, maintenant on a la tv, internet, on ne peut plus l’ignorer. Est-ce que ça change quelque chose ? Non. C’est la nature de l’homme.

 

 

ALBERT, Eric

BarakiL’Encyclopédie du Baraki / Philippe Genion. – Points, 2016

Ahh, le Baraki ! On en connaît tous. Ou du moins, on en a au moins tous observé un jour. De quoi s’agit-il ? D’individus, généralement mal fagotés, pas trop frais sur eux, sans (re)tenue, sans considération pour la société, le vivre ensemble, le travail et le respect. Des gens bohèmes qui ont surpassé le « souci de se faire du souci pour les sous » puisqu’ils n’en ont pas. On les reconnaît à leur jogging, leur legging, leur Cara Pils à la main, une cigarette roulée au bec, la ribambelle de gosses qui traînent dans leurs pattes ou dans la cité, sans surveillance. A leurs prénoms, parfois : Kevin, Kimberley, Ethan, Jordy, Paméla,…

L’Encyclopédie de Philippe Genion a pris le parti d’en rire. D’une plume alerte et bon enfant, l’auteur donne une explication pour chaque mot sensé cerner le phénomène baraki : alimentation (frite), allocations, boissons, sexe, barbecue, décoration intérieure, fierté, plus de 100 items nous apprennent à peu près tout sur cette populace autochtone dont le niveau d’intelligence semble rivaliser avec le degré zéro.

Alors, oui, on rit, beaucoup au début, au hasard des pioches dans le livre. On sourit, ensuite. On finit par trouver saumâtre la surenchère d’anecdotes ou d’informations à l’emporte-pièce qui éclatent le cadre du possible et nous laissent à penser que le baraki est un alien pur et simple, trop con pour être vrai, qui peut confondre allégrement des raviolis surgelés et la dernière fausse couche de la femelle (mère-fille?) cachée dans le congélo.

Bien sûr le but de cette encyclopédie n’est pas de faire œuvre de sociologie. Mais le phénomène baraki existe bel et bien et pose finalement question. Comment le devient-on, l’assistanat à outrance n’encourage-t-il pas le développement et la pérennité de cette tranche de la population qui, par désespoir ou par convenance, en vient à se placer en marginalité ? Finalement, le baraki n’est-il pas plus heureux que nous (gentils petits soldats aux yeux desquels le travail, le respect et le système ont conservé encore un peu de pertinence), dans son détachement, son oisiveté, la consommation des petits plaisirs de la vie ?

BOSCHIAN Norma

InformateurL’Informateur / John Grisham. – Lattès, 2017

L’auteur nous emmène au coeur d’une enquête menée par Lacy Stoltz (employée comme avocate au Bureau Juridique de la Criminalité). Celle-ci a reçu une plainte émanant d’un ancien avocat (radié du Barreau) qui accuse une magistrate de corruption, blanchiment d’argent et fraude fiscale.

Elle est donc chargée de l’enquête et va découvrir, au péril de sa vie, les dessous de ce réseau qui spolie les Indiens au profit des Blancs. Un casino a vu le jour en terres indiennes et la mafia pourrait y réaliser de juteuses affaires. Un lanceur d’alerte, Greg Myers, entend faire éclater le scandale et va entraîner une série d’événements et de conséquences incontrôlables.

Grisham construit, pour notre bonheur, son thriller comme un western (terres indiennes, shérif, police américaine impuissante face aux Indiens)… Le lecteur assiste à des poursuites rodéos dignes de l’atmosphère du film « Le Bon, la Brute et le Truand » ; mais l’auteur souligne l’importance des « lanceurs d’alerte » qui permettent de dénoncer les diverses corruptions (à l’instar du scandale Publifin ou du Pénélopegate), les dysfonctionnements de l’État (Watergate) et si ces informateurs ne sont pas tous des « Snowden », ils veillent au bon fonctionnement des démocraties.

Et quand on sait qu’à l’heure actuelle les Indiens refusent que le Pipe-Line transportant du gaz de schiste traverse leurs terres sacrées, nous ne sommes pas loin de l’intrigue imaginée par Grisham.

Et je serai JobEt je serai toujours avec toi / Armel Job. – Robert Laffont, 2016

L’auteur nous emmène dans un village ardennais où la vie s’articule autour de la scierie locale (qui embauche des saisonniers pour débiter les sapins de Noël), du café, de la brasserie où vivent Teresa, réfugiée polonaise et ses deux fils Tadeusz et André, âgés d’une vingtaine d’années . Ceux-ci voient d’un mauvais œil l’installation de Branco dans la maison familiale. Victime d’un accident de voiture l’homme est contraint de rester quelques jours sur place. Teresa se persuade que l’homme est en fait la réincarnation de son défunt mari qui lui avait juré à sa mort qu’il serait toujours là avec elle.

C’est à travers le récit alterné des deux fils que nous suivons l’enquête des gendarmes qui recherchent l’assassin de la jeune Suzanne et peu à peu l’auteur dévoile la vérité : Branco est-il réellement celui qu’il prétend être ?

C’est un coup de théâtre qui termine cette fiction morale (notre passé nous rattrape toujours) et, comme d’habitude, Armel Job campe une atmosphère « à la Simenon » et construit son récit comme une pièce de théâtre, sans oublier d’égratigner les incohérences de la religion.

DESGAIN, Bernadette

Un Saint homme / Anne Wiazemsky

SainthommeAnne Wiazemsky à noué dès son adolescence une complicité amicale et profonde avec le Père Deau ( qu’elle n’appellera jamais par son prénom ). C’est son professeur de français et latin à Caracas au Venezuela qui l’encourage à écrire, très tôt, l’a révélée à elle-même, modéré ses révoltes enfantines, tout en respectant ce qui, en elle, reflète un immense amour de la vie.

Vingt ans plus tard il va l’accompagner de loin jusqu’à sa propre mort, en lui écrivant beaucoup, en la rencontrant parfois en France où il est muté bien longtemps après qu’Anne, sa mère et son frère soient revenus en Europe en deuil de leur père. Celui-ci, un prince russe. avait épousé la fille de François Mauriac. C’est dans la propriété de celui-ci a Malagar qu’échoit la famille et moults souvenirs d’Anne resteront gravés dans sa mémoire car elle y vit à l’âge où elle découvre l’université, le cinéma, la gloire, le désaccord familial lors de son mariage en secret avec Jean Luc Godard puis leur divorce. Elle a raconté tout cela dans d’autres écrits.

Alors elle se met vraiment à l’écriture. Et voilà que réapparaît le Père Deau qui est tombé par hasard sur son nom dans une librairie. Il est si heureux ! Ils s’écrivent, il la soutient. Elle lui fera les honneurs de Malagar, il sera présent à chaque parution d’un nouveau livre. Il l’appelle sa « fille-sœur ». Mais elle aussi essaie d’être près de lui lorsqu’on lui découvre un cancer du poumon, lui rend visite, lui téléphone, de loin en loin, puis plus souvent. Mais quand il mourra, personne ne la préviendra et elle ira seule pleurer sur sa tombe et lui dire merci pour sa belle amitié. Car c’était vraiment un saint homme.

Je n’ai plus le livre pour citer quelques passages. L’écriture d’Anne est de douceur, de tact, parfois musicale et souvent attendrissante. Sa plume s’affine encore après « Mon enfant de Berlin ».  » Une année studieuse  » ou « Hymnes a l’amour »….etc Je les ai tous lus. je crois. Toujours avec plaisir et facilité.

 

TIMMERMANS, Alain

CoupgirafeLe coup de la girafe/ Léo Grasset.  Éditions Seuil, 2015   

Un petit ouvrage « amusant » sur fond de (bonne) vulgarisation scientifique. L’auteur, titulaire d’un master en biologie, montrait un vif penchant pour la biologie. Il partit étudier la forme des rayures des zèbres au Zimbabwe sans moyens, sur un 4×4 rongé par la rouille. Il commença par des articulets sur son blog, bien sûr d’abord en décrivant les zèbres, puis à propos d’autres sujets assez curieux, voire improbables. « Ainsi est né ce livre », selon l’expression d’usage. Léo Grasset blague avec nous comme avec des potes du «Bar de la savane », mais peut devenir d’un coup très sérieux. Aujourd’hui, il anime sur internet une émission à succès du même tonneau nommée « Dirty Biology »…

De courts chapitres nous apprennent comment les animaux se sont dotés d’organes hors du commun et parfois saugrenus au regard de l’évolution ! Par exemple,le cou de la girafe lui sert à atteindre le feuillage en hauteur dans les arbres. Logique. Jusqu’au jour où des zoologues constatent que les girafes se nourrissent souvent avec le cou à l’horizontal. Du coup, les théories fusent, souvent abracadabrantes : elles se battent avec leur cou, se sont adaptées à l’allongement de leurs pattes, régulent ainsi leur température, etc… Les scientifiques ont un côté rigolo. Tout cela pour en revenir à la première explication, darwinienne !

On passe par les systèmes de pouvoir (avec des formes de démocraties…) par les « comportements collectifs complexes » (avec les neurones-miroirs), par les animaux qui mentent pour induire les autres en erreur, par les conduites aléatoires qui font perdre leur latin aux prédateurs…

On apprend au passage que le ratel (sorte de loutre adaptée à la sécheresse) est un véritable « terminator» : avec ses quinze kilos et son mètre de long, il ne fait qu’une bouchée des serpents les plus venimeux, n’hésite pas à chiper leur proie aux léopards, s’attaque aux éléphants en leur tordant la trompe, attrape les buffles en leur arrachant leurs parties génitales, j’en passe et des meilleures ! Il court aussi à reculons pour faire croire à ses proies qu’il s’éloigne, la plus ultime des ruse ! Ajoutons encore qu’il agrémente de temps en temps son menu d’un homme en se jetant sur lui par surprise…

Cette lecture m’a touché, au-delà de son humour, en mettant en exergue l’incroyable capacité de la vie : elle invente les coups (cous) les plus tordus pour s’accrocher, s’adapter à n’importe quoi, prévenir on ne sait trop quoi, ce qui plonge les savants dans la perplexité !. La vie est un phénomène extraordinaire, une merveille en elle-même. Comme l’a formulé Hubert Reeves, la vie est l’expression la plus aboutie de la matière… Méditons !

POUCET, Chantal

Voyage en mer intérieure / Virginie Tyou

Voyage merintérieureVirginie Tyou est hypnothérapeute. Elle professe et habite à Amay. Dans ce court récit, elle raconte son parcours de vie : son enfance, heureuse, son mariage, parfait. Rien que du bonheur…jusqu’à ce qu’elle se mette à souffrir d’atroces douleurs pelviennes. Elle consulte des tas de médecins, essaie différentes thérapies et programmes médicamenteux, rien n’y fait. Pendant des années, les douleurs, invalidantes, angoissantes, restent mystérieuses. Un chirurgien va orienter Virginie vers l’hypnose. Au cours des séances, la jeune femme expérimente des flash-back et des visions qui ne semblent pas « coller » avec ses souvenirs propres. Elle apprendra finalement qu’elle est issue d’une autre famille : elle n’est pas la fille biologique du père qui l’a élevée. Elle décide de partir à la recherche de ses vraies origines et découvre que sa mère est arrivée en France après un mariage de très courte durée, et enceinte de surcroît. Virginie Tyou devra petit à petit connaissance avec ses demi-frères et sœurs, qui l’accueilleront avec chaleur et bienveillance. Sont-ils pour autant les responsables de la disparition soudaine des douleurs pelviennes, cause première des tourments de la jeune femme ?

Un récit poignant qui montre bien que nous existons par, avec et au travers de nos émotions et que celles-ci, même d’une génération à l’autre, façonnent notre ego et notre santé physiologique (cf ; : le livre de Ancelin « ces enfants malades de leurs parents »)

LENAERS, Jo

TapissalonLe Tapis du salon / Annie Saumont. – Julliard, 2012

L’auteur est traductrice et nouvelliste. Pour ce recueil de nouvelles elle a choisi de parler du thème de la faille, de l’instant où la vie bascule, l’histoire est racontée sans détails révélateurs. L’auteur n’a pas son pareil pour rentrer dans la tête de ses personnages et pour scruter les travers de notre société en les teintant d’un noir indélébile et mystérieux.

Une des particularités de ce livre est que  le style ne s’embarrasse pas de la place de la ponctuation, les majuscules peuvent être parfois au milieu d’une phrase… Un simple défilé de mots agit comme une bouée de sauvetage et nous entraîne, parfois dans une belle confusion qui rend la relecture attentive indispensable. Mais au-delà de cet exercice de style, il faut reconnaître toute la délicatesse, toute la grâce d’une langue épurée qui ne s’alourdit pas de descriptions.

Une belle découverte !

FONZE, Bernadette

Les Enfants de Minuit / Salman Rushdie. Folio

J’ai hésité avant de chroniquer ce livre : impossible de déterminer si j’ai aimé ou non ce récit.

J’ai voulu lire ce livre, au départ, parce que j’aurais aimé voir le film mais il est uniquement disponible en version originale (je ne comprends pas la langue indienne !) et que tout ce qui touche à l’Inde me passionne. L’auteur, également, célèbre pour avoir une menace de mort planant au-dessus de la tête depuis la parution, en 1988, des « versets sataniques » (mal vu des islamistes radicaux), me donnait envie de plonger dans ses écrits.

Nombreux écrits d’ailleurs, et qui, tous ont eu un écho dans le monde littéraire, mais aussi spirituel, en ce compris la laïcité (l’auteur prône avant tout la liberté d’expression).

« Les Enfants de Minuit » met en scène Saleem, le narrateur qui, né à minuit le 15/08/1947, jour de l’indépendance de l’Inde, se voit doté de pouvoirs magiques.

Tout bébé il a été échangé à la maternité et son destin a donc été chamboulé. Si une prophétie avait promis à la mère de Saleem un destin exceptionnel pour son fils, elle a en fait élevé Shiva, l’enfant qui deviendra le pire ennemi de son fils biologique.

Enfants minuitA l’adolescence, Saleem, qui a la capacité de lire dans les pensées des gens (il impute ce pouvoir à la taille de son nez, « concombresque »), prend conscience de l’utilité de rassembler, de connecter ensemble tous les Enfants de Minuit. A la suite d’une opération des sinus, Saleem perd son pouvoir. Réfugié au Pakistan avec sa famille, le sort s’acharne sur lui quand une bombe le laisse orphelin et amnésique.

Devenu adulte sans mémoire, il s’engage dans l’armée pakistanaise contre l’Inde. Les conditions de vie extrêmement difficiles lui font retrouver son pouvoir jusque là éteint. Il rencontre Parvati-la-Sorcière, elle aussi enfant de Minuit, l’épouse et ensemble ils ont un fils, Aadam…qui se révélera être, par un tour de passe-passe fantastique, le fils de Shiva lui-même. Pourchassés dans le cadre de la politique du fils d’Indira Gandhi, les Enfants de Minuit, jugés dangereux par le pouvoir, doivent vivre en parias…A la fin du récit, Saleem décide de mettre l’histoire de l’Inde en conserves (il travaille dans une usine qui prépare du chutney) afin que son fils ne l’oublie jamais et puisse continuer la lutte.

La lutte, c’est un des moteurs du récit (plus de 800 pages!) : il passe en revue les événements historiques importants de l’Inde et fustige la politique, l’économie et l’obscurantisme d’Indira Gandhi. L’auteur est un fin connaisseur de sa patrie et il peut donc témoigner des conditions de vie et du climat politico-social qui y règnent.

Le roman multiplie les personnages…qui peuvent très bien changer de nom, ce qui ne facilite pas l’empathie. En s’adressant directement au lecteur, Rushdie parle en « je », puis utilise le « il », tout en parlant de la même personne. Ajoutez une ponctuation hasardeuse, des longueurs (politiques surtout), l’incursion de la magie, de l’irréel et une langue aux tournures spéciales, voire déroutantes, et vous comprendrez le sentiment mitigé qui m’anime. Je suis consciente d’être en présence d’une œuvre majeure de l’auteur mais je ne parviens pas à l’apprécier totalement.

Autre chose : il faut absolument voir le film « La langue de ma mère » tiré du livre de Tom Lanoye (un auteur que j’adore). C’est une histoire où la sensibilité est à fleur de peau qui conte la vie d’une comédienne victime d’un accident vasculaire cérébral et qui, donc, perd l’usage de la parole.

L’actrice Viviane De Muynck fait preuve d’un talent indéniable et est la pierre angulaire du film. C’est du tout bon cinéma belge flamand !!

Share on FacebookTweet about this on Twitter