BIBLIVORES MAI 2019

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BIBLIVORES

MAI 2019

Claudy JALET

JEAN TEULE : GARE A LOU !. – Editions Julliard, 2019 . – 182 pages

Auteur français à succès, Jean Teulé vient de me décevoir pour la seconde fois en peu de temps. Il y a deux ans avec « Comme une respiration », qu’il a reconnu comme étant assez faible et maintenant ce « Gare à Lou »

Décevant car très maigre du point de vue scénario mais l’auteur a aussi changé son style d’écriture. C’est nettement moins recherché au niveau de la construction des phrases, il n’y a pas de gros mots choquants ni de situations scabreuses qui font partie de son univers ! Quelques bons jeux de mots ou quelques noms valent le détour au niveau de l’humour tout comme ce poisson bovin d’appartement, compagnon de Lou et de sa maman mais la fable contée est vraiment trop simpliste pour en faire un grand livre.

L’histoire se déroule dans un décor futuriste. On y fait la connaissance de Lou, une jeune fille de douze ans qui a le don de voir ses souhaits se réaliser ! Cette réputation va parvenir jusqu’aux oreilles des hautes autorités de l’armée qui voient en elle une arme de destruction absolue. Les chefs des armées de l’air, de l’eau et de la terre vont donc chercher à mettre en échec  les ennemis du pays en utilisant son génie. Et forcément tout ne fonctionnera pas toujours comme prévu. Malgré son immense pouvoir.

Il y a dans ce récit de la fantaisie, de l’imagination mais rien de ce fabuleux qui pourrait nous porter très haut et nous fasciner.

GREGOIRE DELACOURT : MON PÈRE. – Editions JC Lattès, 2019. – 220 pages

Après une fructueuse carrière dans la publicité, Grégoire Delacourt  publie un premier roman en 2011 à l’âge de 50 ans. Le succès vient dès le second live « La liste de mes envies » qui sera aussi décliné en pièce de théâtre et en film. Chacun de ses livres suivants sera aussi couronné de succès. « Mon père » est son neuvième roman. Et vu sa violence, il fera date !

Au moment où l’église est éclaboussée par tous ces scandales liés à la pédophilie parait ce livre coup de poing. Car on ne peut pas parler dans mon cas de coup de cœur, seulement de coup de poing ! L’histoire est celle d’un père dont le fils a été abusé par un prêtre. Il va installer sa vengeance tout en cherchant les effroyables détails de l’acte. D’abord il y aura le côté violence physique de ce papa, avec la destruction de l’intérieur d’une église. Déjà là, croyant ou non, on ressent du malaise.

S’ensuit un étouffant face à face entre les deux hommes. Les mots sont crus, foudroyants, écœurants. On se retrouve inclus dans des scènes où on doit faire face à de la monstruosité. Avec en soutien de l’histoire le récit biblique d’Abraham qui part vers la montagne pour y sacrifier son fils Isaac…

Franchement il faut parfois « s’accrocher » pour continuer la lecture et j’ai difficile de conseiller ce livre car il bouleverse, déstabilise. Impossible de dire à quelqu’un « lis cela c’est chouette ! ». Car vous n’allez pas passer de bons moments : ce livre choc peut aussi provoquer la nausée tellement il met mal à l’aise.

Tout comme la réalité des actes vécus par ces êtres abusés.

Vous êtes prévenus. Mais il fallait que quelqu’un écrive ce roman.

Lisette LISENS

Vindicta /  Cédric Sire . – Métropole, 2019. – 577 pages

Biographie

Faut-il encore présenter Cédric Sire, auparavant Sire Cédric ? Pourquoi cette inversion dans le nom ? Simplement parce qu’il a changé de maison d’édition, de couper avec une partie de sa jeunesse où ses copains l’appelaient Sire mais surtout il a pu récupérer la main mise sur ses premiers livres et les faire rééditer.

Il est né en octobre 1974 à Saint-Gaudens, département de la Haute Garonne, en région occitane.

Il a vécu longtemps à Toulouse et vit depuis peu à Paris.

D’apparence un peu gothique : vêtements noirs, grosses chaussures, longs cheveux noirs souvent retenus en catogan, les yeux soulignés de noir – il est également musicien et a son propre groupe.

Il est d’une simplicité, d’une accessibilité et d’une gentillesse extrêmes.

Il a reçu le prix Polar au Festival de Cognac (De fièvre et de sang) ainsi que le prix Masterton (L’enfant des cimetières).

Il est l’auteur de neufs romans et de plusieurs recueils aux frontières du mystère et du frisson.

Ses livres sont traduits en plusieurs langues et certains sont en cours d’adaptation télévisuelle.

Bibliographie

Recueils de Nouvelles

–   Religere               1998

–   Melancholia        1999

–   Nécromantisme   2000

–   Muses                  2001

–   Déchirures           2005

–   Dreamworld        2007

Romans

–   Angemort                               2006

–   L’enfant des cimetières          2009

–   De fièvre et de sang               2010

–   Le jeu de l’ ombre                  2011

–   Le premier sang                     2012

–   La mort en tête                       2013

–   Avec tes yeux                         2015

–   Du feu de l’enfer                    2017

–   Vindicta                                  2019

 

Synopsis

Audrey, Damien, Elie et Driss… quatre jeunes paumés, en colère contre leur situation difficile de gosses de cité. Une information est passée à l’un d’eux sur un transfert louche chez un bijoutier.

Ils ont tout : la date et l’heure de l’échange, le code de la porte à l’arrière du bâtiment ainsi que celui qui leur permettra d’entrer dans la bijouterie.

Pour eux, c’est le pactole assuré et sans difficultés :

« On entre, on prend le fric, on ressort. Personne ne sera blessé ! Pas de plainte possible vu l’illégalité de l’échange. »

Seulement, voilà…   un grain de sable dans l’engrenage et c’est la débandade.

Rien ne s’est passé comme prévu. Et comble de malchance, ils renversent dans leur fuite une fillette de 7 ans qui ne survivra pas à l’accident.

Un policier qui vient d’être muté, suite à une série d’insubordinations, dans un groupe de surveillance est témoin de tout.

Son nom : Olivier. Mais il est loin de se douter du rôle qu’il va jouer. En poursuivant les jeunes, il va se trouver au cœur d’un vrai maelström meurtrier, celui d’un tueur silencieux, froid voire polaire, méthodique et sans état d’âme.

Il vient des déserts du Moyen-Orient dans les rues sombres de villes françaises.

Tout vêtu de noir, le visage blanc, sans cheveux, ni cils ni sourcils, il se déplace sans bruit tel un fantôme.

Véritable Némésis qui traîne dans ses bagages des cimetières entiers de cadavres torturés, dépecés, étripés, étêtés, éviscérés… rien ne le rebute.

Mais cette fois, il est plus dangereux encore.

Il ne s’agit plus d’un contrat mais bien d’une vengeance personnelle.

Qui est donc ce spectre aussi froid et mortel que l’acier de ses lames ?

Critique

Fidèle à lui-même Cédric Sire nous régale d’un thriller noir, sanglant mais combien addictif !

Impossible de lâcher ce livre dès qu’on en commencé la lecture. Il a l’art de maintenir le lecteur en haleine.

Écriture très fluide et chapitres courts, voilà qui permet de suivre facilement et rapidement les développements des histoires de vie de chacun des protagonistes et cela sans déflorer l’identité du tueur, nous emmenant sur diverses pistes.

Je suis une accro de Cédric Sire mais là, il m’a vraiment laissée bouche bée, en apnée et cherchant désespérément de l’air, ce qui m’obligeait à poursuivre la lecture espérant reprendre souffle.

Mais il a réussi dans ce roman, ce tour de force de nous tenir haletants, avides de savoir, sachant pourtant que chaque pas en avant nous rapprochait d’un précipice fatal.

On éprouve de la colère, de la tristesse pour ces gosses paumés. On voudrait les aider et on comprend Olivier, le policier rétrogradé, de tout faire pour essayer de la sauver au risque de sa propre vie.

Mais surtout une immense rage, un dégoût profond pour ceux qui sont à l’origine de la création de ce monstre sans âme qui jusqu’alors ne servait que les intérêts de quelques uns…

Jusqu’au jour où cet être méphistophélique est touché personnellement.

En conclusion, j’ai repris quelques lignes de « Livresse du noir ». Pourquoi ? Tout simplement parce que cela résume assez bien le climat du livre.

577 pages à couper le souffle qu’on dévore en apnée

577 pages de dynamite qui mettront vos nerfs et votre cœur à rude épreuve

577 pages de peur, d’action et d’adrénaline

577 pages d’émotion, de plaisir et de jubilation intense

577 pages que vous n’oublierez pas de sitôt​_

Un final qui vous laissera KO debout !

Pour terminer cette analyse, soulevons le fait que comme à son habitude, l’auteur soulève des problèmes de société et cela toujours de façon détournée.

A vous de lire entre les lignes et d’en tirer les conclusions.

Personnellement, je pense que beaucoup d’entre nous sont ignorants, bien souvent à leur  insu, de ce qui se trame en haut lieu.

Dans ce cas, c’est l’armée qui est à l’origine de la création de ces monstres dont le but est de torturer, faire souffrir et tuer sur ordre pour les intérêts d’une poignée de hauts placés.
Ainsi se font et se défont des gouvernements par intérêt financier ou autre et tant pis pour les dégâts collatéraux.

Margarete BALSIGER

Il y a 2 ans j’ai commencé à lire des livres de Yanis Varoufakis; on a fait sa connaissance en 2015, éphémère ministre de l’économie de Tsipras. Il vulgarise l’économie en nous expliquant ses mécanismes et la collusion « monde politique, monde financier, monde des médias et Union Européenne » sans laquelle rien de ce qui se passe depuis plusieurs décennies n’aurait été possible. Il me fait un peu penser au très regretté Bernard Maris dont les livres et les articles étaient des pépites pour comprendre l’économie. J’ai lu avec beaucoup d’intérêt « Construire un peuple« , paru en 2017, de Inigo Errejon et Chantal Mouffe qui est une des plus grandes théoriciennes politiques des XXe et XXIe siècles et aussi une philosophe belge qui a fait carrière à l’étranger. L’adage comme quoi nul n’est prophète en son pays se vérifie. 

Ce sont des essais très intéressants, surprenants, dérangeants même. Des livres qui collent à notre époque tourmentée annonciatrice peut-être de grands bouleversements et qui expliquent finalement la révolte des gilets jaunes, melting-pot de jeunes, de vieux, de femmes, d’hommes, de chômeurs, de travailleurs, de citadins, de ruraux, de cultivés, d’incultes, etc. mais qui tous se sentent exclus. Et ça va à l’encontre de beaucoup de discours serinés depuis des années comme des mantras par tous les partis sans aucune exception. Les essais de Varoufakis et Mouffe décryptent ce qui nous semble bien souvent incompréhensible à nous profanes.

Dans la même veine je lis Utopia XXI d’Aymeric Caron, journaliste et écrivain, mais ni économiste, ni politologue, ni philosophe et encore moins historien. Je le connais par des articles de presse; je ne l’ai jamais vu à la tv. C’est un utopiste convaincu, intransigeant, arrogant semble-t-il, qui assène ses convictions sans aucune concession : attention à ne pas tomber dans un sectarisme* qui bloque tout dialogue. Il n’a pas peur de la polémique, de la provocation. Par moments ça m’a vraiment beaucoup énervée mais à d’autres ça m’a aussi vraiment plu. Ne lire que le prologue et l’épilogue  » Il sera une fois » et « Réveil », c’est déjà bien. Lire le livre en entier c’est encore mieux. Caron insiste fortement sur les méfaits de la télévision, des médias et sur l’absence de qualité de l’éducation. Tout son livre mérite d’être lu même si on est pas d’accord avec lui. Ce sont les gens comme lui qui nous réveillent. Comme Michel Houellebecq d’une autre façon il nous oblige à réagir. On devrait rendre Utopia XXI obligatoire à lire et à analyser en fin de cycle secondaire. Ce serait plus utile aux futurs adultes comme bagage intellectuel que bien d’autres lectures trop faciles. Sauf que … j’ai noté quelques erreurs ou interprétations personnelles quand même extrêmement malvenues comme à la page 464 où Caron décrit les combats entre soldats US et japonais dans le Pacifique lors de la seconde guerre mondiale comme une guerre raciale. Les bras m’en tombent ! Je rappelle que les Japonais ont commis des atrocités qui encore aujourd’hui interfèrent dans les relations avec des pays asiatiques. Les Anglais, les Hollandais, femmes et enfants inclus, ont été internés et massacrés dans de véritables camps d’extermination. Voir le magnifique film de Spielberg « Empire du soleil » qui se passe à Shanghai vers 1941 et qui rappelle le massacre de Nankin en 1937.

En fait je n’ai pas raconté le contenu de ces livres parce qu’ils sont tous difficiles à résumer. Loin d’adhérer à toutes les positions exprimées, j’insiste, ce sont des lectures néanmoins nécessaires pour savoir d’où on vient et tenter de décider nous-mêmes où on va. Questions existentielles qui touchent à la philosophie ou tout platement avoir conscience de la sauce à laquelle on nous mange. Des auteurs différents avec des formations différentes, des essais différents mais tous dérangeants pour nos convictions bien ancrées de vivre en démocratie. On est lobotomisés depuis des décennies, anesthésiés par les médias. On a été formatés pour n’être plus que des consommateurs décervelés. Comme les moutons de Panurge on va où l’on nous conduit et en plus sans même être heureux finalement. On n’a jamais été aussi stressés, consommateurs de somnifères, anti-dépresseurs et même de voyantes et gourous de toute sorte. A une époque où une pléthore de livres, la tv, puis internet aurait dû rendre l’éducation (avec tout ce que ça sous-entend comme l’écrit si bien Caron) encore plus accessible à tous, on est plus ignorants que nos grand-parents !!! Merci les GAFA + M ! Alors REVEILLEZ-VOUS !

* Attitude intransigeante de quelqu’un qui impose son opinion et se ferme à celle d’autrui, définition du Larousse

Bernadette DESGAIN

Comme d’habitude / Cécile Pivot. – Le Livre de poche, 2018

Depuis quelques semaines, je suis plongée dans des lectures ou des rencontres qui parlent de handicaps, et plus spécialement d’autisme. J’ai déjà parlé du livre d’Olivier Liron (« Moi, Einstein et le sexe »), un autiste Asperger qui racontait son passage à l’émission « Questions pour un Champion », qui avait eu tellement d’importance pour lui.

Aujourd’hui, c’est le livre de la fille de Bernard Pivot qui parle de son fils, Antoine,autiste, né en 1994 et âgé de 22 ans quand elle en termine l’écriture en 2017. Elle raconte la découverte de sa maladie, sa petite enfance incompréhensible où il pleure sans cesse, refuse la nourriture. Où elle voyait bien que quelque chose n’allait pas sans que personne ne la prenne au sérieux. Jusqu’au jour où les mots « troubles autistiques » sont enfin prononcés. Alors la vie devient différente : les joies, les erreurs, les colères, les fous-rires sont vécus différemment. Il y a les visites chez les médecins – parfois incompétents, les difficultés à trouver des structures d’accueil adaptées. Ses manquements, ses questionnements, les instants drôles ou tragiques du quotidien.

Tout cela, qu’elle a noté pendant vingt ans et dont elle savait un jour qu’elle en ferait un livre…que sans doute Antoine ne lira jamais.

Aujourd’hui, Antoine vit à Paris, dans un lieu adapté à ses pathologies : une microstructure où il jouit d’une certaine indépendance, peut prendre seul un métro ou faire quelques achats simples. C’est le résultat d’un long parcours pour sa mère, séparée de son père depuis fort longtemps malgré tous les bons soins dont il a entouré son fils dans sa petite enfance.

En France, l’autisme n’a été reconnu comme une priorité de santé publique qu’en 1995. Et en 2017, on a calculé que 80 % des enfants autistes n’étaient pas scolarisés. Une honte !

Un certain Paul Darrigrand / Philippe Besson. – Julliard, 2019

J’adore l’écriture de Philippe Besson dont le dernier bouquin nous racontait la campagne électorale d’Emmanuel Macron, dont il est un ami proche et qui avait pour titre « L’homme de la Campagne » dont j’ai parlé en 2017.

Cette fois, Philippe Besson est plus personnel et parle de sa rencontre à l’âge de 22 ans, à l’université avec cet étudiant qu’il nomme Paul Darrigrand et comment ils deviendront amants quelques mois seulement. L’homosexualité n’a vraiment pas ma préférence parmi les comportements entre humains, mais j’ai eu la curiosité de savoir ce qu’en pensait Philippe Besson et j’ai un peu mieux compris ce que vivent ces gens qui s’aiment.

Avec des mots simples et justes, Besson restitue puissamment le foudroiement d’une rencontre, la première et la seule qui ait vraiment compté dans sa vie. Il parle d’une grave maladie dont il a souffert durant des mois en clinique et durant lesquels il éprouvait un terrible sentiment d’abandon.

C’est un livre poignant, déroutant, plein de grâce, à l’écriture « durasienne » où il explore avec justesse les sentiments qui ravagent le coeur des hommes. Avec tendresse et quelques rudesses parfois, il en révèle la complexité et la beauté.

Ce roman est plein de grâce. C’est la troublante confession d’un enfant du siècle et une des plus belles déclarations d’amour que j’aie lues.

Eric ALBERT


Elevation / Stephen King ; traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Michel Pagel. – LGF, 2019. – 146 pages. – 6.90 €

Un livre de Stephen King au format poche qui tient vraiment dans la poche ? Il faut remonter aux épisodes isolés de “la Ligne verte”, chez Librio (1)  ! Et encore, la hauteur des volumes dépassait !

Elevation” n’est pas à proprement parler un roman. On parle plutôt de novella, c’est-à-dire un récit plus long qu’une nouvelle, à l’instar de celles qui ont été réunies dans le recueil “Différentes saisons”.

Il y a gros à parier que cette histoire sera,un jour, intégrée dans un volume plus grand. mais tant qu’à faire du flouze, autant créer le buzz en publiant sans attendre cet opus.

Nous voici donc en présence d’un opuscule aéré et illustré, dont l’un des points d’intérêt est qu’il nous ramène à Castle Rock, la ville fétiche de l’auteur, précédemment rayée de la carte dans l’énorme et génial “Bazaar”.

Dès les premières pages d’ “Elevation”, on se dit qu’on tient là une nouvelle histoire pleinement fantastique : Scott Carey se rend compte que, jour après jour, et alors que sa physionomie ne diffère pas, il perd du poids. Rappelons que le poids peut varier selon la force d’attraction (on est plus léger sur la Lune que sur la Terre) mais rien ne pourrait expliquer que ce phénomène se produise sur notre planète pour une seule personne.

On pense alors immédiatement au savoureux “La Peau sur les os” (vous reprendriez bien une part de tourte gitane ?…) dans lequel un homme perdait poids et masse suite à une malédiction. Mais “Elevation” prend rapidement ses distances avec ce chef-d’oeuvre signé Richard Bachman pour nous proposer une aventure plus superficielle, bien que toujours attachante.

Scott Carey ne maigrit donc pas mais semble peu à peu échapper aux lois de la pesanteur. Son médecin ne peut rien pour lui et l’homme comprend qu’à force de décliner de la sorte, il finira par perdre complètement le contact avec le sol. Il s’élèvera donc, d’où le titre du livre.

Comme à son habitude récente, King ne va pas chercher une explication au phénomène. A la place, il va nous entraîner dans une histoire parallèle mettant en scène deux voisines lesbiennes (Deirdre la forte tête et Patsy l’effacée) dont l’établissement culinaire peine à démarrer, souffrant de tous les “on-dit” et les stéréotypes rampants. Scott déteste la discrimination et il aimerait pouvoir venir en aide à ces dames. Or il se fait que leur chien a pris l’habitude de déposer impunément sur la pelouse de Scott des “mines” odorantes. La relation tendue que Scott entretient avec Deirdre ne semble pouvoir déboucher sur aucune solution durable.

Alors, Scott lui propose un pari : la célèbre course à pieds de Castle Rock, “le trot des dindes” sera l’occasion de poser de nouvelles bases. Si Deirdre gagne la course – et elle en est tout à fait capable, vu son passé de joggeuse invétérée – Scott acceptera que le chien continue à oublier ses déjections sur sa pelouse. Dans le cas où Scott viendrait à gagner le trot – et il en est tout à fait capable vu le pouvoir dont il bénéficie qui devrait lui permettre de “survoler” l’obstacle – Deirdre et sa compagne accepteraient de partager un repas végétarien à son domicile…et d’apprendre à mieux le connaître pour mieux le considérer.

Quelle sera l’issue de la course ?

Et qu’adviendra-t-il de Scott ?

King clôt peu à peu son ouvrage dans un déversement de bons sentiments et d’humanité sirupeuse. Condamnant son personnage à une fin prévisible, il donne l’impression de bâcler quelque peu son sujet. A cause de la taille réduite du livre, on peine à s’attacher aux protagonistes et la relativement longue description des événements survenant au cours de la course à pieds (on pense un moment à “Marche ou crève” – un autre Bachman-  les exécutions sommaires en moins) achève de nous convaincre qu’il s’agit là du coeur du récit et que l’élément fantastique n’est qu’un prétexte pour habiller une histoire somme toute anecdotique.

Qu’à celà ne tienne, “Elevation” se lit avec plaisir, amusement, enthousiasme car le talent de l’auteur – et du traducteur l’excellent Michel Pagel – parvient quand même à donner à cette oeuvrette assez de saveur pour induire une lecture toute satisfaisante.

Le prochain livre de Stephen King, attendu pour l’automne aux States, s’intitulera “The Institute”. Il y sera question de manipulations mentales. D’ici sa parution courant 2020 (voire ‘21), c’est surtout avec le cinéma – et dans une moindre mesure la télévision – que les amateurs du Maître de Bangor devront ronger leur frein. On annonce pas moins de cinq nouveaux projets.

King a toujours la cote.

  1. on exclut le récent “Gwendy et la boîte à boutons” qui était une collaboration avec Richard Chizmar, et “Plein gaz”, écrit à quatre mains avec Joe Hill

Michèle QUINET LE DOCTE

L’Amour harcelant / Elena Ferrante. – Gallimard, 2019

Elena Ferrante est un nom d’emprunt ..ce qui déjà campe  l’atmosphère du roman !

Lors de  la sortie de « L’amie prodigieuse »,je vous ai déjà parlé de cette auteure, qui m’intrigue véritablement, Son écriture me bouscule.

Je ne comprends pas pourquoi l’éditeur a qualifié ce roman de « thriller », même s’il y est question de meurtre ou mieux d’un présumé meurtre …. Il faut rester concentré sur sa lecture pour suivre les événements et se faire son idée sur l’éventuel  meurtrier et  son mobile :

Le passé envahit le présent  les personnages  se cherchent …la « vérité »  s’imprime dans le passé …les sentiments  et ressentiments s’entremêlent !

Mais ce que j’ai particulièrement aimé, c’est l’atmosphère très « napolitaine » du récit, ses descriptions, ses personnages très « femmes », fragiles et fortes à la fois, sensuelles également. J’ai moins aimé le côté apparemment bancal de certaines phrases ; peut-être est-ce dû à un traducteur trop rapide.

L’histoire en quelques mots : qui a tué Amalia ? S’est-elle plutôt suicidée ? On retrouve son corps dans la mer, seulement vêtu de lingerie de marque et de bijoux. Sa fille, Delia, dessinatrice, est bien décidée à mener l’enquête. Deux hommes envahissent la scène : un mari jaloux à pouvoir tuer et un ami (amant ?) à l’approche ambiguë. Au-delà des suspicions, Delia va devoir également se remémorer les traumatismes de son enfance pour arriver d’une part à vaincre son sentiment de culpabilité (elle a différé ses visites à sa mère à plusieurs reprises) et d’autre part pour comprendre les motivations de l’hypothétique  tueur : Amour et Haine se mélangent !

Dans ce roman radicalement différent de sa quadrilogie lumineuse, Ferrante nous conte le Naples des bas-fonds, des ruelles ombrageuses, des maisons sales et glauques. Elle nous invite dans un Naples que le soleil ne réchauffe pas. Mais qui fait écho à la noirceur qui peut habiter parfois le coeur des hommes.

 

La vraie vie / Adeline Dieudonné. – L’Iconoclaste, 2018

Parfois, « un accident vient faire bégayer le présent ». Cela pourrait être le thème central de ce livre, encore un thriller de l’âme ….qui glace.

Décidément, je suis plongée dans l’atmosphère de la violence familiale. Un père, violent, méchant, chasseur invétéré ; une mère, absente, transparente et battue. Deux enfants, livrés un peu à eux-mêmes, qui cherchent un sens à leur existence. Lorsque le garçon est témoin d’un drame affreux (l’explosion de la camionnette du glacier local) et plonge dans un mutisme aliénant, sa grande sœur , par amour filiale va tout faire pour faire ré-émerger son frère à la vie, ré-enchanter son monde. Ce ne sera pas chose facile entre les désillusions et la violence ambiante qui touche à son paroxysme lorsque  dans une scène mémorable et décrite avec réalisme, le père organise une partie de chasse dont le gibier n’est autre que sa propre fille : Le sang coule, la chair souffre jusqu’à ce que ….

Au fil d’une lecture facile car d’une écriture facile, Adeline Dieudonné nous offre un premier roman, salué par les critiques, qui a marqué la rentrée littéraire 2018 et qui appelle à une confirmation.

 

Christian GODELET

Derniers mètres jusqu’au cimetière /Antti Tuomainen. – Fleuve Edition, 2019

Dans l’avertissement qui précède son récit, l’auteur prévient qu’il s’est accordé de grandes libertés artistiques concernant les réalités géographiques, médicales, biologiques et temporelles. Mis à part cela, l’histoire est complètement véridique. Dès lors que l’on a bien assimilé cette information – qui en soi est assez drôle – on s’assure de passer un bon moment de détente. Dans mon cas, la sauce a pris. En vérité, le bandeau rouge qui entoure le bouquin et qui annonce « l’écrivain le plus drôle en Europe » est surfait, pourtant j’ai vraiment apprécié la découverte de cet écrivain. J’ai du le lire au bon moment. 

L’auteur a fait le choix d’une narration à la première personne. Cela rend le récit vivant et permet au lecteur de facilement s’identifier au personnage principal. Les dialogues sont plein de sous-entendus. L’humour noir et le ton caustique m’ont ravi. Il y a quelques scènes d’actions qui m’ont bien fait rire tant elles étaient loufoques. Elles dégageaient un parfum de samouraï ou de manga. L’autodérision est bien présente dans l’histoire, ce qui me séduit beaucoup. J’adore. L’intrigue est simple mais efficace, on ne se prend pas la tête. L’écriture est fluide, ce qui rend la lecture aisée. 

Les thèmes de la mort, de la fugacité de la vie, de l’honneur, de l’amour sont abordés avec une certaine philosophie et surtout, avec ironie. 

Je pense que cela n’est pas trop le but premier de cet ouvrage, pourtant j’ai appris de nouvelles choses. Et comme en plus j’ai pu le faire en m’amusant, je ne suis certainement pas à plaindre. 

Quelques rebondissements inattendus – surtout à la fin – ont fait que ces 320 pages n’ont pas du tout été ennuyeuses. 

En conclusion, je dirai que « Derniers mètres jusqu’au cimetière » m’a joliment délassé. 

Surface / Olivier Norek. – Michel Lafon, 2019

C’est déjà le cinquième livre d’Olivier Norek que j’ai la chance de lire. Chance mais surtout plaisir. Après quelques années comme bénévole pour « pharmaciens sans frontières », cet ancien flic devenu écrivain me régale toujours autant. 

Après trois enquêtes menées par le Capitaine Coste (« Code 93 », « Territoires » et « Surtensions »), puis un roman qui nous entraînait dans le quotidien des migrants et de la jungle de Calais (« Entre deux mondes »), c’est une nouvelle héroïne que nous propose cette fois l’auteur.

Noémie Chastain est Capitaine des stups à Paris. Sa dernière intervention tourne mal. Elle reçoit une balle en plein visage et se retrouve défigurée. Rejetée par son compagnon et collègue, écartée par sa hiérarchie, elle doit se reconstruire. Ses supérieurs, pour ne pas affaiblir son équipe, décident de l’envoyer à Decazeville dans l’Aveyron. Une formalité, elle doit y analyser l’activité du commissariat local en vue de le fermer. Rien de bien palpitant. Bien entendu, rien ne se passe comme il se devrait et un cold case vient animer la vie relativement paisible de cette commune. La mystérieuse disparition de trois enfants en 1994 refait parler d’elle. La découverte du corps décomposé d’un gamin vient raviver des douleurs encore bien présentes dans les mémoires des villageois. 

La policière devra se battre contre la méfiance de ce monde étranger pour elle et, surtout, devra lutter contre ses propres doutes pour élucider cette affaire.

Encore une fois, alors que je m’apprêtais à supporter la déception d’une fin mièvre, un coup de théâtre dans les dix derniers pour-cents du bouquin m’ont totalement stupéfié. À mon plus grand contentement !

Comme depuis que je le lis, Olivier Norek parvient à me captiver en mêlant action et émotion. Ses personnages sont, comme à l’habitude, profonds et terriblement réalistes d’humanité. C’est un des rares auteurs qui réussit à m’émouvoir. Je suis peut-être bon public ? En tout cas, ça marche.

Il est à souligner que, contrairement aux enquêtes du Capitaine Coste, la résolution de cette affaire repose plus sur des rapports humains que sur de la technique. Toutefois, le passage des recherches sous-marines dans un village englouti montre bien le soin particulier que Norek prend pour rendre son récit cohérent. C’est incroyable de réalisme. On s’y croirait. 

Le titre « Surface » a une double signification pour moi. D’abord la surface du lac au fond duquel se cache bien des mystères, ensuite la surface du corps, du visage abimé sous laquelle Noémie devra trouver la force de rebâtir sa vie.  

Olivier Norek est vraiment un as, mais je ne suis probablement pas assez objectif sur le coup. À vous de vous faire une idée ! Bonne lecture !

Par-delà la pluie / Víctor Del Árbol. – . Actes Sud, 2019

Un mot d’abord sur le travail de traduction réalisé par Claude Bleton. Je voulais souligner ce point qui, à n’en pas douter, a été un élément déterminant à la bonne appréciation que j’ai eu du roman. Généralement, je ne prête pas beaucoup d’importance à la traduction des romans étrangers. Je promets d’y faire plus attention dans le futur.

L’auteur, après un prologue dont l’action se déroule à Tanger en juillet 1955, nous propose son histoire en sept chapitres. Ceux-ci correspondent en autant de mois qui couvrent la période de février à août 2014. Ces chapitres sont eux-mêmes subdivisés en sous-chapitres qui sont consacrés à des espaces géographiques. On voyage de Séville à Malmö en passant par Madrid, Barcelone et d’autres régions encore. Juin 2017 est le moment choisi par Víctor Del Árbol pour conclure son récit. 

Cette structure bien claire permet de suivre aisément le déroulement d’une intrigue qui comporte de nombreux personnages.

Qu’ai-je pensé de ce livre ? Un véritable coup de cœur ! 
J’ai pourtant du mal à le classer dans une catégorie. Pour moi, ce n’est pas réellement un polar. Je le qualifierais plutôt de « mini fresque sociale » racontée à la manière d’un polar. 

En fait, le lecteur est immergé dans les derniers moments de vie de Miguel et Héléna. Lui est frappé par la maladie d’Alzheimer, il ne peut plus vivre seul et se retrouve dans un home où il va faire la connaissance d’Héléna, seule également et à qui la vie n’a pas fait de cadeau. 

Je n’en dirai pas plus sur la suite. Il y a temps de péripéties, de passages entre le passé et le présent, mais aussi de personnages, que résumer cette belle histoire me paraît illusoire. Les événements et les protagonistes sont très interdépendants alors que rien ne semble les relier. C’est un tour de force qui m’a rendu accro. Je voulais savoir où l’histoire allait me mener.

L’auteur aborde de très nombreux sujets. Il s’attache particulièrement à l’importance que le passé peut avoir sur notre présent et sur la fuite du temps. Son écriture fluide est d’une justesse inouïe ! Par moment, il m’a fait frissonner d’émotion. C’est assez triste sans jamais être pathétique. Beaucoup de mélancolie. Je ne pouvais qu’être empathique envers Miguel et Héléna. Cette lutte pour revivre de bons moments oubliés et/ou vaincre les vieux démons qui hantent le passé est narrée avec tant de sensibilité qu’il m’a vraiment été facile d’éprouver ce que pouvait traverser les protagonistes.

J’ai bien aimé son approche des rapports souvent conflictuels parents/enfants et du poids parfois insoutenable des secrets de famille.

La tension va crescendo, les travers se dévoilent, les apparences sont trompeuses et la vérité pas toujours celle que l’on croit. 

Nos deux héros, au crépuscule de la vie, ont une soif de liberté qui touche. J’ai eu des envies de révolte à la lecture de certains passages. Ce que l’auteur fait parfois subir à ses personnages ne peut pas laisser froid. 

Un livre comme j’aimerais pouvoir en écrire… merveilleux ! 

Catherine LHEUREUX

Polar ésotérique – Le manuscrit de Sainte-Catherine, de Willy Deweert. – Editions Mols

Ah, enfin un polar ésotérique belgo-belge… Voyons donc ce qu’avait concocté cet illustre compatriote (1936-2016) !

Décembre 2016. Le père Hieronymos, bibliothécaire du monastère Sainte-Catherine – un des plus anciens de la chrétienté (fondé au 3e ou 4e siècle) – dans le Sinaï, découvre par hasard un livre d’une trentaine de pages qu’il n’a jamais vu. De lecture en relecture, il se convainc de son caractère exceptionnel. Comme ni son supérieur, un intégriste tyrannique, ni aucun de ses confrères n’est capable d’en mesurer l’importance, il décide de le soumettre à un saint moine copte du monastère Saint-Antoine, qui est situé de l’autre côté du Golfe de Suez. Un an plus tard, Salvo D’Ambrosi, un chirurgien éminent, est victime d’un accident de voiture : c’est sa fille Flora, 25 ans, journaliste, qui conduisait. La jeune femme est morte sur le coup tandis que son père sombre dans un coma dont il se réveille amnésique. Pendant plusieurs mois, Salvo végète chez sa sœur Rachele à Cefalu en Sicile, jusqu’au jour où un mystérieux message l’amène à remettre en question la thèse de l’accident. Après tout, Flora était une journaliste d’investigations, et du genre consciencieux. Salvo, toujours amnésique, décide de rentrer chez lui à Milan pour reprendre l’enquête sur la mort de sa fille en compagnie d’une amie de cette dernière, Tiziana Narducci, elle aussi journaliste. Tous deux vont se lancer à la recherche de ce livre dont Flora devait parler avec un informateur le lendemain de sa mort. Ce qu’ils ignorent, c’est que d’autres groupes veulent aussi mettre la main sur ce livre mystérieux, écrit à la première personne et qui donne de Dieu une image bienveillante aux antipodes du seigneur vengeur et intraitable, le fond de commerce des extrémistes de tout poil… L’apparition de ce livre inquiète tous ceux qui organisent le réarmement moral du monde et le retour d’un Dieu impitoyable châtiant l’humanité. Du Sinaï à Washington, de Panama à Heidelberg, c’est une course poursuite endiablée et meurtrière qui s’engage, où s’entrechoquent les médias, l’Eglise et la mafia.

Le Vif L’Express a qualifié ce roman de « gourmandise pour l’intelligence et l’esprit ». Mais tous ceux qui croiront n’avoir pris là qu’un polar ésotérique comme les autres se trompent : en réalité, ce livre s’adresse aux lecteurs qui pourront accepter une certaine dose de syncrétisme et de surnaturel, voire de merveilleux. Disons qu’il s’agit plutôt d’un thriller mystique, un genre de quête du Graal, avec des héros à contretemps – un chirurgien amnésique et une journaliste un peu pitbull sur les bords – et des accents philosophiques qui rapprochent clairement ce texte atypique de la grande mouvance des romans initiatiques. Le résultat est un peu bâtard et très déconcertant… L’intrigue est haletante, originale et pleine de rebondissements insolites… L’érudition de l’auteur, qui était professeur au collège jésuite Saint-Michel de Bruxelles, est absolument délectable… L’écriture n’est pas spécialement tonique, mais complètement hypnotique quand on aime. C’est ça : on aime ou on n’aime pas, et on sait très vite à quoi s’en tenir.

Un élément étonnant dans ce roman sorti en 2010, c’est que l’action se déroule de 2016 à 2018… Un peu futuriste, mais pas au point de verser dans la science-fiction. En fait, l’auteur s’est donné le temps de pousser Benoît XVI vers la sortie pour se ménager un pape à la hauteur de sa trame. Une trame qui fait la part belle au surnaturel, sans excès, mais bien assez pour décourager les cartésiens à tout crin.

Que pourrait-on reprocher à cet opus ? Une question difficile quand on a aimé… Peut-être les nombreux déplacements des personnages à travers le monde – des voyages justifiés qui impriment un caractère de roman d’aventures, mais qui donnent quand même un peu le tournis. L’enchaînement des événements est parfois un peu prévisible, mais rien d’insurmontable.

Bref, un texte étonnant qui mérite le coup d’œil.

OVNI littéraire et policier – L’affaire de la Femme Poisson, d’Ivan Tapia. – Solar

L’hôtel Casa Amian est la scène d’un mystérieux crime : une jeune femme surnommé la Femme Poisson, tête d’affiche d’un cirque, est retrouvée sans vie dans la baignoire de sa chambre. L’inspecteur Manuel martin, alias le Doux – un détective raté – est chargé de l’affaire. Il a besoin d’aide… la nôtre ! Avec lui, nous sommes invités à suivre les pistes, à relire les interrogatoires des personnages étranges qui logent dans l’hôtel – au nombre desquels une flopée de « monstres » dans le genre de la Femme Poisson, comme l’Homme aux deux visages, l’Hercule, la Femme à Barbe ou la Femme Elastique – ainsi que ceux de Chiqui et le Barbu, les non moins étranges propriétaires des lieux, à revoir les indices et à enfin résoudre l’affaire.

Soyons clair : même si cet OVNI littéraire comprend une large part de narration, il ne s’agit absolument pas d’un roman. C’est en réalité un nouveau concept de livre jeu interactif, un Mystery Book, qu’on lit vite et avec plaisir (128 pages seulement), dans la ligne des Livres dont vous êtes le héros : c’est votre lecture qui va devenir la clef pour découvrir l’identité du meurtrier de la Femme Poisson.

Le Mystery Book est composé de quatre parties :

  1. L’affaire : dans ce chapitre, l’histoire vous est racontée et les personnages décrits. Il faut être attentif à tout, jusqu’au moindre détail, parce qu’on ne sait pas de quoi la suite sera faite. Ce dont on aura besoin pour reconstituer la vérité – une partie au moins – apparaît sans doute déjà dans ce préambule.

  2. Les interrogatoires et les preuves : vous trouverez ici tous les interrogatoires des personnes présentes à l’hôtel au moment du crime et les preuves qui ont été trouvées. Un sommaire par personnage au début du chapitre vous aidera dans vos réflexions.

  3. Les énigmes : ce chapitre présente les énigmes que notre détective devra résoudre avec votre aide.

  4. Les solutions : vous trouverez ici un suivi, pas à pas, des actes de le Doux pour résoudre les mystères de l’affaire. Vous pouvez y accéder librement, autant de fois que vous le désirez : cela peut vous aider à débloquer certains points et cela rendra le jeu encore plus amusant.

Et on peut commencer où on veut, c’est ça qui est vraiment chouette… On peut lire les énigmes, comme on lit toutes les questions d’un examen avant de commencer à y répondre – un truc éprouvé pour se faciliter la tâche. On peut lire les interrogatoires dans un ordre ou un autre, peu importe. Toujours est-il qu’il vaut mieux finalement tout lire et tout voir, le texte mais aussi les images, ce que les personnages déclarent et ce qu’ils taisent aussi, car les indices sont potentiellement partout. Alors, autant se munir tout de suite d’un papier et d’un crayon, et tracer un tableau récapitulatif parce que la vérité ne se laissera apercevoir qu’au terme d’une analyse rigoureuse de tous les éléments présentés.

Ivan Tapia, qui est aussi l’auteur des « Escape Games », « Le Secret du Club Wanstein », « La Menace invisible » et « Les Portes de Lia », signe là un morceau de choix : la plume est vive, le style visuel et le concept réellement jubilatoire. Normal pour le fondateur des énigmes Cocolisto, ces jeux intelligents créés pour l’apprentissage et le plaisir : la dimension ludique est partout présente dans cet excellent petit opus dont on regrette qu’il soit si vite achevé. Que dire des indéniables qualités scénaristiques de l’ensemble ? On sent la patte d’un auteur rompu aux techniques de l’art dramatique.

Alors, prêt à vous lancer sur les traces de l’assassin de la Femme Poisson ?… Que le spectacle commence !

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