BIBLIVORES Mars 2017

|

FONZE, Bernadette

SafiervacheDeux écrivains que l’on peut qualifier de « loufoques » ont retenu mon attention ce mois-ci.

David Safier, tout d’abord, avec « Le fabuleux destin d’une vache qui ne voulait pas finir en steak haché ». Avec une écriture imaginative à souhait, l’auteur nous propose un cocktail délassant rempli d’humour et de réflexion parfois et truffe son texte de personnages atypiques, tous plus fous ou décalés, avec, entre autres, ce chat qui s’exprime avec un délicieux accent italien et bien sûr, cette vache, pensionnaire d’une ferme au bord de la faillite promise à l’abattoir qui décide de prendre la fuite…jusqu’en Inde, là où les bovins sont sacrés et « intouchables ». Pour parvenir là-bas, la vache ne va pas hésiter à emprunter le bateau, l’avion et à effectuer son voyage « au travers » des hommes qui semblent ne pas – trop – s’offusquer de l’irruption de l’animal dans leur univers aseptisé.

Ce genre de lecture fait du bien et est propice pour une période de vacances. A l’image des autres livres de David Safier (Maudit karma, Sors de ce corps William, Sacrée famille,…)

Le second auteur est plus ancien : Italo Calvino n’a cependant pas son pareil pour offrir des histoires – souvent courtes – truffées d’imbroglio, de retournements de situation, de comique débridé. « Le Baron perché », « Le Vicomte pourfendu », « Le Chevalier inexistant » sont autant de fables que n’aurait pas renié un Rabelais pour la démesure. Un auteur à redécouvrir.

POUCET, Chantal

SchmittvisageL’Homme qui voyait à travers les visages / Eric-Emmanuel Schmitt. – Albin Michel, 2017

Un aspirant journaliste en stage, vit des journées difficiles entre les rodomontades d’un directeur imbuvable et l’absence de réels bons papiers à écrire et mettre sous presse. Parti à la recherche de l’inspiration dans les rues, il est victime d’un attentat commis sur le parvis d’une église. Sonné et choqué, le pisse-copies est conduit à l’hôpital. A son réveil, il constate qu’il peut désormais percevoir de petits personnages autour de la tête des personnes qui l’entoure. Qui sont-ils ? Amis, ennemis, anges, démons…Et si le terroriste avait écouté ses petites voix, le forçant à commettre l’irréparable ?

Cette faculté ne tarde pas à intéresser le boss, qui voit là la promesse d’un papier détonant, mais également un policier et un juge d’instruction qui entendent exploiter à fond ce qu’ils considèrent comme un don.

A sa sortie de l’hôpital, le stagiaire, désireux de fuir cette publicité autour de son malheur, squatte les lieux abandonnés. Il trouve par hasard un ordinateur portable dans une benne à ordures qui se révèle appartenir au terroriste…

Je n’avais jamais lu de Schmitt avant. C’était donc une découverte pour moi. Je savais seulement qu’il rencontrait un beau succès et que son œuvre était polymorphe. Facile d’accès, sa prose n’a rien de révolutionnaire mais Schmitt est à tout le moins un auteur qui sait raconter. On est vite entraîné dans l’histoire…jusqu’à ce qu’elle devienne par trop centrée sur un personnage inattendu, à savoir Eric-Emmanuel Schmitt lui-même ! Le roman se transforme alors en une série de réflexions personnelles sur Dieu, la religion, la croyance, le Bien et le Mal ; pour la plupart il s’agit de clichés populaires éculés ! La lecture se fait automatique mais sans réelle emprise.

Une petite déception en somme.

JASINSKI, Jennie

SeptplumesgougaudLes Sept plumes de l’aigle / Henri Gougaud. – Le Livre de poche

Luis n’est pas un personnage de roman mais bien un homme vivant, argentin de père et de mère indienne (nommée Quechua). A la mort de celle-ci, il a 13 ans et il s’enfuit une nuit sans bagages pour suivre le chemin de la vie. C’est un enfant de misère, il marche et se retrouve aux ruines de Tiahunaco où le gardien des pierres, El Chura, chaman-homme au plumage de renard l’instruit puis le pousse vers d’autres rivages à la poursuite des sept plumes de l’aigle.

Il faut « lâcher la rampe » des deux mains et plonger dans un univers à moitié nu de vos pensées ! Les voyages de Bolivie au Pérou sont majestueux, imprévus et très vivants.

Luis est devenu peintre, il, fait des rencontres riches et insolites d’êtres uniques qui le feront avancer dans la vie, à grands coups de « triques cérébrales ».

Le texte est écrit avec une plume acerbe, pointue et aussi baignée de poésie.

Courez à cette rencontre d’où vous tomberont les bras !

NB : ce livre a fait penser aux « Accords toltèques » (C. Poucet)

ALBERT, Eric

Troupe52cutterTroupe 52 / Nick Cutter. – Denoël, 2016

Une unité scout passe quelques jours sur une petite île réputée déserte, afin d’expérimenter l’instinct de débrouillardise et de survie. Encadrée par le chef Tim Riggs, les adolescents se plaisent à s’effrayer par des histoires bien lugubres, bien en phase avec l’atmosphère de l’endroit. Jusqu’au jour où un homme, terriblement émacié et semblant souffrir d’une faim inextinguible, arrive au camp…pour y mourir.

Interpellé et désireux de savoir de quoi a bien pu succomber le malheureux, Riggs décide d’inciser une des nombreuses plaies qui parsème son corps…Il délivre ainsi une abomination destructrice qui va transformer chacun des invités de l’île en proie potentielle. Le Mal est à l’oeuvre, né d’une expérience scientifique qui a mal tourné et il n’a d’autre volonté que de se répandre et de se nourrir, encore et encore, quelle que soit la matière organique qui s’offre à ses dents.

Les secours pourtant appelés n’arrivent pas. Il faut se rendre à l’évidence, la troupe est abandonnée à son propre sort, funeste et inéluctable. Le chef Riggs meurt lui aussi, les garçons succombent un à un à la folie dévoreuse et à la transformation de leur organisme qui ne cesse de délivrer des vers, spores et autres horreurs biologiques.

Pendant ce temps, sur le continent, le scandale des prétendues pilules amaigrissantes miracle n’épargne plus personne : si, au départ, la bactérie mise au point par des biotechnologistes était prometteuse pour faire fondre les graisses en un temps record, elle est rapidement passée hors de contrôle de ses géniteurs. Rien d’anormal de découvrir que des entreprises liées à l’armement chimique et bactériologique ont financé le projet. Un cobaye humain a pris peur, s’est enfui et menace à présent de contaminer chaque endroit qu’il foulera de son corps modifié. Dès lors, la solution ne réside-t-elle pas dans le bombardement nucléaire de l’île sur laquelle un groupe d’enfants affolé tente par tous les moyens de rester en vie ?

Roman coup de poing, « Troupe 52 » n’a pas l’originalité attendue d’un phénomène littéraire : le savant fou, la création qui échappe au contrôle, la contamination bactériologique, la survie dans un lieu isolé, la transformation organique, …tout cela est déjà vu et revu. On pense à la lecture à des titres comme « Dreamcatcher » de Stephen King (auquel l’auteur semble voué un culte, reprenant la structure narrative de « Carrie » par l’entremêlement de prose linéaire et d’articles de journaux, d’interviews et autres incises) ou de films comme « Alien » (pour l’accouchement de monstres par le ventre). Non, ce roman ne devrait pas rester dans les annales. Il a pour moi, la carrure d’un titre de la défunte collection « Gore » de Fleuve Noir, c’est-à-dire des romans où l’horreur ultime, le sang, la violence et la folie tiennent le haut du pavé.

L’auteur (le pseudonyme de Craig Davidson, père de « De rouille et d’os ») s’est visiblement défoulé lors de l’écriture de son récit par lequel King lui-même a reconnu avoir été terrifié (sûrement à l’aide d’un gros chèque à la clé…) et le texte porte la caractéristique d’alterner les descriptions d’une nature préservée, poétique et celles du déferlement d’une sauvagerie sans limites : ça saigne, ça éclate, ça bouillonne, ça éclabousse, ça suinte, ça perle, ça coule, suppure, bave, troue, déchire, explose, démembre, brûle, déchiquette, transforme, déforme, tressaille, assaille, distend, pourfend, presque à chaque page, pour le plus grand plaisir des amateurs pervers de ce genre de littérature rouge sang.

A réserver aux lecteurs prévenus et à consommer si possible, hors des repas.

DESGAIN, Bernadette

CheminsnoirstessonSur les Chemins noirs / Sylvain Tesson. –

Après avoir parcouru le monde puis être tombé d’un toit en Suisse, le français Sylvain Tesson s’en est allé musarder par les vieux chemins et retrouver le rythme lent du pas à pas, explorant, la France dans ses moindres recoins, et une nouvelle manière de se sentir libre. Il en avait fait le projet en regardant la TV sur son lit d’hôpital lorsqu’il entend parler d’un rapport sur les départements français dit « hyper-ruraux » parce que restés à l’écart du réseau internet. Son plus fidèle compagnon l’encourage du haut de sa ramure : un arbre devant sa fenêtre qui lui insuffle sa joie vibrante.

Il établit son plan de fuite, laquelle fera l’objet de sa revalidation, en cherchant sur les cartes d’état-major une diagonale traversant toute la France, partant de la Vallée de la Roya à la frontière italienne dans l’extrême sud est pour atteindre le sémaphore de la Hague. point le plus septentrional du Cotentin. Du 24 août au 8 novembre 2016. Sylvain Tesson va marcher, souffrir, admirer, écrire, beaucoup réfléchir et rêver encore davantage.

Son tracé est celui des lignes noires sur les cartes qui traversent en zigzaguant une France buissonnière qu’on n’imaginait pas et qui est décrite non avec minutie, mais avec poésie. C’est aussi une ode au courage et à l’amitié : au courage, parce que même s’il souffre encore beaucoup de ses blessures, de sa face couturée, Sylvain Tesson en parle très peu. Ode à l’amitié, parce que quelques amis viendront faire un bout de chemin avec lui pour loger sous sa tente et partager le silence d’une complicité qui n’a pas besoin de mots. Et amitié aussi pour les écrivains dont il rappelle le bonheur que la lecture de leurs œuvres a suscité dans sa vie. Tels Giono, Passoa, Karen Blixen ou le naturaliste Jean-Henri Fabre.

C’est donc plus un carnet de réflexions que le récit d’un voyage, même si son constat sur le pays est juste et argumenté.

Ainsi à Notre-Dame de Lure, Sylvain rencontre un homme, ermite de longue date. Mais à son contact il constate que vivre à l’écart des grandes voies ne garantit ni le confort ni l’équilibre psychique mais permet d’échapper au pire, à savoir les coups de téléphone et la queue dans les magasins, c’est à dire la défaite du temps et de l’espace

Je le cite « : passages secrets, les chemins noirs dessinaient le souvenir de la France piétonne, le réseau d’un pays anciennement paysan. Ils n’appartenaient pas à cette géographie des « sentiers de randonnée ». Même à proximité d’une agglomération la carte livrait des issues : une levée de terrain, un talus discret, une venelle. Partout l’ombre avait des survivances. J’évitais la brûlure du goudron.»

« Toute longue marche à ses airs de salut. On se met en route, on avance en cherchant des perspectives dans les ronces, on évite un village. On trouve un abri pour la nuit. On se rembourse en rêve des tristesses du jour. On élit domicile dans la forêt. On s’endort bercé par les chevêches. On repart au matin, électrisé par la folie des hautes herbes. On croise des chevaux. On rencontre des paysans muets. La France rurale se tient dans les replis. Alors on rentre chez soi débarrassé de l’insecte qui vous mordait le cœur, lavé de toute peine, remis debout. On devrait toujours répondre à l’invitation des cartes, croire à leur promesse, traverser le pays et se tenir quelques minutes au bout du territoire pour clore les mauvais chapitres. »

Sylvain Tesson est né en 1972 et a deux sœurs journalistes. Géographe de formation, il part en expédition en 1991 en Islande, puis accomplit un tour du monde en vélo avec un ami. Il traverse à cheval les steppes d’Asie Centrale. Va à pied de la Sibérie en Inde. Tous ces voyages lui valent d’être membre d’honneur de l’Institut de recherche sur les expériences extraordinaires. Il est administrateur de la guilde européenne du raid et du Comité directeur de la Société des explorateurs français

11 a récolté de nombreux prix pour ses écrits dont le prix Médicis en 2011 pour « Dans les forêts de Sibérie », écrit dans une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal où il a séjourné pendant six mois en essayant d’être heureux.

J’avais lu « Berezina » une aventure passionnante racontant sa folle épopée avec cinq amis sur des vieilles motos side-cars russes. Ils ont refait le trajet des soldats de Napoléon de Moscou à Paris lors de la retraite de l’armée après la défaite dite de « de la Berezina » du nom du cours d’eau qui a englouti des milliers d’hommes. C’était pour Tesson et ses amis une vraie folie, en plein hiver, qui voulait faire un pied de nez à toutes ces autorités françaises férues de commémorations inutiles et non constructives à leurs yeux. J’avais trouvé que ce livre était fort. Celui-ci fait rêver de liberté, d’aventure, on sent la noisette sur les chemins noirs.

BALSIGER, Margarete

Pénitence /Philip Kerr

PénitencekerrAvant de reprendre avec un énorme succès la série Bernie Gunther qui a été écrite pour les 3 premiers de la série il y a 25 ans, Ph. Kerr écrivait dans les décennies 1990 et 2000 des romans policiers ou d’anticipation/science-fiction. Pénitence renoue avec ces 2 genres. Ça peut surprendre des lecteurs récents ne connaissant pas sa prolifique carrière littéraire qui a débuté en 1989. Gil Martins est un agent du FBI, sa famille écossaise a dû fuir Glasgow. Les Ecossais sont connus parait-il pour être capables de déferlement de violence et de fanatisme à l’occasion. Son père brillant chirurgien et professeur d’université était la cible de violentes attaques de fanatiques de football et de religion. Catholique, il avait remis sur pied un joueur protestant. Impardonnable. Bien qu’on l’ait accueilli lui et sa famille à bras ouverts à Boston, suite à cette expérience son père a abandonné la religion, mais pas Gil qui s’est même converti par amour au culte évangéliste pour épouser une riche texane. Depuis il vit et travaille à Houston. Sa femme déjà extrêmement croyante a viré christianiste (les anti-Darwin) et tous les deux fréquentent assidûment l’église de Lakewood, nid de dévots, alors que Gil en secret se pose de plus en plus de questions sur sa foi et sur l’existence de Dieu. Fuyant le fanatisme religieux Gil a épousé une fanatique. Au même moment un serial killer qui sévit dans la région est surnommé Saint Pierre par le FBI au vu de la mise en scène des crimes. Tout va basculer quand on attire son attention sur des suicides ou accidents bizarres qui ont eu lieu aux 4 coins des USA. Les personnes décédées toutes athées étaient d’ardents opposants aux religions, des militants actifs. Sa femme mise au courant de ses doutes le quitte avec leur enfant parce qu’elle ne peut pas supporter la vie avec un incroyant qui de surcroît s’implique pour sauver des athées et ses supérieurs au FBI doutent de ses hypothèses farfelues. Au moment où Gil est au plus bas quant à sa famille et à son travail l’Enfer s’abat sur lui. Dieu existe et Dieu N’EST PAS amour.

Quand j’ai eu fini le roman j’ai pensé « Mon dieu ! Pourvu que ce ne soit pas vrai ! ». La couverture du livre est d’ailleurs plutôt bien choisie, un peu apocalyptique. Les choses qui font vraiment peur ce sont celles qui laissent planer un doute, celles dont la réalité pourrait basculer pour un détail. Dans le même genre le roman d’aventure Amazonia de James Rollins m’a laissé un souvenir très fort. Ça commençait comme un roman d’aventure passionnant et ensuite ça basculait dans le fantastique mais toujours à la frontière du plausible, du possible, donc effrayant.

LISENS, Lisette

hasardcakeLe hasard a un goût de cake au chocolat / Valérie Cohen

Biographie

Valérie Cohen est née à Bruxelles e, 1968. Juriste de formation, en 2001 elle quitte le monde juridique où elle se sent à l’étroit.
Elle s’oriente vers le journalisme et le tourisme. Elle collabore à diverses rédactions et est l’auteur de guides touristiques pour famille, notamment « Le petit vadrouilleur ».

Dans ses romans, elle dissèque les sentiments humains de manière tendre et sans jugement. Elle sonde les ombres et leur donne vie en créant des personnages attachants.

Bibliographie

  • Monsieur a la migraine

  • Alice et l’homme-perle

  • Nos mémoires apprivoisées

  • Double vie d’un papillon

  • Le hasard a un goût de cake au chocolat

    Synopsis

L’histoire débute par la visite d’Adèle chez le notaire. Elle sait que ses jours sont comptés. Tante de cœur de Roxanne et Sophie, filles de Françoise la maniaque du chiffon. Françoise est avocate et est elle-même la fille de la meilleure amie d’Adèle, Silvana décédée il y a plusieurs années.

En plus de ses biens, Adèle veut leur léguer une nouvelle façon de voir la vie, sous un angle qui puisse leur faire trouver le bonheur.

Elle est aidée dans sa démarche par son aide-soignante qui leur tire régulièrement les cartes.

En réalité, c’est juste une façon de leur faire remarquer les coïncidences, les hasards de la vie.
Roxanne qui n’y croit pas voit ses certitudes vaciller lorsqu’elle découvre « par hasard » le portrait de son arrière-grand oncle sur un marché aux puces.

Dès ce moment commence un nouveau genre de jeu de piste.

Critique

Écriture pleine de tendresse et de poésie, ce livre traite du hasard et de la synchronicité.

C’est comme suivre un fil d’Ariane dans la vie. Chaque événement, aussi minime soit-il, en entraîne un autre.

Qui n’a jamais pensé « tiens, je n’ai plus eu de nouvelles de X… » et le lendemain, bing, un courrier ou un appel de X.

Hasard ? Synchronicité ?

Sur le fil ténu de la vie, on rencontre l’inconnu, l’imprévu, voire l’inattendu à des moments purement incongrus.

TIMMERMANS, Alain

Révolution / Sébastien GENDRON. – Albin Michel

RévolutiongendronVoilà un touche-à-tout ! D’un Bac en arts plastiques, il passe à une école de cinéma et enfin à la littérature, à trente-trois ans. Il devient écrivain de polars, mais aussi chroniqueur, auteur de romans pour la jeunesse, de feuilletons, de nouvelles, etc. Connu pour « Mort à Denise » (collection « Le Poulpe », 2010), il enchaîne roman policier sur roman policier avant de passer au roman tout court. « Révolution » est un roman hybride, à cheval sur deux genres.

J’ai lu aussi « Road Tripes » (2013) et « Quelque chose pour le week-end » (2011). On y sent bien la lente bascule du pur polar au roman, dont le récit est plus travaillé (flash-backs, retours sur les personnages, narrations en parallèle, etc.). Ceci dit, il existe un « style Gendron ». L’argot policier s’est transformé en d’étonnantes images (comparaisons) trivialo-poétiques. D’autre part, le fantastique se taille une place de plus en plus délirante dans les derniers livres (par exemple, réapparition d’animaux préhistoriques dans « Quelque chose… » !)

Voici le thème de « Révolution » : d’un côté, un homme dépassé, largué, broyé par le système. De l’autre, une femme volontaire prisonnière de petits boulots « merdiques » qui finit par se révolter et détruire au bulldozer la maison de son patron…Ils se rencontrent, font l’amour illico et mettent au point un projet fou : « Révolution ». Il s’agit de bloquer l’autoroute des vacances en se plantant au beau milieu avec un pistolet sur la tempe et en sommant les gogos en bermuda de se révolter. Sitôt dit, sitôt fait ! Le résultat ne sera sans doute pas celui qui était escompté mais provoque une belle pagaille.

Un vrai festival d’expressions hyper-imagées, de scènes cocasses et de surprises de style polar ! Une seule faiblesse dans le récit : une fois la situation en place, l’intrigue finit par piétiner un peu, en dépit des rebondissements. Comme si Gendron travaillait encore par images, en réalisateur de cinéma et peinait à bien les enchaîner. On ressent un plaisir sans réserve à partager ses délires incroyables mais ceux-ci se prolongent dans un certain invraisemblable (comme dans, déjà, « Quelque chose… » et « Road tripes »). ici, dans « Révolution » la fin est téléphonée et tient du tour de passe-passe par exemple. Il n’empêche, ne boudons pas notre plaisir ! Sébastien Gendron est à lire et comme les grands crus, prend du tonneau au fil des années…

Share on FacebookTweet about this on Twitter