BIBLIVORES Mars 2018

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BOSCHIAN, Norma

Le fil rouge qui relie les livres dont je vais parler est la volonté de rechercher la vérité.

C’est un véritable travail d’historien que les auteurs ont réalisé. A l’aide d’archives, de documents, de témoignages, ils se fondent dans les pas de leurs personnages et dévoilent petit à petit la vérité. Leur travail s’apparente à celui d’un détective.

Olivier GUIEZ, qui a reçu le Prix Renaudot pour ce livre, « La Disparition de Josef Mengele », nous retrace l’horrible personnalité de ce docteur nazi, ses recherches médicales atroces sur des jumeaux juifs, sur les prisonniers (hommes et femmes),… Les murs de son bureau étaient tapissés d’yeux humains épinglés comme des papillons !Résultat de recherche d'images pour "disparition josef mengele"

Ce scientifique est fait prisonnier par les Alliés mais parvient à s’enfuir et vit, sous une nouvelle identité, dans une ferme en Allemagne.

Il s’exfiltre en Argentine, grâce à une filière catholique et s’y enrichit ; puis, lorsque Peron décline, il s’exile en Colombie et au Paraguay. Même lorsqu’il rentre en Allemagne pour son divorce, il ne sera pas inquiété. Le Mossad va presque le démasquer, mais Israël coupe les finances. Les parents de Mengele, de riches industriels, lui envoie de l’argent, sans jamais être découverts. Les années passent, Mengele se sent de plus en plus traqué et « se suicide » en s’enfonçant dans l’océan.

Il est clair que de nombreux nazis ont coulé des jours heureux (protégés par les Américains où les Russes qui avaient besoin de scientifiques) et, avec l’aide d’une certaine partie de la curie catholique, n’ont pas été jugés pour leurs crimes, car protégés par les gouvernements des pays qui les abritaient.

Phillippe JAENADA, dans « la Serpe », décrit l’assassinat de trois personnes avec une serpe (d’où le titre) et la condamnation du seul survivant des lieux : Henri Rivière, que tout accuse (flambeur, noceur, provocateur, gauchiste,…alors qu’il vient d’une famille de Bourgeois).Résultat de recherche d'images pour "la serpe jaenada"

L’affaire est donc entendue, malgré les cris d’innocence du suspect.

Après quinze années de prison, il est libéré grâce au réexamen de son dossier et s’exile en Amérique du Sud.

Il réapparaît en France quelques années plus tard et publie un livre « Le Salaire de la peur ». il va connaître la notoriété sous le pseudonyme de Georges Arnaud et ne parlera qu’une fois de son passé.

L’auteur divise son livre en deux parties : 1) Les faits /2) l’analyse du dossier et dans cette dernière partie, il émet l’hypothèque de démontrer qui est le réel assassin ; ce qu’il fait avec brio. L’erreur judiciaire est démontrée mais Arnaud ne saura jamais qui est le véritable criminel.

BALSIGER, Margarete

3 livres qui racontent l’Amérique. 2 sont écrits par des Canadiens. 3 facettes de l’Amérique dont les thèmes sont récurrents dans la littérature et les films : la Guerre de Sécession et les bandes de hors-la-loi, les vagabonds et les voleurs qui sillonnent le pays, les concours de mini-miss et Hollywood. Les histoires et les époques sont totalement différentes mais il y a un lien : à un moment, pour 6 mois, un an, 20 ans ou la vie on quitte le monde civilisé et on prend la route. On devient un « hobo », un vagabond. Un des plus grands mythes américains.

Clifford Jackman La famille Winter.  A lire quand on est fan de western, C’est aussi bien un roman policier qu’un livre d’histoire.Résultat de recherche d'images pour "famille winter"

Ce roman commence pendant la Guerre de Sécession en 1864 et se termine en 1900. On assiste à la rencontre des futurs outlaws, soldats de l’Union (les Yankees), à la formation de leur bande de hors-la-loi sous la férule d’Augustus Winter, un jeune illuminé pétri de fausse religion, bande qui comptera dans ses périodes les plus fastes une quarantaine de membres. On est loin du gentil hors-la-loi à la John Wayne. Ici c’est à qui sera le plus psychopathe, le plus sadique, le plus bête, toutes les tares de l’humanité sont réunies dans cette fratrie infernale qui terrorisera aussi bien des territoires alors encore peu peuplés (sauf par les Indiens mais c’est une autre histoire) et souvent loin de la loi et de l’ordre (law and order) que des villes de l’Est. Dans ce roman où il n’y a pas de femmes, juste comme ça en passant, on assiste à la fin de la conquête de l’Ouest : petit à petit l’avancement de la civilisation et ses progrès techniques condamnent une époque à sa fin inéluctable. Les hors-la-loi ne trouvent tout simplement plus d’endroits sauvages (wild territory) où se cacher et des hommes tels les Pinkerton’s men les poursuivent au finish dans un monde où ils n’ont plus leur place.

Jack Black Personne ne gagneAutobiographie.

C’est l’autobiographie de Thomas Callaghan né en 1871 dans le Missouri dit Jack Black. Orphelin de mère à 10 ans, placé (heureusement) chez les soeurs, puis repris à 14 ans par son père qui part travailler au loin en l’abandonnant sans ressources – aujourd’hui ça paraît incroyable, mais à l’époque ça ne choquait personne, à 14 ans on quittait l’école et on était presque un homme -, Jack doit assumer son quotidien seul. Tout s’enchaîne, les petits boulots, les petits délits, les injustices, les brimades qui conduisent au ressentiment et à une criminalité plus organisée, tout ça avec un vagabondage à mille lieues du romanesque décrit par Jack Kerouac. Jack dont la rédemption arrivera grâce à un philantrope raconte sa vie d’errance et de souffrance sur les routes de l’Amérique au tournant des années 1900. Très loin de Jack Kerouac et de la Beat Generation au vagabondage auréolé de romantisme.

Douglas Coupland Miss Wyoming. 3 étoilesRésultat de recherche d'images pour "miss wyoming livre"

2 – beaux – paumés à Hollywood qui se rencontrent fortuitement et qui tombent amoureux au premier regard, le coup de foudre. John un producteur riche et talentueux, pour le moment sous tutelle après avoir pété les plombs au réveil d’un coma grippal et avoir cru voir un ange et trouver la rédemption en prenant la route, là c’est Kerouac idéalisé en plein. Hélas ç’a tourné court après quelques mois de désillusion de plus en plus durs avec une déroute totale à la clé. On est presque en 2000, les temps ont changé. Dès l’âge de 4 ans Susan a été traînée par sa mère à des concours de mini-miss pour atterrir à Hollywood comme vedette junior d’une série tv. Très mauvaise actrice, elle n’arrive pas à rebondir, sa mère lui a piqué ses cachets et elle en est réduite à des expédients pour survivre. A un moment aidée par le hasard elle disparaît pendant 1 an. John et Susan sont revenus à Hollywood mais sont toujours intérieurement à la dérive. Douglas Coupland n’est pas parait-il un écrivain dont la narration est le point fort, il est connu pour sa fine observation de la société. En l’espace de 3 jours, il nous raconte à l’aide de flashbacks une histoire qui m’a énormément plu. J’ai vraiment passé un bon moment et j’ai dû me retenir pour ne pas aller voir la fin.

HARDIQUEST, Valéry

SANS ELLE d’Amélie Antoine

J’ai découvert la plume de l’auteure voici un an au travers du roman « Fidèle au poste » publié chez Michel Lafon (et qui existe en livre de poche). J’avais apprécié l’intrigue et l’étonnant rebondissement offerts par ce récit, mais également le travail réalisé autour de la psychologie des personnages. Ce dernier point est également un atout majeur dans « Sans elle ».

sanselle

L’auteure Amélie Antoine nous fait intégrer cette famille complètement déstabilisée par les évènements. L’émoi qui agite la petite bourgade est grand, mais il n’est rien à côté de celui qui secoue les deux parents et cette petite fille de 6 ans qui a toujours eu sa sœur à ses côtés. Les questions se multiplient. La culpabilité et l’absence rongent peu à peu les membres de la famille. L’enquête piétine et les pistes sont légions. Les jours, les mois et les années s’écoulent durant lesquels cette situation dramatique devient pareille à un poison qui détruit lentement et subrepticement Patricia, Thierry et la jeune Coline, qui grandit tant bien que mal avec ce poids sur les épaules. Quelle en sera l’issue ? Comme indiqué sur la 4e de couverture « Il était une fois une histoire qui n’a rien d’un conte de fée. » J’avoue que j’ai été surpris !

À mes yeux, une des grandes réussites de ce roman, outre le fait d’être assez addictif, c’est qu’il parvient à nous immerger complètement dans les émotions des protagonistes, sans tomber dans le pathos ou dans les clichés répandus. On partage leurs questionnements, leurs doutes, leurs colères, leurs espoirs et l’on se prend quelques « claques » qui vous mettent une fameuse boule au ventre. Ce roman auto-édité, un choix assumé par l’auteure, possède une particularité, et non des moindres : il existe une autre version ! « Avec elle » écrit par Solène Barowski, développe l’histoire de cette famille au départ d’un même chapitre, dans lequel un détail infime change… Cet autre livre, je dois encore le découvrir. Le billet à lire sur le blog de Grégoire Delacourt concernant ce duo d’ouvrages devrait terminer de vous donner envie de vous les procurer.

DESGAIN, Bernadette

La Petite danseuse de quatorze ans, par Camille LAURENS

laurensLe peintre Edgar Degas était aussi sculpteur. Et sa « Petite danseuse » a fait parler d’elle dans le monde entier. Mais, que savons-nous de cet enfant, de ce petit rat de l’opéra de Paris qui avait comme second métier de poser pour les peintres ?

Camille Laurens s’explique : « parce que les meilleurs spécialistes de Degas fournissaient dans leurs ouvrages des indications contradictoires, des dates différentes, des versions divergeantes de tel ou tel épisode biographique prétendûment notoires, j’ai voulu être honnête avec cette vie minuscule, retrouver sa trace et même ressentir un écho de sa présence dans certains quotidiens de Paris ».

Cette enfant s’appelle Marie van Goethem (son père est belge). Degas est né en 1834 ; elle en 1865. Presqu’illettrée, elle est inscrite aux cours de danse comme beaucoup d’enfants pauvres de l’époque. Sa mère l’accompagne à sa première séance de pose et voit en Degas un homme célibataire, laid, qui ne séduit pas et fait peur. Son seul plaisir, dirait-on, était de voir et de peindre les jeunes filles en fleur. Mais Marie, il ne la peint pas. Il en fait d’abord des esquisses avant de fabriquer un mannequin de fil de fer qu’il couvre de cire. Cela prend beaucoup de temps. Degas voit de plus en plus mal et se permet de tâter le sujet pour que ses mains prennent le relais de ses yeux. D’abord il produit une statuette de la taille d’un quart de l’oeuvre finale (celle-ci mesurera un mètre de haut). Il la terminera en 1881 (année de la naissance de Picasso) en utilisant des cires de teintes différentes. Les cheveux, humains, sont achetés chez un perruquier ; il façonne le corsage sur mesure et les chaussons roses de danseuse sont véritables. Seul le tutu sera rajouté à la sculpture achevée dont l’original est aux Etats-Unis.

Difficile de savoir ce qu’est devenue Marie. Sa sœur aînée Antoinette était née en Belgique. La seconde est morte à l’âge de trois ans. Quand la troisième fille naît, les parents lui donnent le même prénom que la petite disparue. Elle est née le 7 juin 1865 au n° 8 de la Place Breda à Paris. Elle serait morte le 30 octobre 1908 ? Non… ! Cela c’est la date du décès de sa mère…Elle…Elle a disparu sans laisser aucune trace.

La statue de Marie fut exposée à Paris pour la première fois dans une cage de verre au Salon des Indépendants où elle offense presque le spectateur qui y voit une poupée plutôt qu’une œuvre d’art en sculpture. « Elle n’entre dans aucune catégorie. Elle est sans élégance, raffinée mais barbare, faite de salauderie populacière et de grâce »…Bref, cette œuvre impressionne…C’est d’ailleurs la première sculpture impressionniste. Degas en prend un soin jaloux avant de rééditer son modèle quelque fois seulement. Ses exemplaires ont voyagé partout dans le monde bien encore après la disparition de degas en 1917.

Les Bourgeois, d’Alice FERNAY

CVT_Les-bourgeois_3980Histoire d’une famille parisienne, bourgeoise, catholique de droite représentant à elle seule toute une époque et tout un milieu. Tout le monde a rencontré ou connu, par les souvenirs qu’évoquaient nos parents, ces temps révolus. De 1923 à nos jours, une famille nombreuse de 10 enfants défile au gré des personnalités, des mentalités et des trajectoires différentes.

Inséparable du contexte social et historique sur plusieurs décennies, cette saga sur la famille aisée évoque les valeurs éducatives et chrétiennes, la rigueur du bon ton où on doit savoir se tenir dans les grands jours, comme dans les drames familiaux et nationaux.

C’est avec délicatesse et respect qu’Alice Ferney dessine les destins individuels de cette fratrie, en écho à l’Histoire de France : mosaïque de souvenirs au fil du temps passé et présent. Réels ou inventés ? C’est tout le secret d’un roman. Celui-ci fouille les moindres détails de la vie quotidienne et analyse en profondeur les caractères de chacun. C’est aussi un éclairage sur les relations humaines : « parents-enfants ou beaux-enfants », « parents et personnel (les bonnes ou le chauffeur) », « aînés de la fratrie et leurs cadets », « les amis et les amis des amis triés sur le volet » , « parents et écoles »,…J’ai connu tout cela. Je l’ai vécu. Je reconnais tout et ne nie rien : c’était le temps de mon enfance…

Quelques extraits que j’ai trouvés savoureux sur le mariage :

« A l’époque, nul ne disait que l’amour était joyeux : peu d’épanchements, jamais de jurons, pas de roucoulements, pas d’effleurements. Mais de la tenue ! Les femmes ont répugné à secouer l’amour qui leur coupait les ailes. Elles ne savaient que se trouver en se donnant car tel était l’idéal de la mission transmise depuis des temps immémoriaux : se perdre toute entière dans un esclavage atavique. Il fallait écouter l’époux comme un oracle et soi-même, ne se piquer de rien. Leur silence passé devient si bruyant quand on y réfléchit ! »

« Ainsi Louise, en se mariant, était passée sans s’étonner et sans transition du monde plein d’interdits d’une femme-fille à celui plein d’obligations d’une épouse, puis d’une mère de famille nombreuse, sans qu’aucune pensée ne lui vint de ce qu’elle sacrifiaut : fini le chant, le piano, oublié les projets de travailler un jour.

Les tâches gratuites, subalternes et pesantes l’englotirent sa vie entière.

Son mari avait les mains dans une autre pâte : il s’exprimait pleinement dans les Assurances et voyageait dans le mond entier, impérial et inaccessible. On l’admirait. On le sollicitait en ignorant la solitude de son épouse, reléguée au second plan par des tâches subalternes.

Rien de plus conservateur et immobile que le mariage ! »

Ce sujet n’est évidemment pas le seul sujet du roman !

Alice Ferney s’appelle en réalité Cécile Brosselet et enseigne à l’Université d’Orléans. Elle a déjà publié sept romans dont certains ont reçu des prix. Née à Paris en 1961, elle a fait des études économiques, s’est mariée et a trois enfants. Ses livres s’orientent surtout vers la féminité, la maternité, le sentiment amoureux.

Une dernière citation : « On n’imagine jamais assez loin à quel point on est seul à vivre sa vie ».

POUCET, Chantal

CVT_Le-jour-ou-je-me-suis-aime-pour-de-vrai_8317Le jour où je me suis aimé pour de vrai, par Serge MARQUIS

Spécialiste de la santé mentale au travail au Québec, le Dr Serge Marquis donne plus de 150 conférences par an dans le monde. Il a créé sa propre entreprise de consultation, T.O.R.T.U.E. (Organisation pour réduire les tensions et l’usure dans les entreprises).

Il est l’auteur du grand succès « On est foutu on pense trop », la méthode pour se libérer de Pensouillard le Hamster !

Dans ce roman-ci, car il s’agit d’un roman, on découvre une extraodinaire leçon de vie, profonde et lumineuse, dont je suis sortie touchée et réellement interpellée par cet éclairage subtil sur ce fameux ego qui nous mène parfois la vie dure sans que nous ne nous en rendions compte !

C’est une tranche de vie de quatre personnages principaux :

Maryse, une éminente neuropédiatre, brillante, belle, intelligente mais très narcissique n’acceptant pas les remises en question et croit toujours avoir raison ;

Elle a un fils, Charlot, un enfant singulier, doué d’une étrange perspicacité, de bon sens, d’une sorte de sagesse qui émerveille sa mère et l’agace également ! Ce fils la désarme et la pousse à considérer des questions philosophiques : quel sens donner à sa vie ? ;

Un ami psychologue lui voue un doux amour qu’elle a peur de recevoir, peur de s’y perdre…Pourtant, elle le consulte souvent ! ;

Une autre personne, une amie qui lui est très chère entre aussi en scène. Elle s’est éloignée du monde stressant et vit à la campagne en élevant des chèvres !

Toutes ces interactions avec ces personnes si importantes dans sa vie, lui font peu à peu prendre conscience : quel sens donner à sa vie ? Où se cache l’amour lorsqu’on fait face à l’intimidation, la bêtise, la peur de l’autre ?

Et cela nous amène à se demander qu’est-ce que l’égo, cette chose dont tout le monde semble souffrir ?

Avec un fameux courage et une merveilleuse sensibilité hors du commun, Charlot va faire comprendre à sa mère et à beaucoup d’autres qu’en se dépouillant de ses certitudes, en cessant de se regarder le nombril, on peut accéder à la vraie joie, celle du lâcher-prise et de l’intelligence du coeur et surtout, à s’aimer pour de vrai !

Eric ALBERT

Simplissime : le livre de cuisine le plus facile du monde / J.-F. Mallet. – Hachette pratique 2017

9782013963657-TSi on m’avait dit qu’un jour, je présenterais aux Biblivores un livre de cuisine – moi qui ai réussi à faire brûler des pâtes dans leur marmite d’eau – je ne l’aurais pas cru.

Et pourtant…Le livre porte admirablement bien son nom : Simplissime. Il présente une centaine de recettes, de l’entrée au dessert, expliquée de façon limpide, ultra-simple et compréhensible, même pour le plus novice des novices. C’est un peu un livre de la catégorie « Pour les nuls » mais pour les vraiments nuls !

Avec quelques ingrédients, deux trois conseils pratiques et de belles illustrations, l’auteur parvient à donner envie à quiconque de se mettre derrière les fourneaux.

Et la plupart des plats ont de la gueule ! Certains ont même cette patine de raffinement attendu des concoctions gastronomiques.

Fort de son succès en librairie, le livre se décline aujourd’hui en une poignée de titres : du dîner chic au dessert le plus facile, de la cuisine végétarienne aux cocktails, le label « Simplissime » est un filon quasi inépuisable. Il existe même des versions abrégées et de format plus petit, davantage accessibles aux petites bourses. Et, tout récemment, selon le même principe, a paru un livre sur la…couture.

Qui sait, un Simplissime sur la mécanique automobile parviendra-t-il à m’inciter à plonger les doigts dans le cambouis.

Pari tenu ?

Couleurs de l’incendie / Pierre Lemaître. – Albin Michel, 2018

CVT_Couleurs-de-lincendie_5803Goncourt en 2013 avec « Au revoir là-haut », Pierre Lemaître nous propose une suite à son prestigieux roman. Une suite qu’il est tout-à-fait possible de lire séparément car si la trame temporelle suit directement l’époque d’ « Au revoir là-haut » et que quelques personnages récurrents y figurent, le lecteur ne souffrira d’aucun effet de manque ou d’incompréhension. Lemaître a choisi de transformer des personnages secondaires du premier tome de sa saga en figures centrales. Fort habilement, cela lui permet de leur bâtir un passé et une destinée originaux et ainsi d’explorer de nouveaux chemins narratifs.

Ici donc, c’est Madeleine Péricourt, ex-femme d’Aulnay-Pradelle, qui occupe une place de choix dans l’histoire. Celle-ci débute lorsque Paul, son fils unique, se défenestre lors de l’enterrement de son grand-père, Marcel. Geste incompréhensible qui laisse l’enfant paraplégique et le cloue dans une chaise roulante. Désormais héritière de l’Empire Péricourt mais peu au fait des arcanes de la finance, Madeleine laisse à un certain Joubert le soin d’administrer ses biens. Elle a déjà fort à faire avec Paul qui retrouve cependant une certaine joie de vivre grâce à une nounou polonaise et au répertoire lyrique d’une chanteuse italienne d’opéra. Il se fixe l’objectif de la rencontrer. Dans l’ombre, le cupide Joubert manœuvre pour précipiter la chute de la banque Péricourt et s’assurer une fortune personnelle. Léonce, la bonne de Madeleine, n’est d’ailleurs pas étrangère à la cabale.

Désespérée, Madeleine doit vendre sa maison et vivre modestement. Elle alimente le désir de se venger de ceux qui ont abusé de sa confiance.

Lemaître, c’est un peu le nouveau Zola. Il écrit de manière simple et visuelle, campe des personnages directement attachants – même dans leur fourberie – truffe son intrigue de moments forts, fédérateurs tout en ménageant quelques respirations faites d’humour et de critique sociale. Bref, en deux pages, il dote son lecteur d’un appétit féroce de dévorer toute entière la brique (près de 600 pages!). L’horreur de la guerre des tranchées n’est plus, mais une autre atrocité, plus insidieuse et perverse guette les protagonistes d’un récit qui illustre avec brio la situation économique, financière et historique d’une France ballottée entre les promesses déchues du passé et les projections peu engageantes d’un futur aléatoire, dans le ciel duquel se profile déjà les nuages du nazisme voisin.

On regrettera à peine les explications économiques quelque peu brumeuses pour le néophyte mais cela n’empêchera pas de parcourir le roman avec ravissement, impatience et ce sentiment de participer à la découverte d’un nouveau chef-d’oeuvre.

A recommander, toutes affaires cessantes !

Un troisième (et dernier?) tome est d’ores et déjà en cours de rédaction. Il devrait nous emmener jusqu’aux prémisses de la deuxième Guerre mondiale.

On salive déjà !

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