BIBLIVORES Séance de janvier

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LES BIBLIVORES

SEANCE DU 21 JANVIER 2017

FELS, Jean

Eudoxie ou La clef des champs / Hubert Monteilhet

Eudoxie1)L’auteur : Hubert Monteilhet né en 1928 ! à Paris 16cmc !

A écrit des romans policiers, des romans dans un cadre historique…ici. la période 1 788-1815 en France

2)Le fond : Pendant la période révolutionnaire, en France, la comtesse de Launais née Eudoxie de Caussenac est amenée à correspondre avec sa tille naturelle Gisèle. Celle-ci vient d’épouser Jacques Cadouin (frère de lait d »Eudoxie !! et planteur de cannes à sucre en Martinique) sur les recommandations chaleureuses de sa mère qui y trouve ainsi le moyen de « caser » sa tille et sans doute de l’éloigner définitivement. Rapidement, suite à un soulèvement des esclaves de la plantation. Jacques est assassiné laissant Gisèle « à peu près vierge ! ». Gisèle, affolée, demande à sa mère de l’instruire sur les « choses du sexe ». Celle-ci, par ailleurs bien informée de la vie de femme et ayant acquis une grande expérience suite à ses multiples aventures, se fait un devoir de correspondre avec sa fille, de raconter son histoire et de lui fournir tous les conseils utiles ! C’est l’objet du roman.

3)la forme :

Monteilheit est dans la lignée des romanciers libertins du XVIllème siècle :Personnages totalement amoraux.

plume incisive, élégante, licencieuse. Une liberté de ton, un humour mordant/

L’écriture est très élégante et superbement démodée !

 

BALSIGER, Margarete

J’ai profité de cette période un peu particulière des fêtes de Noël et Nouvel An pour lire des livres soit « valeur sûre » soit « conseillé par mes condisciples » ou dont j’avais lu des critiques récemment. Beaucoup m’ont plu. Les voici.

« Palm Beach » de Pierre Rey. je ne me souviens pas d’un Pierre Rey décevant. Dans celui-ci datant de 1979 2 comptables d’une grande société new-yorkaise, licenciés injustement, profitent d’une erreur dans le versement des indemnités de licenciement de l’un d’eux pour ourdir une vengeance. La rage leur donne des ailes, c’est-à-dire témérité et machiavélisme et en quelques jours de folie à Cannes où jet-set et millionnaires, industriels et prince saoudien, demi-mondaines cohabitent, leur monde va basculer.

« L’ours est un écrivain comme les autres » de William Kotzwinkle. Par moment j’ai ri toute seule dans mon sofa, tout en me disant « mon dieu mais quelle horreur si c’était vrai ». Je ne me risquerai pas à faire une critique après celle d’Eric. Cette satire est excellente. C’est une histoire très féroce, mais l’ours – et ses angoisses existentielles – m’a attendri.

infames« Les infâmes » de Jax Miller, un pseudonyme, conseillé par Alain qui sait que j’aime les romans noirs américains. Excellente histoire, un road movie expiatoire d’une survivante, une course contre la montre à travers les USA pour solder 20 années de souffrance, roman écrit par une jeune femme avec un passé. Ecriture codée. Sans aller voir sur internet après l’avoir lu. j’aurais manqué certains indices. La face sordide des USA et des désaxés qui y vivent. La fin était totalement inattendue. Là encore je ne vais pas me risquer à concurrencer Alain en faisant une analyse de ce roman.

Je continue la série du Disque-monde de Terry Pratchett, l’un des maîtres incontestés de fantasy, série beaucoup plus sérieuse qu’une lecture superficielle le laisserait penser. A essayer avec un esprit ouvert.

Et j’avance dans la série Longmire de Craig Johnson, autre écrivain reconnu et encensé dans un autre genre : le western actuel. Son héros Walter Longmire est sheriff au Wyoming. Grands espaces sauvages, petite ville de l’Ouest, blancs et Cheyennes du nord, outlaws des années 2000.

« Cartel de Don Winslow ». Cette suite est plus un docu-fiction 10 ans après « La griffe du chien », roman magistral pour comprendre le trafic de drogue en Amérique et la dégringolade d’un continent. l’Amérique du Sud et l’Amérique Centrale, dans la violence et l’anarchie. Si le 1er roman mêlait faits et personnages existants à une fiction bien romancée, celui-ci fait sèchement l’état des lieux de l’anéantissement d’une société et d’un peuple. Les cartels mexicains qui ont des ramifications jusque chez nous pourraient donner des leçons à Daech. Et on en parle peu.

John C. Parkin « Rien à foutre ». L’ultime voie spirituelle (L’ultime voie pour s’enrichir). Livre vulgaire, vide, c’est du remplissage piqué à gauche et à droite. Opportuniste et malin, exploite un filon éculé niais toujours rentable, je suis allée voir son site, pas donnée la semaine de retraite en Italie. Vaste fumisterie pour bobos crédules. Un gourou parmi d’autres (voir un Canadien qui fait pareil, Daniel Sévigny).

 

DESGAIN, Bernadette

« Patients » par Grand Corps Malade

PatientsFabien Marsaud, dit Grand Corps Malade, est né en 1977 dans la Seine St Denis. Il a 18 ans et rêve de devenir professeur de sport. Chahutant l’été chez des amis, il plonge dans leur piscine et heurte le fond de la tête. Sorti inconscient de l’eau et emmené en ambulance dans l’hôpital le plus proche, il y restera des semaines en réanimation, les médecins ayant diagnostiqué une probable paraplégie.

Quand il va mieux, on le transporte dans un Centre de Rééducation qui regroupe des paraplégiques, des tétraplégiques, des hémiplégiques, des amputés, des traumatisés crâniens, des grands brûlés… À chaque étage une spécialisation.

Deux ans d’une vie de combats, avec des progrès qui avancent au millimètre près pour enfin pouvoir sortir, debout, avec l’aide de béquilles, lui dont les parents s’étaient entendu dire le jour de l’accident que leur fils ne marcherait plus jamais.

C’est cette vie dans le Centre que Fabien se met à écrire : les amis qu’il se fait, les médecins qui l’auscultent, les kinés qui le chouchoutent ou le martyrisent, les infirmiers taiseux ou bavards comme des pies, parfois une petite infirmière sympa… Il aime écrire, il aime la musique qu’il écoute tout le temps…il rencontre des amis américains, et canadiens

Qui lui parlent du Slam, cette poésie dite, ces phrases assénées, peu accompagnées de musique, celle des mots suffit. Il forme un groupe avec quelques uns et en 2006, il sort son premier album « Midi 20 ». Par lui, les français découvrent, cette discipline née à Chicago dans les années 1980 mais qui ne semble ne s’être développée en France qu’après 1998.

Il crée aussi le « Cercle des Poètes sans Intru » formé de 7 slameurs pour décliner partout leur poésie. En 2007 Grand Corps Malade remporte 2 Victoires de la Musique.

En 2012 seulement sort son livre « Patients »

Et en mars 2017 , on y est bientôt, sortira son film, tiré de son livre, dont il est le scénariste. Ee Figaro en dit déjà grand bien et je me réjouis d’aller le voir bien que le nom des acteurs me soit inconnu.

« Sixième sens » est un poème en Slam, magnifique ! On peut en écouter d’autres sur Internet, ce que je n’ai pas manqué de faire évidemment.

 

HARDIQUEST, Valéry


quelqu'un trembler«
Quelqu’un pour qui trembler » Gilles Legardinier.

Une nouvelle fois, j’ai pris plaisir à me plonger dans un roman de Gilles Legardinier. Il s’agit du dernier proposé chex Meuve avant que l’auteur ne rejoigne Flammarion pour retrouver ses premières amours avec un récit plutôt axé thriller-aventure-humour.

Pour ce qui concerne « Quelqu’un pour qui trembler », je ne sais si l’on peut officiellement le classer dans la catégorie des « Tell Ciood Books » – ces livres qui font du bien – mais, en tout cas, c’est l’effet qu’il m’a offert. De l’humour à différents degrés omniprésent (avec ce ton décalé qui est une des marques de fabrique de l’auteur), de l’espoir avec l’image d’une société volontairement un brin idéalisée (même si des réalités tristes ou dures ne sont pas pour autant ignorées), pas mal de belles émotions et une humanité sincère furent à nouveau au rendex-vous. Un roman qui, une fois de plus, donne envie d’aimer les gens.

Thomas, médecin dans l’humanitaire depuis près de décennies, apprend par un ami indien qu’il a une fille de 20 ans vivant en France dénommée Fmma. Lui qui n’a pas de famille à part une sœur qu’il ne voit plus ainsi que quelques habitants du village où il s’est installé en Inde, devenus par l’expérience de la vie des proches auxquels il tient, est sous le choc. Ses certitudes quant à la vie dont il voulait vacillent. Il décide de regagner TFurope et tenter de découvrir cette enfant. Il n’a rien fait pour elle, alors est-il possible d’être un père quand on arrive si tard ? Comment vit-on dans un monde dont on ne connaît plus les codes ? Pour approcher celle qui est désormais une jeune femme et dont il ne sait rien, secrètement, maladroitement, Thomas va devoir tout apprendre, avec l’aide d’une fameuse bande de complices que le destin va mettre sur sa route. Fin effet, il accepte un poste de responsable dans une petite maison de repos voisine de la ville où réside Emma. Il va y faire la connaissance de cinq pensionnaires plus étonnants les uns que les autres, d’une infirmière très impliquée dans son rôle et son fils, d’un voisin inattendu toujours accompagné de son chien et même d’un chat et ses petits. Toutes ces personnes d’abord méfiantes, vont ouvrir leur cœur en constatant la grande humanité du médecin. A leurs côtés ‘Thomas va partager de fameuses émotions au travers d’aventures loufoques, touchantes ou exaltantes. Le tout nous ofire une histoire des plus réjouissantes. Oui, il y a des happy-ends à la clé mais peut-être pas ceux que vous imagine.

 

LISENS, Lisette

Le sculpteur d’ Âmes par Raphaël Cardetti

Biographie

SculpteurRaphaël Cardetti est né en 1973 à Trento (Italie) où il a grandi. Il possède la double nationalité Italienne-Française.
Spécialiste de la Renaissance florentine (Quattrocento – XIV ème siècle) où on retrouve en peinture des noms comme Masaccio – Ucello – Lippi – Venziano – Botticelli …, en sculpture : Donatello – Michel-Ange …

Il vit à Paris et enseigne la littérature italienne à l’université.

Bibliographie

Les larmes de Machiavel 2003

Du plomb dans les veines 2005

L’empreinte sanglante 2009

Le paradoxe de Vasalis 2009

Le sculpteur d’ Âmes 2010

Ma plus belle histoire d’amour 2011

Synopsis

L’histoire débute par la vente d’une œuvre de Chagall qui s’avère être un faux. C’est Elias Stern, mythique collectionneur qui a créé une fondation portant son nom mais assez mystérieuse, qui a emporté la mise aux enchères.

Il sait parfaitement que la toile a été réalisée par un faussaire, vu qu’il possède l’original reçu en cadeau de Chagall lui-même.

Il se doute que le Conservateur est de connivence.

De retour à la Fondation, il demande à Valentine Savi, restauratrice qu’il a engagée lorsqu’elle a été virée du Louvre, de l’expertiser.

Il avertit le Conservateur qu’il ne payera pas la toile. Il l’a juste retirée du circuit.

Il décide de mettre tout en œuvre pour trouver le faussaire car trop de copies circulent dans les musées ou les collections privées.

Il lance Valentine sur sa piste, tout en faisant appel à ses relations à travers le monde et pas seulement au niveau de l’Art.

Entre temps, la meilleure amie de Valentine, Judith, dont le mari a disparu depuis 9 ans en Tchétchénie, pense avoir retrouvé le corps de son mari en visitant une exposition.

En effet, un nouveau type d’exhibition a lieu à Paris : « Ars Mortis » ou « L’ Art de la mort ».

Il s’agit de corps dont on a retiré la peau, ou les muscles, même le squelette… ne gardant apparents que les systèmes veineux et artériels.

C’est un certain Ono Takeshi qui a trouvé le moyen de conserver les cadavres frais en polymérisant les tissus, ce qui leur conserve une certaine souplesse et permet de les mettre dans diverses positions.

Valentine est tiraillée entre son devoir envers la Fondation et l’envie d’aider son amie.

Il faudra la disparition de Julie pour qu’elle parle à Elias de ses appréhensions pour son amie. Elle sent que celle-ci est liée à l’ événementiel « Ars Mortis ».

Quelles sont les relations , si elles existent, entre les deux affaires ?

Critique

Il s’agit d’un thriller d’un genre nouveau. L’auteur mélange allègrement le suspense, l’aventure et l’ Histoire mêlée à la modernité.
Il y est évidemment question d’art, ce qui peut dérouter certains, surtout lorsqu’on en découvre les côtés sombres et mercantiles.

Attirée par le titre et le 4ème de couverture, je me suis lancée dans l’aventure.

Je me suis parfois essoufflée par des longueurs inutiles alors qu’à d’autres moments, j’aurais aimé que l’auteur développe un peu plus ses idées.

On ressent une certaine frustration.

Je m’attendais à un véritable feu d’artifice mais on termine presque sur un pétard mouillé.
A lire par curiosité mais je serais tentée de lire son premier titre dans le genre à savoir « Le paradoxe de Vasalis » qui semble avoir reçu de meilleures critiques des lecteurs.

QUINET LE DOCTE, Michèle

chansonChanson douce / Leila Slimani. – Gallimard

Doucement, avec un malaise subtilement distillé par l’auteure, je rentre dans cette histoire quiva me faire peur !

Car cela pourrait être la mienne : des enfants, du travail,…une baby-sitter qui m’enlève ma culpabilité de femme au travail avec des enfants « abandonnés » ! Coupable !

C’est un suspens avec un style parfois tranchant mais agréable, fluide. Bien qu’ayant donné dès les premières pages, la « presque » fin de l’histoire criminelle, Leila Slimani arrive à nous entraîner, à nous surprendre : c’est un « faux thriller », c’est en fait un drame quotidien, c’est la détresse d’une femme seule qui se « cogne » au monde d’une famille « presque parfaite » ! Cette dernière a tout – et elle n’a rien, ou si peu !

Tel un parasite, notre baby-sitter vient envahir cette famille qui devient « sa » famille : elle ne peut plus, ne pourra plus vivre sans elle. Elle les phagocyte, lentement…

Il lui faut trouver un moyen pour con tinuer à faire partie de la famille : le crime s’impose pour survivre…pour être, tout simplement !

L’horreur, le drame nous envahit comme une « chanson douce », que l’on répète à l’infini, qui endort notre vigilance et permet à l’horreur de nous surprendre.

J’ai aimé lire Leila, j’attends dès à présent son prochain roman.

14 mois : les mots d’une maman à sa fille / Carine Russo

14 moisLorsque j’ai entendu, à la radio, dans une émission littéraire, Carine Russo expliquer la genèse de son livre, j’ai eu tout de suite envie de le lire !

Et pourtant cette histoire qui a focalisé, en Belgique, un rassemblement de 300.000 indignés et « compagnons » de détresse des familles des enfants par des prédateurs, m’était bien connue.

Elle avait envahi ma vie de mère de famille aux aguets depuis ce drame !

Par petites touches, petits mots d’amour maternel, Carine (on n’a pas envie de dire l’auteure car c’est un peu une amie, un membre de notre famille qui nous livre ses pensées, son coeur de mère) nous raconte l’histoire. Son histoire.

Ces billets qu’elle dépose tous les jours dans la chambre de Mélissa et qui sont la trame de ce livre nous conduisent dans l’intime de ce qu’elle a vécu, de ce qu’elle a partagé avec les parents de Julie, avec ses proches. Ce n’est pas larmoyant (et cela aurait pu l’être sans nous choquer), ce n’est pas répétitif, c’est tout simplement vrai !

On lit et on a envie d’être à côté d’elle…d’être son amie et de lui dire qu’on la comprend.

C’est une chronique, un journal de bord, non, c’est plus que cela, c’est l’histoire d’une vie que les événements ont fait plier mais qui ne s’est pas rompue !

TIMMERMANS, Alain

Sacrée semaineLa Sacrée semaine qui changea la face du monde / Marc Augé. – Odile Jacob

Marc Augé est un ethnologue et un anthropologue de 81 ans aujourd’hui, ayant occupé de hauts postes dans les institutions françaises. Il a plus de quarante ouvrages à son actif, sans compter ses « productions distanciées » (en littérature, architecture, cinéma, photographie et peinture). Sans doute las d’avoir été sérieux si longtemps, il publie dernièrement cette « facétie-fiction » au point de départ improbable, mais qui a des aboutissements dépassant de loin la galéjade littéraire.

Le jour de Pâques 2018, Place Saint-Pierre à Rome. Le Pape s’avance pour donner sa bénédiction « Urbi et Orbi ». Bouleversé, il lance : « Dio non esiste » et la foule embraye « Non, non, Dieu n’est pas mort ! » ; ce à quoi le pape répond « Il n ‘est pas mort…car il n’a jamais existé ! » Sa voix est forte, assurée et il ne paraît aucunement délirer. Déjà, toutes les chaînes de télévision se sont emparées de l’incroyable propos et le buzz tourne au délire…Où va Marc Augé avec ce début invraisemblable, un peu à l’américaine où le fantastique est admis d’office comme ordinaire ? C’est simple et percutant à la fois : il analyse rigoureusement les faits et toutes leurs conséquences, en les bon anthropologue culturel. Donc, après une période chaotique de troubles et de confrontations – parfois sanglantes – deux clans s’affrontent : les religieux velléitaires et les laïcs triomphants. Les islamistes proclament la fin de l’Occident et accusent le Pape de sacrilège. Les évangélistes voient leur heure venue. Cependant, peu à peu, une idée progresse : on peut vivre sans Dieu ! Le Dalaï-Lama refuse d’encore se réincarner. Un mouvement qui s’intitule « Librement » proclame tous les hommes « frères en humanité… »

Voici une fable qui nous a fait sourire mais dont le message est fort, imparable. Derrière Dieu se cachait un idéal de perfection ! Il fallait oser et Marc Augé le fait, avec un humour quasi scientifique, dans un style reportage-fiction qui emporte notre adhésion. Car l’humour est ici plus percutant que les longues démonstrations…Je ne puis m’empêcher de penser à la chanson de Voulzy/Souchon, « Et si en plus, il n’y a personne » : Et si le Ciel était vide ?

Comme une respiration / Jean Teulé. – Julliard

respirationVenu de la BD (L’Echo des Savanes, Glénat puis Casterman), Jean Teulé se tourne vers le roman en 1990 (Julliard). Il s’inscrit dans l’école française du « True Crime », genre policier où l’on narre des affaires criminelles vécues. Il cite volontiers ses modèles : Norman mailer (« Le Chant du bourrreau ») ou Truman Capote (« De sang froid »). Après douze titres, il ressent la nécessité de se renouveler…D’où ce roman, constitué de courtes nouvelles, d’un tout autre genre.

« Marre d’écrire des histoires qui toujours finissent mal, dans un monde qui va de plus en plus mal ! J’ai soudain été pris du désir du « happy end », au point d’y consacrer tout un ouvrage » (Interview radio, janvier 2017). Et de fait, tous les récits – ne comptant chacun que quelques pages – finissent bien. Plus précisément, ils tendent à finir mal, la catastrophe est évitée de justesse et la fin tourne bien…L’intérêt réside dans le style, restant très policier, dans la concision et dans les petits inserts (photos retravaillées par l’auteur). Donc, « Respirez à fond » ! Et laissez-vous emporter par la fantaisie malicieuse et cruelle de Jean Teulé qui dit l’extraordinaire de destins ordinaires » (Quatrième de couverture).

Chaque mini-récit fait penser à ces courtes séquences vidéo, prises par téléphone portable ou appareil photo ! On aime l’humour sous-jacent, une sorte de tendresse de l’auteur pour ses personnages, les retournements de situation. C’est « la bascule » et la mnière dont elle est amenée dans chaque récit qui suscite l’attention. Cependant, le procédé stylistique a le défaut de ses qualités : on finit par attendre la soudaine inversion des pôles à chaque coup ! D’où l’impression d’un certain systématisme lorsqu’on referme le livre…

ALBERT, Eric

Le Charme discret de l’intestin / Giulia Enders. – Actes Sud, 2015

intestinJe vous le dis tout net : on fait tous mal caca ! Plutôt que de nous affaler vers l’avant – un livre dans les mains bien entendu – et de pousser comme un(e) forcené(e)– je connais quelqu’un (paix à son âme) qui s’est déchiré un vaisseau sanguin au cerveau sur le pot !- redressons-nous, les épaules vers l’arrière et surélevons les jambes (en les posant sur un passet prévu à cet effet – voire en plaçant vos pieds en pointes de danseuse…) : ainsi, la voie est beaucoup plus directe entre la fin de l’intestin, le rectum et l’anus. Un petit coup d’abdominaux et hop, l’affaire est dans le sac…ou dans la cuvette !

Drôle de façon de commencer la critique d’un livre ! Mais ce conseil y côtoie d’autres tout aussi précieux.

Giulia Enders est une jeune étudiante en médecine de 24 ans. Elle s’est trouvée une fascination pour l’appareil digestif humain tant son anatomie, sa spécificité et sa méconnaissance lui a fait entrevoir un monde jusqu’alors insoupçonné.

L’intestin (grêle et gros) possède autant de neurones que le cerveau. Ce qui fait dire à d’aucuns que l’intestin est un deuxième cerveau, capable d’influer sur nos comportements, nos humeurs, nos inclinations tout comme sur l’ensemble de nos autres organes. A la lecture de cet ouvrage jouissif, plein d’humour mais également de bon sens et de vérités jusqu’ici cachées, on en vient à considérer l’intestin comme le premier cerveau de l’être humain, l’organe qui régule tout, qui perpétue la vie en distribuant l’énergie, qui façonne notre physionomie. Le nerf vague qui relie l’intestin au cerveau en serait la courroie de transmission La tête et le cerveau qu’elle contient ne seraient alors que des excroissances permettant la connexion avec l’extérieur par les cinq sens.. Nous ne serions alors que des organismes programmés pour digérer – c’est à dire pour transformer – les matières que nous ingérons. Au nom d’un dessein universel inaccessible. Partant de ce postulat révolutionnaire, il est cependant aisé de le transposer à toutes les espèces vivantes, animales comme végétales (photosynthèse). Le reste ne serait qu’illusion et orgueil…

Bref, « le charme discret de l’intestin » invite à une lecture décomplexée, intelligente et imprime en nous le désir de prendre beaucoup plus soin de nos entrailles. L’auteur décrit dans une première partie le trajet que fait la nourriture depuis la bouche (et même avant, depuis ses odeurs qui nous titillent les narines) jusqu’à la solution finale (autrement dit la défécation). Puis, nous sommes invités à prendre connaissance du rôle des bactéries intestines, de leurs pouvoirs fabuleux comme de leur dangerosité : ainsi si Helicobacter peut s’avérer salvatrice pour le taux d’acidité de l’estomac, les toxoplasmes – héritées du chat le plus souvent – peuvent amener l’être humain à disjoncter totalement, lui insufflant un sentiment de toute puissance et le rendant plus que tolérant à la douleur. Un rien plus scientifique et théorique, cette partie induit une lecture plus lente, moins empathique mais toujours diablement instructive.

Enders livre également quelques conseils quant à l’utilisation des probiotiques, qui servent à régénérer la flore intestinale (s’agissant de bactéries, on devrait plutôt parler de faune intestinale), et prodigue de précieux sésames tout simples pour garantir une digestion des plus douces.

Agrémenté de dessins minimalistes dus à la sœur de l’auteur, cet ouvrage est rapidement devenu une madeleine pour moi. Je le conseille à tous ! Il existe sur internet de nombreuses videos où on peut voir toute la sympathie qui se dégage de la personne de Giulia Enders (son manque d’assurance lors de la présentation de son étude au cours d’une conférence est touchant et la sincérité avec laquelle elle avoue s’être débarrassée du sentiment de culpabilité de « devoir y aller », où qu’elle soit), ce qui donne une idée du ton et du côté « sans prise de tête » d’un ouvrage vendu à plus d’un million d’exemplaires en Allemagne.

Sapiens : une brève histoire de l’humanité / Yuval Noah Harari. – Albin Michel, 2015

SapiensIl n’y a rien de plus rassurant que de lire un livre qui vous conforte dans vos idées, opinions et certitudes.

C’est, en effet, le meilleur moyen de se construire des oeillères.

Yuval Noah Harari procède finement pour nous amener à revoir nos préjugés et connaissances sur l’histoire de l’humanité.

D’entrée, il résume la création du monde à une simple application de physique, de chimie et de biologie. Passant plus ou moins rapidement sur les premiers temps, il en vient à parler de nos ancêtres à tous, les Australopithèques, les homo erectus, les homo habilis et explique de façon limpide la difficile cohabitation entre les néanderthaliens et les cro-magnons. Il se montre prudent quand il s’agit de déterminer la race dominante qui finira par faire disparaître l’autre et, en comparant la vie des hommes chasseurs-cueilleurs avec les premiers sédentaires, il démontre que le néolithique n’a pas été une véritable amélioration des conditions de vie : l’homme attaché à la terre et au bétail s’astreint à un travail continu de culture, de préservation et d’entretien. Certes cela fut le point de départ du commerce, de la différenciation des compétences, de l’économie, de la politique etc mais cela permit surtout à l’espèce humaine de répondre à son besoin biologique premier : reproduire son ADN, augmenter sa population.

Suite à la création des premières villes, des regroupements sous remparts, l’écriture va, au départ, servir exclusivement à rendre compte de l’état de réserves céréalières : elle était plus un outil mathématique. Il faudra les premiers littérateurs pour exprimer les merveilles conférées à la vue, puis pour créer de toutes pièces les « réalités imaginaires » qui eurent pour résultat de fédérer des populations sous un ensemble de mêmes croyances (animistes, religieuses, nationalistes, citoyennes) – l’auteur cite volontiers la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen en tant que « réalité imaginaire » actuelle -.

Au niveau de la religion, l’auteur indique que le polythéisme préside à l’existence des religions du livre : en effet, Dieu a beau être tout puissant, il n’en est pas moins opposé au Diable, au moins aussi omnipotent ; et que penser des anges, des Saints, des Djinns et autres adjuvants du Créateur qui possèdent chacun un champ d’action précis. Encore aujourd’hui, ne prie-t-on pas Sainte-Rita pour nous garder des causes désespérées ?

D’autres théories passionnantes parsèment le livre, par exemple, la prédominance de la femme sur l’homme. Non seulement la femme donne la vie mais elle apparaît plus résistanTe face au vieillissement, à la maladie et à la gestion des obstacles de vie.

Poursuivant sa course à travers les siècles, Yuval Noah Harari revient sur les Grandes Découvertes qu’il identifie plus comme un élan vers la recherche de nouvelles cultures et connaissances alors que nous en avons la vision d’une multitude d’invasions barbares et de destructions génocidaires.

Son propos se fait alors plus volontiers social et économique. On quitte clairement la sphère annoncée de l’évolution anthropologique en tant que telle pour se familiariser avec les concepts de l’argent (qui n’a que la valeur qu’on lui donne et qui jouit d’une confiance aveugle de la part de tous), des rapports entre la science et la domination politique (la technologie et ses inventions de plus en plus folles et meurtrières assure la pérennité de grandes puissances qui rayonnent sur le monde- pensez à la bombe atomique).

Abordant l’époque contemporaine, l’auteur se pose la question de notre avenir. Car ce qui est clair c’est que, à moins d’une auto-destruction massive (qui nous pend au nez), l’homme n’a pas fini d’évoluer. Qui sommes-nous pour considérer que nous avons atteint le stade ultime et final de notre développement sur la terre ? Sans compter l’avancée des sciences qui sont désormais à même de créer des formes de vie non-organiques ou de transformer l’homme en égal de Dieu lui-même !

Foisonnement d’idées, concepts parfois antagonistes par rapport à ceux enseignés depuis des lustres, éclairages nouveaux, points de vue différents, décalés mais auxquels on ne peut que souscrire, « Sapiens : une brève histoire de l’humanité » devrait être imposé à tout étudiant en histoire…comme à tout curieux qui se respecte.

Best-seller en Israël, terre d’origine de l’auteur, Docteur en Histoire, diplômé de l’Université d’Oxford, Yuval Noah Harari, 39 ans, enseigne dans le département d’Histoire de l’université hébraïque de Jérusalem. Son livre est à présent traduit en trente langues et ne cesse de faire des émules admiratifs devant tant de connaissance, de lucidité et de passion.

Une autre de mes Madeleines. Un autre livre pour lequel je ressens un impérieux besoin de relecture et de prise de notes.

Deux passions transmises.

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