BIBLIVORES SEPTEMBRE 2016

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B Fonzé

intimeInnovation : j’ai décidé de vous parler de livres que je n’ai pas encore lu … et pourquoi pas ??
J’ai eu le grand plaisir de découvrir L’Intime Festival  à Namur. Initié par Benoît Poelvoorde (immense lecteur et fou de littérature), ce festival est la rencontre entre mes deux passions : la littérature et le théâtre. Des écrivains sont lus par des artistes comédiens, metteur en scène, réalisateur etc …
Belles découvertes en perspective !!

1ère lecture :
Eureka Street de Robert McLiam Wilson lu par David Murgia.
Auteur anglais à l’humour dévastateur, né à Belfast. Cet écrivain nous parle de luttes de classes, de la nouvelle pauvreté, de la solitude des marginaux. Il écrit régulièrement pour Charlie Hebdo et Libération en autres. Dès l’âge de 24 ans, il signe son premier roman et est couronné de nombreux prix.
David Murgia comédien liégeois, engagé. Révélation masculine 2015 pour le spectacle « Discours à la nation ». Au cinéma, on le retrouve dans le dernier film de Bouli Lanners « Les Premiers, les Derniers ».
Une lecture toute simple, très juste, lumières tamisées. J’ai voyagé avec lui …
2ème lecture :
Une jolie fille comme ça de Alfred Hayes lu par Didier Bezace
Auteur anglais né en 1911 à Londres, décédé en 1985. S’installe à Rome en 1943 où il écrit de la poésie et des scénarios pour R. Rossellini, F. Lang, J. Huston … La langue de A. Hayes est d’une précision clinique redoutable.
Didier Bezace est comédien et metteur en scène. Personnalité engagée, est surtout un homme de théâtre.
Une lecture plus scénarisée. Une table, une bouteille de whisky, un verre, un cendrier, des cigarettes sur fond sonore des vagues de l’océan et une musique douce avec la superbe voix de N. Simone. Wouaahh !!!!

3ème lecture :
Comme Ulysse de Lise Charles lu par Anne-Cécile Vandalem
Jeune auteur française (née en 1987). Deuxième roman. Audace, excès, érudition, originalité sont au rendez-vous.
Anne-Cécile Vandalem , comédienne, écrivain, metteur en scène, dramaturge. Elle vient de triompher au Festival d’Avignon avec son dernier spectacle « Tristesse ». Une artiste complète !!
Lecture avec beaucoup de peps. Changement de voix pour les différents personnages. Beaucoup d’humour.

Une carte blanche à Vinciane Despret :
Philosophe, psychologue, ethologue, chercheur et professeur à l’Université de Liège.
Elle a une façon personnelle d’approcher la nature et les animaux dans « Que diraient les animaux si … on leur posait les bonnes questions ? »
Elle s’interroge sur les relations avec les êtres disparus dans « Au bonheur des morts. Récits de ceux qui restent ».

Belles découvertes …
Envie de lire les auteurs présentés …
Un week-end de purssss bonheurssss … Merci …

Margarete Balsiger

mercatoLe mercato d’hiver de Philip Kerr, 1er livre de la série Scott Manson
Fan inconditionnelle de la série Bernie Gunther, ce livre-ci m’a beaucoup plu et je lirai volontiers les suivants même si des différences dans la conception du récit et du style de la narration sont évidentes. La série Bernie Gunther est tellement parfaite, mélange d’intrigue et d’histoire du XXème siècle, qu’elle demande une préparation phénoménale avant même de penser au schéma criminel. Alors si Philip Kerr a envie d’écrire un livre « vite fait bien fait » pourquoi pas ? On ne peut pas manger du caviar tous les jours, de temps en temps on a envie d’une soupe au pois et quand celle-ci est savoureuse que demander de plus. Comme il est supporter d’Arsenal il peut ainsi donner libre cours à sa passion du foot; moi qui n’aime pas du tout ce sport qui me passe au-dessus de la tête et bien il a réussi à capter mon intérêt. Il explore par le biais du meurtre du manager portugais d’un grand club londonien appartenant à un milliardaire ukrainien les coulisses et le financement des grands clubs de foot ainsi que les personnalités bien typées de ceux qui y travaillent. En mélangeant des personnages réels, des anecdotes intéressantes ou amusantes réelles elles aussi à la fiction, son récit prend vie d’une manière incroyablement dynamique.
Son nouveau héros Scott Manson est un écossais de mère à moitié noire, donc un quarteron et en plus universitaire, il dénote doublement dans le monde sportif. Sa prometteuse carrière de footballeur a été brisée net il a y plus de 10 ans suite à une condamnation à 8 ans ferme. Après 18 mois de prison, blanchi, grassement indemnisé pour l’erreur judiciaire, il s’est reconverti dans le management sportif et mène une belle carrière d’entraîneur au London City Club où il est un véritable acrobate jonglant avec le manager au caractère difficile, le propriétaire plus ou moins mafieux, les joueurs surpayés dont presque tous sont très limités intellectuellement, etc…etc… Quand le manager est retrouvé mort dans le stade, le propriétaire charge Scott Manson d’enquêter en parallèle afin que le mystère soit résolu au plus vite pour empêcher la police londonienne d’aller fouiller dans ses finances très opaques. L’occasion serait trop belle.

Un thème récurrent du récit est la haine et le mépris de Scott pour la police londonienne qui est corrompue, à un tel point que je me demande si Philip Kerr en fait simplement un rouage de son roman ou s’il exprime son propre point de vue. Il incorpore à son récit des événements récents de l’actualité britannique * qui ont pas mal secoué l’opinion telle que la collusion entre des policiers et une certaine presse, ce qu’on appelle les tabloïds et dont je ne pense pas connaître l’équivalent ici; c’est très violent envers les personnes, c’est plus que le simple commérage ou les photos volées. D’où d’ailleurs mon commentaire suivant très important. La traduction est insuffisante, quelque chose que je ne remarque jamais bien que je lise une majorité de livres traduits. Un exemple très précis : le monde du football m’est aussi étranger surtout en anglais (que je parle heureusement passablement) que l’Islande et son mode de vie, mais le traducteur des romans d’Arnaldur Indridason inclut « des notes du traducteur » en bas de page qui expliquent certaines particularités ou expliquent qu’en islandais il y a un jeu de mots. Ici bonne chance à ceux qui ignorent l’anglais parlé actuel. Soit on traduit exactement mot à mot de l’anglais au français ce qui n’est pas toujours judicieux, soit on ne traduit pas du tout et sans un mot d’explication par rapport au contexte ou on explique un acronyme une fois oui une fois non, alors évidement c’est incompréhensible. Vraiment un style de traduction bizarre qui nuit au livre. Je pense que des lecteurs vont complètement passer à côté de l’esprit du livre, ce qui me navre pour Philip Kerr.
* Scandale News of the World et BBC documentary 2015 « Millionaire Basement Wars »
J’ai lu un très bon livre de Robert Goolrick « La chute des princes », récit amer et triste écrit à la première personne qui raconte la chute d’un trader new-yorkais. Le héros n’est pas des plus sympathiques mais j’ai ressenti de la compassion pour l’être humain.

Lisette LISENS

Une mer si froide par Linda Huber (Presses de la Cité/France Loisirs)

mer-froide
Biographie

Linda Huber a grandi à Glasgow (Écosse) et est kinésithérapeute de formation.
Pendant 10 ans, elle a travaillé dans des services de neurologie et plus principalement au contact de personnes ayant subi des événements traumatisants.
Enfant, elle a passé plusieurs fois des vacances en Cornouailles, région superbe, sauvage et battue par l’océan.
Elle a pratiquement vécu la moitié de sa vie en Suisse où elle est professeur de langue.
Elle écrit des thrillers psychologiques, puisant son inspiration dans la vie de tous les jours.

Quelques titres de romans (en anglais)

The Paradise trees (qui traite de la démence)
Chosen child (qui se déroule en Cornouailles)
Ward Zero (on est dans un hôpital où rien ne se déroule comme prévu)
The cold cold sea = Une mer si froide

Une mer si froide est son deuxième roman mais le premier traduit et publié en France.

Synopsis

La famille Granger, composée du père Colin – de la mère Maggie et de deux enfants Joe et Olivia, passe des vacances dans un cottage près de Newquay (Cornouailles).
Un après-midi, alors qu’ils sont tous à la plage, Olivia disparaît brusquement.
Après des recherches infructueuses, la police conclut à une noyade.
Maggie, sa mère, refuse de se résigner. Elle attend de voir revenir sa fille ou au moins que la mer lui restitue le corps.
L’angoisse monte au fil des pages surtout lorsqu’on fait la connaissance d’une autre famille, les Marshall, Phillip et Jennifer qui ont perdu eux-aussi leur fille Hailey, noyée lors de vacances en Turquie.
Phillip est parti aux États-Unis pour accompagner les derniers moments de sa grand-mère. Il rest absent presque 4 mois.
Pendant ce temps, sa femme Jennifer, qui lui a caché sa grossesse, emménage dans une nouvelle maison qu’ils ont achetée à Polpayne, port de Cornouailles.
A son retour, il trouve sa femme sur le point d’accoucher de jumeaux et une autre surprise…

Analyse

L’écriture est fluide, simple et agréable à lire.
On sent au travers de l’étude des personnages que l’auteur a déjà dû appréhender à différentes reprises des situations difficiles vu sa profession antérieure.
Si très vite on évente le «mystère» de la disparition d’Olivia, on tremble pour elle.
Inexorablement le piège se referme. Son instinct de survie animal dirais-je, vu l’âge de la fillette, lui permet tant bien que mal de s’accrocher.
Linda Huber, par l’intermédiaire de l’institutrice maternelle, nous fait remarquer que même si nous notons de anomalies, trop souvent nous laissons couler.
Il y a toujours un risque à s’immiscer dans la vie des autres mais parfois il faut oser outrepasser cette inertie parce qu’il peut y avoir danger de mort.
Même si on dénoue rapidement l’intrigue, cela ne gêne en rien la poursuite de la lecture.
Une boule se creuse à l’estomac et on souffre avec cette enfant mais aussi avec Maggie qui espère encore envers et contre tout.
Il en va de même de Jennifer que la folie guette depuis la mort de sa fille Hailey.
Aussi je le recommande car je suis sure qu’il trouvera un écho en chacun de nous.
Norma Boschian
Seul dans Berlin, de Hans Fallada (Gallimard – Folio)

seul-berlinL’auteur met en scène les habitants d’un immeuble à Berlin, de 1940 à 1942.
Il décrit la vie de ces habitants où cohabitent persécuteurs et persécutés.
Frau Rosenthal, juive, divorcée, voit son appartement pillé par certains voisins et se suicide.
Le jeune Baldus Persieke, jeune recrue SS, terrorise sa famille et les voisins, cherchant sans cesse à les dénoncer.
Les Quaugel, employés et partisans modèles vont se révolter lorsqu’ils apprennent la mort de leurs fils unique au front russe et vont inonder la ville de tracts contre Hitler. Arrêtés et torturés, ils seront fusillés.
La factrice Eva Keuge va se réfugier chez sa soeur, à la campagne, dégoûtée de véhiculer les annonces mortuaires.
Le livre a été censuré en RDA car la censure soviétique a gommé les appartenances au parti nazi d’Anna Quangel et de la factrice, car le récit est basé sur les dossiers authentiques de la Gestapo.
L’édition allemande de 2011 rétablit la vérité de l’auteur, mort en 1947.
Ce qui m’ a intéressé dans le récit : la progression du fanatisme, les risques de la résistance, la solitude des résistants, leur courage, que tous les allemands n’étaient pas des nazis, de montrer un autre visage de l’Allemagne de cette époque.
On ne peut s’empêcher d’établir un parallélisme avec certains pays, où les purges politiques et les exécutions se multiplient, au mépris total des droits de l’homme.

Daddy Love, de Joyce Carol Oates (Philippe Rey)

mercatoL’auteur met en scène, de façon magistrale, un enlèvement d’enfant.
L’horreur commence au centre commercial où Robbie, 5 ans, est enlevé sous les yeux de sa mère. Cette dernière tente, au péril de sa vie, de reprendre l’enfant au ravisseur, qui la laisse aux trois quarts morte sur le tarmac.
Robbie devient alors « Gidéon » et va obéir totalement à « Daddy Love » dont le véritable nom est Chet Cash et qui est pasteur itinérant de l’Eglise de l’espoir éternel, qui subjugue les fidèles par ses prêches.
Citoyen actif d’un petit village, artisan admiré pour ses fabrications en macramé (qui, en fait, sont de Robbie), son charisme le rend irrésistible aux yeux de tous.
Pendant 7 ans, Robbie est l’esclave de Daddy Love, qui continue à le broyer physiquement et mentalement et qui va jusqu’à lui faire creuser sa propre tombe. Là, Robbie comprend qu’il va mourir et parvient à s’échapper. Après deux jours d’errance, il est sauvé par des marcheurs, hospitalisé et réintègre son véritable foyer. Le ravisseur est arrêté.
L’auteur nous fait vivre magistralement toute la complexité de l’acte du prédateur, le désarroi des parents, la fracture du couple, les souffrances physiques et psychologiques de l’enfant, l’attente stérile, la douleur, les amis qui deviennent de plus en plus rares, les recherches infructueuses de la police,…
Je n’ai pu m’empêcher de voir des similitudes avec certains événements qui ont défrayé la chronique dans un passé récent. La difficulté pour les victimes de reprendre une vie normale après des années traumatiques, mais surtout, comment est-il possible de se montrer aussi monstrueux ?

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