DEFI LITTERAIRE : ON CONTINUE

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Quelle lettre de l’alphabet (hormis le K, W, X, Y et Z) a-t-elle été volontairement omise dans le texte ci-dessous ?

A vous de la découvrir.

Le Juge lève le doigt, exige le silence.

Le prévenu se lève. Le moment est venu d’entendre le verdict du jury.

Le groupe de douze individus reste coi et stoïque quelques longues secondes. Puis leur Président se dresse.

– Pouvons nous entendre votre verdict ? » questionne le Juge.

– Oui Votre Honneur. L’inculpé est reconnu…innocent pour l’ensemble des préjudices dont il est suspecté.

Le Juge s’étouffe presque. Comment est-ce possible ? Qu’est-ce qui peut expliquer cette décision pour le moins clémente ?

Le public murmure. Une femme se met en pleurs. C’est son fils qui vient d’être disculpé.

– Pouvez-vous expliquer vos motifs ? » insiste je Juge.

– Votre Honneur, nous considérons les crimes imputés comme une défense toute légitime.

– Légitime défense ? Etes-vous tombé sur le ciboulot ? On juge un meurtre du premier degré, tout de même, s’insurge l’édile en robe noire.

– Peut-être, poursuit le Président ; vous pouvez le voir comme tel. Nous le considérons sous un point de vue différent, c’est tout.

– Je ne comprends rien : de quelle excuse peut bénéficier un prévenu pour le meurtre cruel et morbide d’une belle-mère ?

Le Président sourit, sûr de lui.

– Précisément, Votre Honneur. Le meurtre d’une belle-mère. Telle est l’excuse essentielle ».

Offusqué, le Juge sent le rouge lui monter le long des joues.

– Comment un tel non-lieu peut-il bonifier le monde des hommes ? » s’empourpre-t-il, suivi du public, interdit.

– Pour le monde, je nourris des réserves. Pour moi et plusieurs de mes jurés, c’est tout bénéfice. »

Le Juge ne bouge plus. Il vient de comprendre. Et il est complètement éberlué.

Le Président du jury se tend vers le Justicier de service et lui glisse doucement, sur un ton complice et enjoué « vous n’êtes nullement en mesure de vous rendre compte de ce que je vis, Votre Honneur. Un enfer quotidien, un empiètement continu, un jugement toutes les minutes, voire moins ! Comment se nomme votre belle-mère, Monsieur le Juge ? Moi, c’est Gorgone. Plus ou moins. Je requiers votre clémence et votre compréhension, Votre Honneur. Je suis sûr que vous préférerez vous simplifier l’existence, non ? ».

Le Juge est secoué de trouble et de questions.

Belle-mère Bénédicte lui reproche souvent de considérer son épouse comme une moins que rien, non ?

Il soupèse le terme possible du procès. Une nouvelle voie de justice peut s’ouvrir.

Et c’est lui qui peut introniser cette jurisprudence. Son sourire devient celui d’un tigre, les dents dévoilées.

Il vient de prendre une décision.

 

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