LES BIBLIVORES JUILLET 2016

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Margarete BALSIGER

bonnes-moeursLes bonnes moeurs de Timothée Gaget. – Intervalles
Ce jeune auteur vient d’écrire son 1er livre. Il tient depuis longtemps un blog que je trouve hilarant à lire tellement sa franche rosserie est jubilatoire « L’alcoolique mondain, journal érotico-cynique … ». Il n’a pas la langue dans sa poche, avocat passé à la communication il sait manier les formules. J’ai aimé l’histoire et l’écriture entre vitriol et bazooka. Il vise et fait mouche du début à la fin sans temps morts.
Son livre a en toile de fond omniprésente la chasse, ce qui est rarissime ces dernières décennies, une chasse rurale pratiquée par des gens du cru chasseurs et rabatteurs amoureux de la nature en opposition aux chasseurs-ferrailleurs. On y dissèque aussi la société d’aujourd’hui où plutôt que des classes sociales différentes on constate des modes de vie qui évoluent complètement en parallèle (comme comparer par ex. Huy, ville plan-plan de province au centre des affaires de Luxembourg-ville et encore ce n’est rien), c’est réaliste, saisissant, percutant même. On trouve aussi dans ce récit la société du tout numérique hyperconnectée en permanence qui s’oppose au travail à l’ancienne, dans ce cas-ci à Romorantin une imprimerie de « beaux livres » au bord de la faillite. Ni les dirigeants ni les ouvriers ne comprennent comment c’est arrivé, les parisiens envoyés sur place parlent un charabia que personne ne comprend, quasi une langue étrangère venue d’un autre monde. J’ai aussi pensé à Notre-Dame des Landes ou au projet de Sivens pour un autre thème important du roman où la politique, les élus locaux, les ambitions nationales de l’un ou l’autre, l’enrichissement personnel, les inimitiés entres individus jouent les premiers rôles avant l’intérêt général et la nécessité. Et enfin la vacuité intellectuelle d’une certaine jeunesse dorée à laquelle l’argent et le pouvoir servent de passeport pour tous les excès est décrite de manière féroce du point de vue « il vaut mieux en rire qu’en pleurer » (scène parmi d’autres où une fille à la limite du coma éthylique vomit dans son sac Hermès). Est-ce du vécu ou observé finement en spectateur ?

Le récit commence pendant les vacances familiales qui réunissent parents, enfants et petits-enfants dans un gîte de luxe à la Côte d’Azur autour de la piscine, le style du livre est planté, le décor est situé en Sologne dans le Loir-et-Cher. Ca démarre très fort. Tristan son jeune héros névrosé évoluant dans la haute finance est le rejeton par sa mère d’une famille aristocratique, son grand-père est un comte ruiné et cyclothymique, le château ancestral en Sologne tombe en ruine, on y gèle. Son père riche avocat roturier est mal vu par la famille maternelle qui est une digne illustration d’une fin de race où on reste entre soi. On n’a pas vraiment de profession, on doit économiser chaque sou, mais rien ne compte plus que transmettre le patrimoine familial –  aussi mité soit-il – et les traditions – carcan impitoyable heureusement allégé grâce à internet (youporn) -. Mission impossible, mais je comprends le point de vue et je le trouve en partie défendable. Tristan a hérité des gènes paternels, brillant étudiant, diplômé de la bonne école, il a été engagé dans une banque d’affaires où soit on tue soit on est tué, chacun espérant y survivre à coup de mise à mort – professionnelle – d’homme, le statu quo ou l’ascension se font sur des cadavres – virtuels -. Pour tenir et évacuer le stress omniprésent on fait appel aux mêmes remèdes éternels : drogue, alcool, sexe et violence plus les vitamines bien de notre époque. Il n’en peut plus, tourne carrément zombie, ses 2 meilleurs amis complotent pour le faire licencier et il se retrouve chez un grand-père qu’il n’a plus vu depuis 15 ans (querelle d’héritage) et refait connaissance de sa famille maternelle. Ambiance assurée. Le parisien débauché mais intelligent et qui gagne très bien sa vie chez les cathos traditionalistes de province coincés et aux abois. S’y ajoute un ancien condisciple anglais émigré en Sologne, excentrique comme seuls les Anglais savent l’être : avec panache. Ce livre m’a tenu en haleine alors que c’est en fait une chronique de société, il n’y a pas de suspens intenable, mais l’écriture incisive, entraînante et l’évolution du héros m’ont enthousiasmée. De même que pour John Niven et son 1er livre « Enfant terrible » j’espère en lire un 2ème. Ces 2 livres évoquent de vrais problèmes de société avec un esprit décapant et énormément d’humour et de dérision. A nous de choisir le degré de lecture.

Le mois écoulé a été fertile en très très bons livres : des Craig Johnson de la série Walt Longmire, westerns modernes et puis grande admiratrice de Philippe Djian dont j’ai lu en réalité peu de livres mais dont j’ai gardé un souvenir très vif, je viens de dévorer Oh suite aux critiques lues et vues sur le récent film de Paul Verhoeven Elle avec l’excellente Isabelle Huppert. Je ne sais pas ce que vaut le film mais je recommande le livre.

Lisette LISENS

cite-perdueA la recherche de la cité perdue, Clive Cussler (2009). – le Livre de poche

Biographie

Clive Cussler est né le 15 juillet 1931 à Aurora (Illinois) USA.

Romancier et chasseur d’épaves, il est connu pour ses romans mettant en vedette Dirk Pitt (aventurier imaginaire).

Il a grandi en Californie. Il débute sa carrière d’écrivain en 1965 avec « Vortex » (qui ne trouve pas d’éditeur) mais qui sera publié des années plus tard.

Auteur prolixe, il a publié une cinquantaine de romans qu’on pourrait classer de manière générale aventure / thriller.

On peut établir un parallèle avec :

Michael Crichton : Jurassic Park – État d’urgence – La dernière tombe …
Steve Berry : L’héritage des Templiers – Le secret des rois – Le Musée perdu…
Tom Clancy : Octobre rouge – Rainbow six – Jeux de guerre…
Synopsis

Un groupe de la NUMA (opérations spéciales de la Marine US) dirigé par Kurt Austin

est en mission de routine dans un glacier alpin. Austin plonge dans le lac au pied du glacier avec un sous-marin ultra équipé et découvre une arche souterraine. Il n’a pas l’occasion de pousser plus loin ses recherches car il est rappelé d’urgence en surface.

On vient de découvrir l’épave d’un avion de la première guerre mondiale ainsi qu’un casque couvert d’inscriptions mystérieuses.j

Alors que l’équipe s’interroge sur l’origine de signes, des événements inquiétants se succèdent.

En Grèce, un scientifique est kidnappé alors qu’il cherchait à fuir, terrorisé par la mort suspecte des chercheurs de son équipe.

Sur les Îles Orcades, au large de l’Écosse, des concurrents d’un jeu télévisé sont tués par des créatures mutantes.

Dans les profondeurs de l’Océan Arctique, les ingénieurs et biologistes marins Paul et Gamay Trout découvrent une nouvelle algue qui pourrait augmenter l’espérance de vie de l’humanité… ou assécher tous les océans.

Quel est le fil qui relie tous ces événements ? A vous de le découvrir !

Analyse

En voyant la couverture et le titre, on pense d’abord à la quête d’une cité perdue depuis longtemps et pourquoi pas l’Atlantide !

Mais on en est loin car l’histoire est bien plus complexe qu’il n’y paraît à première vue.
Il est vrai que l’écriture n’est pas exceptionnelle mais on passe un bon moment.
Quand tout semble perdu, un événement ou un personnage fait rebondir l’histoire qui s’emballe et nous tient en haleine.

J’avoue que j’ai avalé allègrement les 600 pages, intriguées par les imbrications des différents mystères et l’urgence de savoir si l’équipe allait pouvoir relier tous les indices en une histoire relativement cohérente.

Bernadette FONZE

Alessandro Baricco – La Jeune épouse. – Gallimard

jeune-epouseAu deuxième rang de mes auteurs favoris. Juste … tout juste en-dessous de l’incomparable Laurent Gaudé

J’ai lu tous ses livres traduits.Ce roman est le dernier paru;

Alessandro Baricco est un auteur italien, musicologue et professeur d’écriture (conte) en Italie où il est très connu dans le milieu littéraire.

La Jeune épouse (18 ans), exilée en Argentine, revient rejoindre une famille pour épouser, comme prévu de longue date, le Fils.

Les personnages principaux de ce récit n’ont pas de nom et de prénom. Ils sont la Mère, le Père, le Fils, la Jeune Epouse, l’Oncle, la Fille. Ils ont tous des caractéristiques hors du commun. Le Père souffre d’une maladie cardiaque : il a un coeur de verre. La Mère, ancienne prostituée de luxe, est une professeure inégalable en séduction. L’Oncle s’endort tout le temps et revient à la réalité avec toujours des phrases adéquates … Tous ces personnages sont orchestrés par le major d’homme Modesto qui s’exprime par des toux différentes selon les événements.La vie extraordinaire de chaque personnage est dévoilée petit à petit.

La Jeune Epouse recevra une éducation sexuelle sensuelle de la Fille, expérimentée de la Mère et complète du Père qui l’emmène dans un bordel de luxe.

Le « Je » narrateur saute d’un personnage à l’autre sans aucune difficulté de compréhension pour même se retrouver dans la peau de l’auteur. Ce qui est l’occasion de belles réflexions sur le métier d’écrivain. Du grand, très grand art !

Un moment époustouflant est leur départ annuel en villégiature. Ils souhaitent laisser des gestes inachevés dans la maison quittée (tasse de thé à moitié bue, partition ouverte sur le piano …) pour bien montrer qu’ils vont rentrer vite.

Tous les personnages ont une idée fixe : ils savent qu’ils vont mourir la nuit.Tous les matins, ils célèbrent le lever du jour par de gargantuesques petits déjeuners.

Il faut également signaler l’excellente traduction. On ne le souligne jamais assez …

C’est du tout grand Alessandro Baricco qui pour moi est au sommet de son art. Ca c’est de l’écriture, de l’histoire et comme dirait F.Luchinic’est du lourd !!

Rêve, réalité, fantaisie, étrange, troublant, sensuel, hors norme, merveilleux … les mots me manquent.

J’étais dans le train avec ce livre déposé sur la tablette. Deux dames se sont assises devant moi en le voyant pour pouvoir en parler ensemble. Les livres seraient-ils des moyens de communication ??

Nous sommes loin du jeu des Pokemon…

Vivement son prochain roman !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Norma BOSCHIAN

barcelonaBarcelona, de Grégoire Polet . – Gallimard

Grégoire Polet est un auteur belge qui vit à Barcelone depuis plusieurs années.

C’est à travers une vingtaine de personnages dont le lecteur partage les ambitions, l’intimité, les échecs, l’idéologie, les souffrances, que l’auteur met en scène le personnage principal : la ville de Barcelone.

L’auteur nous raconte Barcelone, hors des clichés touristiques, la montée de l’indépendantisme, la paupérisation de certains quartiers,…

Ce qui m’a plu, c’est l’utilisation du procédé littéraire : derrière les personnages, l’auteur livre sa pensée politique et j’ai pu découvrir une ville secrète, plus attachante que celle qui se livre aux premiers regards

Un faux pas dans la vie d’Emma Picard, par Mathieu Belezi . – Le Livre de poche

faux-pasDernier volet d’une trilogie dont le premier roman a obtenu le Grand Prix de la Société des Gens de Lettres.

C’est le récit d’une « mère courage » que le lecteur découvre. Emma est veuve et mère de quatre fils. Le gouvernement français lui octroie 20 hectares de terres en Algérie : il faut occuper l’Algérie devenue tout juste française et les colons s’embarquent vers cet Eldorado.

Très vite, Emma va déchanter. Même si ses fils aînés l’aident, ainsi que l’ouvrier agricole arabe, elle vient difficilement à bout de cette terre aride qu’il faut arroser sans cesse pour que quelques légumes poussent ; il faut aller chercher l’eau très loin, ce qui ajoute aux difficultés quotidiennes.

Elle fait face aux pillards, aux catastrophes naturelles (sauterelles, choléra) qui provoquent la mort de ses deux fils aînés et de sa belle-fille.

Elle veut gagner le droit d’habiter en Algérie et elle continue à lutter, malgré un emprunt à 50 % d’intérêt car elle est veuve ; elle refuse de suivre Jules, un amant, activiste communiste, qui s’en va vivre à Alger.

Lorsqu’un séisme détruit complètement la ferme, le drame arrive : ses fils restants meurent, écrasés par des poutres. La tragédie a lieu : Emma, éperdue de chagrin, se jette dans le vide avec son plus jeune fils, mort, dans ses bras.

L’auteur, en mettant en scène ses personnages, met en lumière le courage des colons mais aussi des migrants qui osent tout quitter pour aller vers l’inconnu, périple qu’ils paient chèrement (l’actualité nous le rappelle quotidiennement) afin de tenter de se forger une vie plus décente…

Bernadette DESGAIN

Changer d’altitude, par Bertrand Piccard.

changer-altitudeUn petit rappel de la vie de Bertrand Piccard :

II est né le 1 mars 1958 à Lausanne, fils de l’océanographe Jacques Piccard et petit fils du physicien Auguste Piccard.

Champion du monde de deltaplane en 1 985 il poursuit ses recherches de spationaute en même temps que ses études de médecine. Psychiatre et aéronaute, il est connu du grand public pour avoir réussi avec le pilote anglais Brian Jones. à effectuer le premier tour du monde en ballon en 1 999. Puis après cinq ans d’essais, son planeur solaire Solar Impulse voyagera sans escale et sans carburant en un peu moins de 20 jours.

Il écrit depuis 1 998. Son livre Changer d’altitude paraît en 2014. Sa femme Michèle le seconde beaucoup. Ils ont trois enfants.

Sous le titre , on peut lire que changer d’altitude offre quelques solutions pour mieux vivre sa vie. Bien sur il nous narre beaucoup,ses aventures spatiales, les aides reçues par différents pays, l’accompagnement du météorologue belge Luc Trullemans. Mais ce que j’ai trouvé de beaucoup plus important, c’est le message qu’il veut nous transmettre : il associe son expérience d’explorateur, de spationaute, de psychiatre spécialise en hypnose, pour nous rendre conscients que nous pouvons solutionner nos angoisses, nos crises existentielles, nos peurs et même nos recherches de spiritualité, en changeant quelque chose de nos vies. dans notre moi intime… bref en changeant d’altitude pour être poussés par les vents adéquats à notre marche en avant.

Je le cite :

« Pour s’épanouir dans l’existence, il faut se frayer un chemin entre maladies et accidents, guerres et catastrophes naturelles, licenciements et mises à la retraite, conflits et deuils.

Notre éducation, pour cela, ne nous apprend qu’à lutter contre la vie et chercher à éviter les dangers. Elle ne nous apprend plus assez l’importance de la responsabilité individuelle, de la prise de décisions, de la gestion du risque. Elle nous coupe de notre aspiration philosophique et spirituelle, mais elle ne pourra empêcher personne d’explorer son monde intérieur, quel qu’en soit le moyen. »

Jean FELS

decouverte-cielLa découverte du ciel, par Harry Mulisch. – Gallimard (Folio)

1 )L’auteur : Harry Mulisch né en 1927, considéré comme un des plus grand écrivain néerlandais.

Mère juive, père austro-hongois émigré aux Pays-Bas, sympathie nazie ce qui lui valut 3 ans de prison. Harry et

sa mère ont pu éviter les camps de concentration grâce aux contacts de son père avec les nazis.

Harry a été élevé principalement par la domestique de ses parents.

2)Le fond : Onno Quist et Max Delius font connaissance de façon fortuite. Tout les sépare : Onno est fils d’un personnage très important, ex premier ministre, calviniste austère, dur et pur et donc rigoureux à l’extrême ; Max est fils d’un collabo nazi pendant la guerre qui a dénoncé son épouse juive et l’a fait envoyer dans un camps de concentration ; Max a été recueilli pour survivre. Max est, à l’évidence, l’incarnation de Mulish….(merci papa !) Onno est timide, solitaire et spécialiste des langues anciennes ; Max est extraverti, coureur de jupons et radio-astronome.

Les dialogues extraordinaires d’humour et de profondeur entre les deux compères sont magnifiques et interpellent. Ils mettent en évidence l’incroyable étalage de connaissances de Mulish dans de très nombreux domaines : les religions, les sciences, la philosophie, la politique, les grands auteurs depuis Francis Bacon (très souvent cité) etc…La foi est-elle compatible avec les connaissances ? Mulish n’y répond pas explicitement….à vous déjuger en lisant ce très beau livre.

3)La forme : Superbe écriture pour un sujet difficile. Références à toute l’histoire de l’humanité, à ses questionnements depuis la nuit des temps, à son devenir et aux progrès des sciences. Grand bouquin !

Bernadette Fonzé embraye en encensant le roman également. Elle apprécie particulièrement l’idée véhiculée par l’auteur qui dit que les hommes ne sont que des pantins à qui un chemin tout tracé a été réservé. Il peut diverger quelque peu de ce chemin – de ce destin – mais il y reviendra toujours, manipulé par un marionnettiste étrange, inconnu et omniscient.

Valéry HARDIQUEST

histoires-de-pocheHistoires de poche, par Jessica Lefevre. – Acrodacrolivres

Le livre d’une collègue (Valéry est aussi publié chez Acrodacrolivres) qui mérite le détour pour sa verve caustique, son humour noir et son irrévérence. 70 nouvelles, très courtes, issues de rencontres et d’observations anonymes dans les trains ou de réflexions sur la vie de tous les jours. Des textes qui accrochent et suspendent le lecteur arrivé à la dernière ligne. Le côté sombre de l’inspiration, souvent présent, est pourtant contrebalancé par une langue épurée, qui va à l’essentiel. Une découverte !

Chantal POUCET

J’ai besoin, aujourd’hui, de me lancer dans des lectures faciles, sans prise de tête. Mon choix s’est porté sur le livre de Katherine Pancol, « Les yeux jaunes des crocodiles » (Livre de Poche).

yeux-jaunesL’histoire est celle de deux sœurs : Joséphine est une femme introvertie, qui souffre d’un manque d’amour maternel. Spécialiste du moyen âge, elle a cependant toujours vécu dans l’ombre de sa sœur, Iris, la flamboyante, l’exubérante, la séductrice. Cette dernière n’hésite pas, lors d’une réception, à déclarer qu’elle s’est lancée dans l’écriture d’un livre sur le moyen âge ! Quand un éditeur s’intéresse à sa prose, elle n’a pas d’autre choix que de demander l’aide de Joséphine. Contre l’argent que rapporterait le livre, Joséphine, par ailleurs couverte de dettes, accepte de jouer la « nègre ». Mais le subterfuge ne tardera pas à se dévoiler, tandis que les relations familiales s’enveniment.

J’ai apprécie la vivacité de l’écriture et l’art du dialogue (bien adapté dans le style à chaque personnage) ; mais, par contre, je ne comprends pas pourquoi avoir inséré une enquête policière mièvre et incongrue et d’avoir choisi de délayer le propos, donnant naissance à des longueurs…interminables. Un livre en demi-teinte (que Norma Boschian a détesté!) qui permet cependant de se vider la tête.

Un mot sur un petit livre pratique : « La Magie du rangement » de Marie Kondo. – First.

magie-rangementRempli de bon sens et de lucidité, le livre de cette fanatique de l’harmonie, du Feng Shui et de la vie avec un minimum de contraintes est une véritable ode au rangement. Apprenez à organiser vos armoires, vos gardes-robes (disposez les vêtements par couleur, pliez les débardeurs de manière à gagner de la place,…), vos collections (surtout ne pas l’éparpiller mais bien réunir toutes les pièces dans une seule verrière ). Les idées de cette conseillère en rangement de Tokyo (ça ne s’invente pas!) vous feront gagner de la place, du temps, de la vision et de la simplicité.

 

Michelle Quinet Le Docte

La rose dans le bus jaune / D’Eugène Ebodé, écrivain camerounais(prolifique) né en 1962 à Douala

rose-bus-jauneQui ne connait Martin Luther King, ce Wonderboy, Pasteur baptiste, fervent défenseur de la non-violence dans son combat pour l’égalité , contre le racisme et cet apartheid au quotidien qui ronge les Etats-Unis et notamment l’Alabama.

Nous avons tous quelque chose de Montgomery, cette ville qui a allumé « le feu » des réactions après le refus, d’une charmante petite dame Afro-américaine au nom fleuri, de se lever pour laisser une place inoccupée à un blanc prioritaire… dans le bus jaune de la « honte » !

Mais savions-nous que ce Blanc qui ,par ailleurs n’a pas demandé à « Rose » de se lever pour l’éloigner de lui, était un métis dont la génétique avait eu le « culot » de lui donner la couleur des « seigneurs » du coin ! (C’est le conducteur du bus qui a exigé qu’elle se lève pour le Blanc).

Nous apprendrons aussi que ce blanc .. est devenu un fervent soutien du mouvement !

Cet événement, qui a déclenché  la « vague efficace » de réactions contre la ségrégation (monnaie courante dans de nombreux états des Etats Unis) méritait cette nouvelle écriture , « enlevée » , précise , vraie mais aussi romancée et qui « sent » la couleur du Sud, telle que nous la propose cet écrivain camerounais bardé de diplômes : Eugène EBODE !

Et le décor est planté … la vraie vie sous une plume de talent !

L’auteur prend le parti de construire son livre-un roman plus qu’une biographie historique- sur le mode d’une histoire douce, aimante mais aussi pleine de passion, et de colère. C’est Rose qui conte et c’est le « je » qui nous fait rentrer dans son récit, nous invite à comprendre, et à prendre parti !

Les rappels de la lutte fratricide et cruelle en verbes et en armes que se sont menés la Communauté noire de l’Alabama, le Ku Klux Klan et tous ceux qui ont eu peur de perdre leurs privilèges, nous sont décrits avec rigueur et justesse de ton :.

On vit et traverse les années de lutte avec Rose, son mari adoré (lui aussi un métis blanc) et tous ses amis, noirs et blancs, qui ont permis de dénoncer l’horreur  !

Lorsque Rose, interrogée par les médias sur le pourquoi de son refus de céder la place (réservée aux blancs) qu’elle occupait, répond avec simplicité et sérénité, convaincue de son bon droit : « J’étais fatiguée »…c’est toute l’Amérique, Terre d’espoir et de réussite, qui devrait avoir envie de la suivre mais … il y en a qui rêvent encore et toujours de privilèges !

Malgré des avancées et des victoires en ce compris dans la Loi, …Martin Luther King, Nelson Mandela (qui a soutenu le Mouvement ) et Rose n’ont pas réussi à éradiquer les mauvaises herbes du champ de la liberté et de l’égalité !

Le combat n’est pas terminé !

Le remue-ménage autour des élections américaines de cette fin d’année 2016 fait peur pour ces droits humains acquis de haute lutte parfois même dans de vrais affrontements meurtriers tels que le souhaitaient les Black Panthers entre autres .

Il s’impose donc de ne pas oublier Rose, cette courageuse travailleuse ,qui fatiguée d’un dur labeur, ne s’est pas levée pour un blanc dans un des Bus jaune, dans sa petite ville du sud où comme l’aurait chanté » Nino Ferrer, il aurait dû faire bon vivre « car on dirait dit le Sud et toujours un été » !

Avec Rose , sa famille, ses amis ,j’ai découvert un écrivain camerounais à l’écriture fluide, agréable, riche de mots et de constructions de phrases qui donnent envie de tout lire et de redécouvrir une histoire qu’on croit connaître : le geste « non prémédité » de Rosa Parks qui a déclenché un des mouvements les plus forts pour l’égalité des droits civiques après un boycotte de 381 jours de la compagnie de bus de Montgomery city !

L’auteur nous fait aimer Rosa qui sensible et déterminée, a enfanté un nouveau pays, elle qui a souffert de n’avoir pu être mère.

Ce récit passionnant et qui ne lasse pas alors que nous croyons connaître cette histoire, se termine par une « postface » écrite par Valérie Loichot, professeur de l’Emery University .Cette dernière, avec des mots qui « frappent » rappelle les moments clés de ce combat pour un monde plus juste.

« L’histoire de Rosa est l’étincelle de la libération.

Le Nom de Rosa est un chant (comme les complaintes de Billie Holiday, Joan Baez ou encore Nina Simone).

Le Non de Rosa est fulgurant et provoque une jubilation aboutissant en 2008 à Barack Obama, 1er Président noir des U.S.A. : We shall overcome. ! »

Ce livre nous fait vibrer en couleur dépassant le noir et le blanc pour viser le rose et le jaune qui éclairera la solidarité entre peuples opprimés !

Après Le Camp des Saints de Jean Raspail ,qui parlait et pouvait pousser au rejet de l’autre, de l’étranger …la lecture de ce roman apporte également bien des odeurs d’actualité qui font frémir !

Et comme nous l’écrit V. Loichot soyons attentif car « nous nous détruirons si nous ne développons pas une éthique fondamentale d’un rapport au monde » I like !

Alain TIMMERMANS

Autoportrait à la valise / Christine Avel. – Seuil

Christine Avel a publié des romans pour la jeunesse, au début des années 2000 et des romans courts (2005 et 2006). Ceci est son premier livre publié par une grande maison d’éditions. Un ouvrage largement autobiographique, écrit à la première personne avec chapitres alternés. L’auteure a elle-même beaucoup voyagé en travaillant sur des projets de développement en Afrique et en Asie.

Yangon, Birmanie. Embarquement à l’aéroport ; la routine. Soudain la narratrice est interpellée, suspectée, interrogée, avec de longs moments d’attente. Les chapitres alterneront sa réflexion à Yangon et son passé, sa vie, son irrésistible besoin de voyager sans cesse. Pourquoi cette quête ? Certes, ses parents ont vécu, enfants, la guerre et on souhaité « se poser » : tout est conforme, calculé, prévu. Des vacances en Grèce, rituelles et sans surprise. Ses deux sœurs aînées sont « classiques ». Cependant, par opposition sans doute, elle est possédée par le démon du déplacement, de la bougeotte, de la prise de risque. Sa peur, c’est l’ennui, son envie est de vivre l’aventure, de connaître des sentiments forts, l’imprévu. Que fait-elle aujourd’hui dans cet aéroport enceinte de sept mois, menacée de prison par des services secrets tatillons ? Elle revoit son enfance, « pâle et rustique », affamée, insatiable…Toujours hantée par un seul impératif : partir ! Après quelques années d’études, elle réalise son rêve en travaillant comme consultante dans l’import-export. Commence alors une longue désillusion. Que signifie « partir » ? Passer son temps dans les avions ? Où aller ? Seul le départ lui importe, la destination l’indiffère…Elle ira s’établir quelques années durant au Cambodge, puis reviendra vivre en France, toujours mue par son désir de quitter. Le fait d’avoir un enfant n’y changera rien, elle restera toujours prise par l’élan du départ, les destinations oubliées, aussitôt atteintes…

Un style nerveux et accrocheur ; l’auteure  est sûre de son écriture et on ne tarde pas à être envahi par une sorte de fièvre, par vouloir l’accompagner et la comprendre dans sa quête. J’ai songé : « qui n’a pas été pris un jour par cette envie de tout quitter ? », ne serait-ce surtout pas vouloir fuir quelque chose ? Une famille sans sentiments forts, sans amour démontré, où tous les jours restent semblables, même durant les vacances ? Peut-être. En attendant, dans cet autoportrait, la question reste sans réponse, c’est un peu ma déception. Le mouvement à tout prix, si bien décrit par Christine Avel, finit par faire peur. Son personnage court en tous sens sans savoir où il va, dans une recherche qui ne peut rien trouver. « Mon parcours professionnel a été aussi chaotique que ma trajectoire amoureuse » (pg 97). Pour moi, ce livre renvoie de belle manière à l’identité, au doute sur l’identité même. Avant de boucler son sac, chacun devrait comprendre un minimum qui il est, voir par-là ce qu’il cherche, afin de ne pas prendre tous les chemins à la fois…

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